«Maintenant, pour ceux et celles qui ont toujours aimé le hockey, vous ne pouvez même pas avoir idée à quel point ça peut vous miner une existence de ne pas aimer le hockey.»

J'aurais voulu être fan de hockey

CHRONIQUE / Si j'avais pu choisir les choses que j'allais aimer dans la vie, je mènerais certainement une vie très normale. Et là, je ne dis pas ça dans le sens que je considère être quelqu'un de spécial, mais plus dans le sens que j'aimerais les trucs que les gens aiment généralement.
À titre d'exemple, et là, ce n'est vraiment pas la première ni la dernière fois que j'en fais mention, mais si j'avais eu le choix, j'aurais aimé aimer le hockey.
Maintenant, pour ceux et celles qui ont toujours aimé le hockey, vous ne pouvez même pas avoir idée à quel point ça peut vous miner une existence de ne pas aimer le hockey. Afin de vous donner un petit aperçu de ce à quoi ça peut ressembler une vie à ne pas triper sur le hockey, imaginez-vous deux secondes que du jour au lendemain, on parlerait continuellement d'économie. Mais là, pas seulement donner les infos générales sur les taux d'intérêt et ces trucs qui se glissent vite entre une annonce de tempête de neige et les résultats de la lotto. Non non. De la grosse économie avec tous les détails.
Et tant qu'à s'imaginer ça, visualisez maintenant que chaque jour, tout le monde y allait de son petit commentaire sur la bourse, les directeurs de banque ou je ne sais pas quel autre truc important en économie et que là, votre mécano, votre nièce ou le monsieur devant vous dans la file au Tim Hortons vous sollicitaient votre avis à ce sujet afin d'animer la discussion.
Imaginez aussi que le matin, les chroniqueurs de Salut, bonjour s'échangeaient devant la caméra des commentaires d'initiés à propos de la bourse tout en riant à gorge déployée et surtout, en assumant que vous étiez pleinement en mesure de saisir l'essence humoristique de leurs propos.
Imaginez qu'en ouvrant le journal, une caricature sur deux traitait de transactions majeures des derniers jours, de placements ou d'une décision récente d'un banquier.
Eh ben, à moins que vous ne soyez l'une de ces rares personnes à vous intéresser et à vous documenter à propos de l'économie, ce petit exercice décrit assez bien en quoi consiste l'expérience quotidienne de ne ressentir aucun intérêt envers le hockey. En d'autres mots, on se sent un peu comme un extraterrestre qui était arrivé au milieu d'un film.
Maintenant, n'allez surtout pas croire que je vous raconte ça avec les yeux dans l'eau et le coeur plein d'amertume. Il faut savoir qu'au fil des années, on apprend à apprivoiser ça et on finit même parfois par développer des petits trucs. Par exemple, cette année, j'ai attendu que la saison de hockey (ici, je tiens à spécifier que de mon point de vue, la saison de hockey se termine dès que le CH est éliminé) soit terminée pour vous confier une autre de mes réflexions quant à l'étrange réalité de ne pas s'intéresser au hockey au Québec.
Sinon, on finit aussi par réaliser que la meilleure façon de ne pas trop attirer l'attention en tant que non-adepte du hockey, c'est de mémoriser trois ou quatre noms compliqués de joueurs et là, quand vous vous retrouverez malgré vous au centre d'une conversation sur le hockey, vous n'aurez qu'à lancer un de ces noms entre deux commentaires et le dire sur un ton déterminé. Puis, avec un peu de chance, un interlocuteur passionné enchaînera (ce qu'il va dire n'aura peut-être aucun lien avec le nom que vous avez lancé, mais il vaut mieux ne pas investiguer à cet effet, car vous risquerez ainsi d'être royalement démasqué) et il ne vous restera plus qu'à émettre un rire complice ou sinon, à émettre une réaction qui s'apparente à de l'approbation.
Bref, on rit bien, mais si la population était aussi passionnée par l'économie que par le hockey, un truc comme celui qui s'est produit chez Bombardier aurait certainement causé des émeutes et tout le tra la la.
Enfin, je lance ça comme ça, mais à l'instar des joueurs de hockey qui se tournent vers le golf pendant l'été, ça pourrait être une bonne perspective de hobby d'été pour les gérants d'estrade de se tourner vers l'économie.