La ministre de l'Économie, Dominique Anglade

Innovation, dites-vous ?

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines, l'indignation gagnait la population du Québec après qu'on ait révélé que les patrons de Bombardier s'étaient alloué une augmentation salariale alors que la même entreprise avait récemment eu besoin d'une généreuse aide gouvernementale.
L'entreprise qu'on aime bien qualifier de « fleuron » de l'économie sera heureusement revenue sur sa douteuse décision quelques jours plus tard, or cette tempête aura soulevé de nombreux débats au sein de la population.
Évidemment, on aura principalement débattu d'un certain manque d'éthique de la part des patrons de Bombardier, mais en ce qui me concerne, ce qui aura le plus attiré mon attention dans toute cette histoire, c'est une entrevue qu'aura accordé la ministre Dominique Anglade lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle.
Alors que le chroniqueur économique Pierre-Yves McSween relançait sans cesse la ministre en lui exposant de nombreux éléments qui démontraient la légitimité de se questionner collectivement quant à une telle aide à Bombardier de la part du gouvernement fédéral, voilà que la ministre se contentait essentiellement d'expliquer qu'en investissant dans le fameux projet de la C Series, nous investissions aussi dans l'innovation.
Maintenant, je vais vous avouer que la première fois que j'ai entendu la ministre Anglade faire une telle affirmation, j'ai légèrement grincé des dents. Puis, après quatre ou cinq reformulations de cette même affirmation, et ce, toujours au cours de la même entrevue, j'avais de plus en plus l'impression que la ministre tentait de me passer un gros sapin. 
Ici, que l'on se comprenne bien, je n'ai aucune leçon d'économie à donner à qui que ce soit. D'ailleurs, je suis certain que ma conseillère financière pourrait vous le démontrer assez facilement. Toutefois, outre le facteur économique, je vais vous confier que ça me met un peu hors de moi quand des décideurs prennent pour acquis que nous sommes tous des imbéciles heureux. Je dis ça, parce qu'à mon humble avis, l'innovation, ce n'est pas investir dans des avions. Du moins, plus aujourd'hui à notre époque.
On n'a qu'à fouiller ici et là dans les nombreuses publications scientifiques pour réaliser que le futur, ce n'est plus demain. Le futur, on est maintenant dedans et pas qu'un peu.
Vous voulez des exemples ? Les recherches entourant l'intelligence artificielle qui font sans cesse des bonds énormes, ça, j'appelle ça de l'innovation. La robotisation à venir des transports de marchandises, ça, c'est de l'innovation. La réorganisation à anticiper des fonctionnements des marchés qui pourrait suivre une éventuelle démocratisation de l'impression 3D, ça aussi. Et je pourrais certainement continuer comme ça jusqu'à la section des petites annonces, mais bon, vous voyez un peu le portrait, j'imagine ?
Certes, je veux bien comprendre que Bombardier est une entreprise bien implantée et tout le tra la la, mais j'aimerais souligner le manque hallucinant de vision de la part de nos élus. Alors que nous pourrions devenir des leaders mondiaux en recherche et développement de ces nouvelles technologies qui bouleverseront complètement nos façons de faire, on bricole des avions que d'autres pays arrivent déjà à mieux bricoler que nous.
Mais bon, on dit qu'on a les élus qu'on mérite.
Maintenant, expliquez-moi ce que j'ai bien pu faire pour mériter des esprits aussi éteints en tant qu'élus. Une chose est certaine, le jour où la population réalisera qu'on a sacrément manqué le bateau, les élus auront leurs avions pour filer en douce.