Johnny Hallyday

La mort de Johnny Hallyday

CHRONIQUE / Je serais menteur de vous dire que je n’ai pas essayé d’aimer Johnny Hallyday. Mais bon, dans la vie, y a des trucs qui n’arrivent pas à vous toucher droit au cœur et il faut croire que, dans mon cas, Johnny en faisait partie.

D’ailleurs, j’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi je ne suis jamais arrivé à ressentir quoi que ce soit en écoutant une de ses pièces. Parce que, lorsqu’on y pense, Johnny avait tout pour que j’en raffole.

Tout d’abord, c’était un rockeur et, jusqu’ici, j’ai toujours eu une certaine admiration pour les gens qui étaient capables de porter un blouson de cuir noir sans avoir l’air d’un frimeur et disons-le, Johnny le portait à merveille.

Et puis hop, de ce que j’ai pu comprendre en surveillant sa carrière de loin au cours des 20 dernières années, le gars semblait pas mal faire les choses à sa tête. Ça aussi, j’ai beaucoup d’admiration pour ça. Mais bon, ça ne marche pas.

J’ai beau chercher, il n’y a même pas une chanson, ou ne serait-ce qu’un couplet ou un refrain qui vient m’interpeller.

Les portes du pénitencier

Certes, je pourrais vous dire que Les portes du pénitencier évoque un petit quelque chose étant donné que ma mère m’avait déjà raconté qu’un soir, mon père et mon défunt oncle André étaient arrivés d’une cuite spectaculaire en chantant cette chanson bras dessus bras dessous, mais même là, je ne suis pas dupe, car Les portes du pénitencier, c’est avant tout The House of the Rising Sun, un standard de la chanson américaine dont la mélodie aurait été piquée à une ballade anglaise traditionnelle.

Et puis une fois qu’on a entendu la version intemporelle de The Animals, je ne peux pas comprendre comment on pourrait juger qu’une autre version serait nécessaire. 

Ça serait comme préférer un dessin de La Joconde à l’originale.

Jean-Philippe

Ironiquement, la seule fois où j’ai vraiment connecté avec Johnny, ce fut au cinéma. Et pour ajouter à l’ironie, même les fans de Johnny vous le diront: disons que ce n’est pas dans ce domaine qu’il a particulièrement excellé.

Or, il faut croire que le film intitulé Jean-Philippe était l’exception qui allait confirmer la règle.

Pour la petite histoire, ce film réalisé par Laurent Tuel en 2006 racontait l’histoire d’un fan fini de Johnny Hallyday qui était interprété par le splendide Fabrice Luchini. 

Voilà donc qu’après une mauvaise chute, notre fan numéro 1 se réveille dans un univers parallèle dans lequel Johnny Hallyday n’existe pas. En effet, dans cette réalité, Jean-Philippe Smet avait tout simplement décidé de demeurer Jean-Philippe Smet pour ainsi devenir patron d’une salle de bowling.

La suite, elle consistait donc à ce que notre fan numéro 1 convainque Jean-Philippe de se transformer en Johnny Hallyday et, vous l’aurez deviné, le résultat était à la fois délicieusement méta en plus d’être très rigolo.

Je vous raconte ça et je réalise qu’en fait, tout ça est triplement ironique, car la seule occasion où j’ai adoré Johnny Hallyday, c’est dans un contexte où il n’existait même pas.

Cultures distinctes

Mais outre tout ça, ce qui m’étonne grandement à la suite du décès de Johnny, c’est de constater à quel point le Québec et la France sont distincts quant à leurs goûts musicaux, et ce, bien malgré le fait que nous partagions la même langue.

Alors qu’en France, la mort de Johnny ne laisse pratiquement personne indifférent, ici, on se dit que c’est dommage et puis hop, on est déjà passé à un autre appel.

J’imagine qu’on assistera à une espèce d’effet miroir le jour tragique où Éric Lapointe nous quittera. Parce qu’on va se le dire, Éric, c’est notre Johnny à nous.

En fait, je vous écris ça et je n’ose même pas imaginer l’onde de choc que ça causera lorsque ça se produira.

D’ailleurs, plus je pense à Éric et plus je crois comprendre l’amour que ressentent les Français pour Johnny. Ça va bien au-delà de la musique, car le gars a tellement toujours été présent dans la culture populaire qu’il a fini par se forger une place dans leur ADN. 

J’imagine que je dirai un truc du genre le jour où Éric partira.