La bonne bouteille pour attirer l'oeil

CHRONIQUE / Ça avait été une claque extraordinaire. Je m’en souviens encore comme si c’était hier.

Le très médiocre film inspiré des Transformers venait alors tout juste de sortir sur les écrans et bien que le long-métrage avait reçu un accueil très tiède de la critique ainsi que du public, tous ceux et celles qui s’étaient rendus au cinéma afin de le visionner étaient unanimes : il fallait absolument voir la mystérieuse bande-annonce diffusée juste avant Transformers.

Puis, quelques heures après la grande première de Transformers, voilà que cette fameuse bande-annonce faisait son apparition sur Internet et, probablement comme des centaines de milliers d’internautes, je suis resté là devant mon écran d’ordinateur à regarder en boucle cette pub à la fois fascinante et horrifiante.

D’ailleurs, ceux et celles qui l’ont déjà vue s’en rappellent certainement très bien. Une bande de jeunes adultes font la fête dans un grand appartement et nous visionnons de toute évidence une vidéo maison, car tous les invités s’adressent à la caméra afin de laisser un mot à un de leurs amis. Puis, un bruit étrange et inquiétant cause ce qui semble être une brève panne d’électricité. Les jeunes fêtards vont voir sur le toit de leur immeuble afin d’en savoir plus sur ce qui se passe et au loin, des boules de feu font leur apparition sur New York. La panique s’installe aussitôt et tout le monde file vers les escaliers pour quitter le bâtiment en urgence.

Mais dès que le protagoniste qui filme pour nous est enfin sur le plancher des vaches, des hurlements suivis d’une détonation attirent son attention. La caméra tente donc de filmer dans cette direction et c’est à ce moment qu’un tonnerre de hurlements explose alors que la tête de la Statue de la Liberté atterrit au sol.

Évidemment, à ce moment-ci, nous sommes en juillet 2007 et les images bouleversantes d’un New York dévasté par les événements du 11 septembre 2001 sont encore bien fraîches dans la tête de bien des gens.

Certes, ici, la violence terroriste des hommes était remplacée par la puissance incontrôlable d’un monstre géant, mais le simple fait de revoir la Grosse Pomme dans une telle situation de chaos était en soi encore plus troublant que la menace mise en scène qui guettait la ville. C’était là la force unique de ce premier volet de la désormais saga cinématographique Cloverfield.

D’ailleurs, le deuxième tome intitulé 10 Cloverfield Lane misait aussi sur cet effet de « peur de proximité ». Cette fois-ci, bien qu’on nous disait que la Terre était plongée en plein chaos, mais qu’on nous gardait bien de nous révéler quelles forces inimaginables pouvaient en être à l’origine, la vraie peur qui nous habitait en tant que spectateur était la possibilité qu’une telle chose survienne. Non pas ce qui causait le chaos sur Terre, mais bien le fait qu’il soit très envisageable que dans une telle situation, votre destin puisse se retrouver entre les mains d’un individu ou d’un groupe d’inconnus. Mais malheureusement, la magie n’aura pas réussi à opérer en ce qui concerne ce troisième tome dont l’apparition soudaine en a surpris plus d’un.

En effet, c’est donc pendant la dernière édition du Super Bowl que Netflix a diffusé la bande-annonce de ce troisième volet de Cloverfield, pour ensuite annoncer que le film serait disponible via son service de diffusion en ligne dès la fin du match.

Maintenant, je serais très curieux de savoir combien de spectateurs ont pu répondre à l’appel, et ce, seulement lors de la soirée de la grande annonce. Néanmoins, ce qu’on sait, c’est que ce troisième volet a suscité l’unanimité chez les fans qui ne se sont pas gênés pour démonter en pièces ce film.

Mais bon, comme personne ne l’attendait, peut-on vraiment dire que les fans ont ressenti une grande déception ? 

Et sinon, à défaut de marquer l’imaginaire des cinéphiles comme ce fut le cas pour les deux premiers volets, l’étonnante mise en marché du troisième Cloverfield par Netflix aura démontré que le cinéma, c’est parfois comme vendre de l’eau. Il suffit de seulement trouver la bonne bouteille qui attirera l’œil du client.