Il y a le Web, et il y a la « vraie vie »

CHRONIQUE / Cette semaine, voilà qu’on célébrait le trentième anniversaire d’existence du World Wide Web.

Je l’ai souvent répété par le passé et j’imagine que je continuerai à le faire jusqu’à la fin de mes jours, mais je me considère comme très privilégié d’avoir eu la chance de vivre une partie de ma vie dans « le monde d’avant Internet ». Et là, si je vous dis ça, ce n’est pas nécessairement parce que je crois que c’était mieux avant, mais bien parce que j’apprécie le fait d’avoir connu deux mondes complètement différents.

Cela dit, je vais vous avouer que je me surprends parfois à rêver au monde d’avant, un passé qui me semble étrangement si lointain et auquel j’ai associé une certaine quiétude qui me semble aujourd’hui très difficile à atteindre, étant donné le bruit constant qui ne dort plus depuis l’avènement du World Wide Web. Or, je ne suis quand même pas dupe et j’imagine que ce passé auquel je rêvasse à l’occasion est en partie idéalisé dans mes souvenirs.

Je vous dis ça, car à bien y penser, on a beau casser beaucoup de sucre sur le dos du Web en mettant notamment ses facettes les plus obscures, il n’en demeure pas moins qu’Internet a aussi sa part de lumière.

Je pense notamment à l’histoire de Charles Plourde, un gars de 36 ans de la région qui vit maintenant à Montréal avec sa famille et qui lutte contre un cancer du cerveau. Devant les conseils de son médecin, Charles a bien voulu se lancer dans une campagne de sociofinancement qui lui permettrait de se procurer de l’Avastin, un médicament non remboursé par les assurances et la RAMQ, qui lui permettrait de profiter plus longtemps de la vie auprès de sa conjointe et de ses trois enfants.

Dans « le monde d’avant Internet », récolter une somme de 50 000 dollars aurait nécessité une campagne très essoufflante qui n’aurait peut-être même pas permis d’atteindre cette cible, mais dans notre monde où les likes et les hashtags font partie du quotidien, Charles est non seulement parvenu à pratiquement doubler la mise, mais il a récolté la somme visée en moins de 12 heures.

Évidemment, le Web a été un outil indispensable pour lui, mais si la campagne de sociofinancement de Charles a été si efficace, c’est avant tout grâce à toute l’énergie qu’il a su investir dans la « vraie vie ». En d’autres mots, le Web, ça vous facilite peut-être la vie, mais la vie, c’est vous qui avez à la vivre.

Même son de cloche en ce qui concerne une autre campagne de sociofinancement qui s’est produite dans la même semaine que celle de Charles et qui visait à venir en aide à une musicienne du Québec (et originaire de la région) qui avait subi un grave accident en France. La campagne aura été un énorme succès et une fois de plus, si les proches de Marie-Pier Lavigne sont parvenus à mener une opération aussi efficace, c’est parce que l’énergie qu’elle a investie dans la « vraie vie » en tant que personne et musicienne a pu être canalisée par la puissance du Web.

Ici, la formule risque de sembler très convenue, mais ce qu’on peut retenir de ces deux initiatives, c’est que le Web peut être d’une efficacité inimaginable s’il dessert une cause qui interpelle personnellement le public, alors mieux vaut s’en servir à de justes fins.

Sinon, à titre plus personnel, je pourrais aussi ajouter que le Web a fait de moi une meilleure personne. C’est du moins l’impression que j’ai.

Certes, même si les statistiques et les études démontrent que le Web peut devenir un outil de radicalisation très dangereux, j’aime croire que le contraire peut aussi être possible. À titre d’exemple, mes interactions sur les réseaux sociaux ont progressivement contribué à faire de moi une personne beaucoup plus modérée quant à mes prises de position, ce qui est, croyez-moi, une très bonne chose.

D’ailleurs, ça m’horrifie d’y penser, mais sans l’ouverture sur le reste du monde dont le Web m’a permis de bénéficier, qui sait, peut-être serais-je devenu un chantre de l’intolérance ?

Mais à quoi bon s’enfoncer dans de telles hypothèses quand le Web est déjà une mine inépuisable de théories qui dépassent la logique ?