La quête du pain idéal

CHRONIQUE / Ça va bientôt faire 15 ans que je suis avec mon amoureuse. Je vous en ai déjà parlé, mais bon, elle a un don incroyable pour me dire chaque année ce qu’elle va m’offrir pour Noël. Que voulez-vous, c’est plus fort qu’elle.

Voilà donc que cette année, ma belle Julie s’apprêtait à réussir l’impossible, car à quelque chose comme dix jours avant Noël, j’ignorais toujours ce qu’elle me donnerait.

Et puis hop, par un bel avant-midi d’hiver, il y a cette grosse boîte contenant une machine à pain qui a été livrée devant la porte.

Vous devinerez donc que cette année, pour Noël, mon amoureuse m’a offert une machine à pain.

Ainsi, depuis un peu plus d’une semaine, j’ai une nouvelle quête dans la vie : cuisiner le pain idéal.

Alors qu’il y a deux semaines à peine, j’ignorais totalement qu’est-ce qu’on pouvait bien mettre dans du pain, j’en suis maintenant à me surprendre à méditer régulièrement à propos de la quantité idéale de farine et de levure que je pourrais utiliser pour accomplir ce nouvel objectif de vie.

J’irais même jusqu’à dire qu’il y a presque quelque chose de poétique ou de romantique dans tout ça, car cet ingrédient qui me semblait autrefois si banal est désormais à mes yeux une véritable forme d’art.

Maintenant, au risque de vous donner l’impression que je me transforme en espèce d’adepte du retour à la terre, je vous dirai quand même qu’en cuisinant son propre pain, on prend soudainement conscience de la complexité d’un tas de trucs qu’on tenait jusqu’ici pour acquis.

Ça m’avait fait le même feeling le jour où j’avais cuisiné mes propres cretons. J’étais là à les observer dans leur petit contenant et j’étais probablement autant excité qu’un alchimiste qui serait parvenu à changer de l’argent en or.

Sinon, il y a un autre truc qui m’a grandement fasciné depuis que je suis devenu un apprenti boulanger et il s’agit de cette culture Web des recettes. Ça m’a frappé, hier soir, alors que je me promenais de site en site et de recette en recette.

Tout d’un coup, j’ai réalisé que certaines recettes écrites par des quidams comme vous et moi avaient fini par se tailler une place bien au-dessus de toutes les autres recettes. Par exemple, je pense ici à cette recette proposée par une certaine Diana Penning qui a été approuvée par plus de 700 internautes et qui, par la force des algorithmes, s’est imposée comme l’une des recettes de pain maison les plus populaires lorsqu’on effectue une recherche sur Google.

Se pourrait-il que dans un avenir rapproché, cette recette devienne une espèce de standard pour tous ceux et celles qui tenteront la même aventure que moi ?

Et si on anticipe davantage, serait-il envisageable qu’en 2400, nos arrières-arrières-arrières (x 50) — petits-enfants se basent encore sur la recette de Diana Penning et, qui sait, que cette femme soit devenue dans l’imaginaire une espèce de divinité du pain maison ?

Évidemment, je déconne légèrement en vous racontant cela, mais il reste que malgré toutes les innovations technologiques, il y a des trucs qui ne changent pas beaucoup à travers les siècles et j’ose imaginer que le pain en fait partie.

Une chose est certaine, c’est que plusieurs autres gros défis m’attendent avec cette machine à pain.

Une fois que j’aurai trouvé la recette de pain idéal, que j’imagine comme étant une espèce d’imitation du célèbre pain Roger de Saint-Fulgence, je m’attaquerai ensuite à trouver une bonne recette de pain aux raisins, puis un pain chocolaté.

Maintenant, si je pouvais voyager dans le temps et me rendre visite à moi-même alors que j’étais encore un jeune homme et que j’avais la vie devant moi, je me dirais : « T’inquiètes surtout pas bonhomme, ton futur sera palpitant. Mais t’excite quand même pas trop parce que ça n’a vraiment rien à voir avec ce que tu t’imagines. »

Qui sait, peut-être que dans 15 ans, je serai devenu un adepte du tricot ou de la mécanique ? De toute façon, je ne croirais même pas le Joël du futur s’il venait m’en parler.