La Nintendo Switch

L'appel de Nintendo

CHRONIQUE / Pour le joueur que je suis, on pourrait presque dire que ça relève de l'exploit. Ici, je parle bien entendu du fait que six jours après la sortie de la fameuse console Nintendo Switch, je n'ai toujours pas fait des pieds et des mains pour m'en procurer une.
Et le pire dans tout ça, c'est que des occasions, j'en ai eues. Je repense notamment à cet après-midi où il était possible d'en précommander une sur le site de La Source et où j'ai dû lutter contre la tentation de ne pas appuyer sur le bouton « confirmer votre précommande ».
Maintenant, il faut savoir qu'à l'époque, ce n'était pas du tout le même combat. Et ici, je fais référence à cette lointaine époque où je n'étais qu'un gamin de 8 ans et surtout, où une somme de 100 dollars équivalait pratiquement à un million de dollars.
Par exemple, pour ma toute première console Nintendo, j'ai bien dû en rêver pendant des mois et des mois. Puis, il y a eu ce jour où ma mère est revenue d'un voyage en Floride et, après que je lui aie sauté dans les bras et répété des milliers de fois à quel point je m'étais ennuyé d'elle, elle m'a demandé de l'aider à ouvrir ses sacs et puis hop, il y avait cette NES qui m'attendait. Ça ne paraît peut-être pas ici à l'écrit, mais chaque fois que je raconte cette histoire de vive voix, j'en ai encore les larmes aux yeux.
Et puis, il y a eu cette fameuse Super NES qui m'a aussi fait rêver pendant des mois et des mois. Il y avait notamment ce concours avec les sacs de chips où vous pouviez en gagner une. Tout ce que vous deviez faire, c'était collectionner quatre petites vignettes qui formaient une Super NES. Ainsi, pendant des semaines, je faisais le tour des dépanneurs du quartier et je tentais le plus discrètement possible de retrouver cette vignette manquante à travers les emballages transparents des sacs de Cheetos. Mais en vain. 
J'ai donc amassé mes sous et le jour de ma fête, je me suis rendu fièrement au Zellers ou au Woolco, et c'est alors que j'ai pu acheter cette Super NES tant convoitée. Et là, en matière d'achat rentable, je suis rarement arrivé à faire mieux qu'avec cette console. Bordel que j'y ai joué. Et surtout, bordel qu'elle était invincible. Elle avait même survécu au Déluge.
Puis, je suis tombé dans le rock and roll et la création littéraire et pendant des années ; les jeux vidéo avaient été temporairement relégués au second plan. Et ici, notez bien l'emploi judicieux de «temporairement».
Car voilà qu'à la fin de mes études universitaires, je suis retombé à fond dans les jeux vidéo. Ça a recommencé avec la Nintendo DS que j'ai usée à la corde, puis la Gamecube qui a eu, elle aussi, une vie bien remplie. Quant à ma Wii, celle-ci en a vraiment vu de toutes les couleurs.
Mais ma relation avec Nintendo a pris ensuite un dur coup avec la Nintendo 3DS et la Wii U. La raison? Une ludothèque que je considérais plutôt limitée, et ce, particulièrement en ce qui concerne la Wii U. 
Alors hop, même si j'ai été gravement échaudé par l'immense déception suscitée par la Wii U, à un point tel que je me suis senti en partie floué, voilà que je dois encore résister à la tentation de me dégotter une Switch. 
Et ce qui est le plus choquant dans tout ça, c'est que je suis conscient que c'est si superflu. Ce n'est qu'un joujou. Et quand bien même que j'en posséderais une le premier jour de la sortie, ça ne changera absolument rien à ma vie.
Mais bon, ça, Nintendo l'a compris depuis longtemps. La compagnie sait que les gamins d'autrefois n'ont plus à inspecter les sacs de chips pour se procurer une nouvelle console. Elle sait aussi que nous sommes des milliers et des milliers à avoir leur logo tatoué sur le coeur.
Mais surtout, la compagnie Nintendo sait qu'elle a la mainmise sur notre enfance et qu'elle est devenue en quelque sorte la madeleine de Proust de pratiquement toute une génération.