La mise en scène

CHRONIQUE / Dans la famille où j'ai eu la chance de grandir, il y a longtemps eu une culture des emballages insolites de cadeaux.
En fait, quand je repense à mes meilleurs souvenirs associés à la nuit de Noël, la première chose qui me revient toujours en tête, c'est cette fois où mon oncle Ghislain avait offert des Livres dont vous êtes le héros à mon cousin Renaud.
Le cadeau en tant que tel était peut-être anecdotique, mais tout le décorum l'ayant entouré fut tellement hors du commun qu'encore aujourd'hui, je rêve de recevoir un jour un truc dans le genre.
Alors hop, les livres avaient été placés dans des casiers en bois qui avaient été stockés dans un plus grand casier de bois. Évidemment, chacun de ces casiers avait été soigneusement recouvert de couvercles de bois qui eux avaient été recouverts de vis.
Ainsi, pendant ce qui a dû lui sembler une éternité, Renaud a donc dû se servir de la perceuse de Noël afin de retirer chacune des vis pour enfin parvenir à extirper les fameux livres des casiers.
Sinon, mon oncle Gaétan s'en sortait pas mal aussi dans le genre.
Maintenant, j'ignore si c'est ma mémoire qui me joue un tour, mais il me semble avoir souvenir d'une fois où celui-ci avait offert une immense boîte en cadeau.
Toute la soirée, alors que nous analysions passionnément chacun des nombreux cadeaux qui étaient au pied de l'arbre, c'était bien entendu cette grosse boîte qui nous attirait tous comme des aimants.
Puis, une fois la grande cérémonie tant attendue des « déballages » de cadeau commencée, nous mourrions tous d'impatience de voir ce qu'elle contenait.
Bien évidemment, la boîte contenait une multitude d'autres boîtes, toutes emballées avec de nombreuses couches de papier. 
Enfin, après cette espèce de cirque de poupées russes de Noël, la dernière boîte allait nous révéler en quoi consistait ce cadeau qui avait créé autant d'attentes au début de la soirée. Il s'agissait d'une paire de bobettes.
Je vous raconte ça et un truc me frappe.
Certes, j'ai souvenir des cadeaux qui se cachaient derrière ces plans machiavéliques de mes oncles, mais si je m'en souviens si bien, c'est notamment en raison de l'inventivité ayant entouré la présentation des cadeaux.
Et qu'en est-il de ces autres cadeaux généreusement offerts qui devaient valoir une fortune à l'époque ? 
Quelques-uns ont survécu et j'en recroise même parfois certains dans les jouets de mon enfant. Mais dans tout ce déluge de cadeaux, la plupart ont sombré dans l'oubli.
De fait, si je suis cette logique, serait-il exact d'affirmer que ce ne sont pas les cadeaux qu'on offre qui importent, mais l'histoire qu'ils racontent ou sinon, qu'ils raconteront ?
Ici, j'en conviens, on se croirait en plein conte de Noël qui passe en fin d'après-midi à la télé un dimanche. Vous savez, le bout juste avant que le générique de fin n'apparaisse et où le personnage y va d'une narration touchante dans laquelle il livre une morale attendrissante à propos de la magie de Noël ?
Eh ! ben ! Vous savez quoi ? Je l'assume complètement.
Alors voilà, à ceux et celles qui le désirent, je vous souhaite d'heureuses festivités entourant Noël.
Quant à ceux et celles qui détestent Noël ou qui n'en ont rien à cirer, je respecte entièrement votre point de vue pour l'avoir partagé à plusieurs moments dans ma vie. 
Et puis, si ça peut vous consoler, dites-vous que ça pourrait être pire. Vous pourriez avoir le même problème, mais avec le hockey et ça, ça dure de l'automne jusqu'au printemps.
Joyeux Noël tout le monde.