Le centre-ville d'Alma

J’aime Alma

CHRONIQUE / J’aime Alma comme on aime un vieil ami dont on connaît tous les défauts. Certes, ses travers finissent souvent par nous tomber sur les nerfs, mais à la fin, c’est tout le temps lui qu’on retourne voir dès qu’on s’ennuie.

D’ailleurs, ça va vous sembler à la fois con et paradoxal, mais j’aime Alma parce que c’est une ville qui peut être d’un ennui pas possible alors que le lendemain, elle peut se transformer en un endroit où tout semble soudainement possible.

J’aime Alma pour son centre-ville maniaco-dépressif où tantôt, il grouille de vie et où une heure plus tard, on peut s’y promener en marchant paisiblement au milieu de la « main » sans même craindre d’être frappé par une voiture.

J’aime Alma pour ses différents quartiers où j’ai eu la chance de vivre à certains moments. Je pense ici au quartier Château d’eau, qui est une espèce de Beverly Hills 90 210 d’Alma, à Naudville, qui est en quelque sorte un petit Brooklyn, et puis à Riverbend avec ses airs londoniens et ses maisons qui craquent sans cesse.

J’aime Alma malgré les colons qui surgissent parfois au beau milieu de la rue sur leur Ski-Doo.

J’aime Alma parce que l’été, quand on va faire l’épicerie, on a toujours l’impression d’être en vacances à cause des gens en sandales, de ceux qui ont la peau fraîchement bronzée et aussi à cause de ce parfum de plage qu’on peut parfois humer ici et là.

J’aime Alma quand, au début de l’été, j’entends les échos des mêmes maudits shows, année après année, en provenance de la Place Festivalma et que, vers 23 h, je vois toutes ces voitures qui passent par le pont d’Isle-Maligne pour retourner à la maison.

J’aime Alma quand je vais chez PMA et que le boucher rigole avec moi de ma dernière blague sur Facebook et que je me rends compte que le type juste après moi dans la file est le gars qui me traitait de perdant quand j’étais au secondaire.

J’aime Alma quand je vais à l’épicerie et que la caissière prend des nouvelles de mon garçon tout en me soulignant que ça fait un petit bout qu’il n’est pas venu faire les courses avec moi.

J’aime Alma parce qu’on peut dire « bonjour » à tous ceux et celles qu’on croise dans la rue, car il est presque improbable qu’on ne finisse pas par se trouver une connaissance en commun.

J’aime Alma pour le monde qui te klaxonne quand ils te voient dans la rue, même si tu n’as aucune idée de quoi a l’air leur véhicule.

J’aime Alma à cause de l’Arbre en ville, même s’il n’est plus là.

J’aime Alma à cause de ses diaboliques poutines chez Goofy ou au Repère du Clocher.

J’aime Alma aussi en raison de ses fantômes qui sont ici et là. Je pense ici aux hôtels, aux discothèques ou aux bars mythiques dont nous parlent nos parents.

J’aime Alma pour sa bibliothèque où j’ai tellement lu, et ce, même s’il n’y a presque pas de romans de Richard Matheson et pas assez de bouquins de Bret Easton Ellis.

J’aime Alma pour ses sculptures qui racontent tellement d’histoires et pour lesquelles on se trouve encore des excuses pour grimper dessus, même une fois rendu adulte.

J’aime Alma pour sa nouvelle passerelle qui a toujours l’air de « shaker » quand on passe dessus et qui doit être assez impressionnante à regarder la nuit sur l’acide.

J’aime Alma quand je croise Hugo, Daniel, Héro, Sam, Vanessa, Steeve, Maxime, Amélie, Bianka, Geneviève, Jean-Rôti, Philippe et toutes ces personnes qui ont choisi de rester ici.

J’aime Alma quand l’hiver, on voit les skieurs qui descendent les pentes du Mont Villa Saguenay et surtout, quand on part s’y glisser en famille.

J’aime Alma même quand elle oublie qu’elle a donné naissance à plein d’artistes et de penseurs géniaux parce qu’elle n’est toujours pas revenue de Michel Barrette et de Michel Côté.

J’aime Alma quand j’entends la voix rassurante et relax de Claude à la radio.

J’aime Alma parce que c’est dans ses rues que je vois grandir mon fils.

J’aime Alma parce que c’est là que j’y ai rencontré mon amoureuse.

Et enfin, à bien y penser, une chance que j’aime Alma, parce qu’elle fera toujours partie de moi.