La capture des moufettes demande un certain doigté.

Histoire de mouffettes

CHRONIQUE / C'était un soir d'été où il faisait chaud.
À l'époque, je vivais dans un appartement très cool sur la rue Lévis à Chicoutimi. Il n'y avait jamais une voiture qui passait dans cette petite rue et ma chatte Billy Jean disposait de nombreuses fenêtres par lesquelles elle pouvait entrer et sortir de la maison à sa guise.
Ce soir-là, je profitais de la chaleur du soir et je m'étais installé bien confortablement sur une chaise afin de me plonger dans un jeu de Nintendo DS tout en grillant des clopes.
Alors que j'étais bien concentré à jouer, voilà que mon chat était venu me voir. Tout en gardant les yeux bien rivés sur mon Nintendo DS, j'ai donc tendu ma main en sa direction pour lui flatter chaleureusement la tête.
Or, après quelques secondes, j'ai remarqué que le poil de Billy Jean avait une texture plutôt curieuse. C'est alors que mes yeux se sont dirigés vers ce que je croyais être mon chat, mais non. En fait, j'étais en train de caresser la tête d'une mouffette qui, disons-le, semblait aussi étonnée que moi de la situation.
Je me souviens que pendant un bref instant, j'ai senti mon pouls accélérer de façon assez significative, puis comme si j'étais dans un clip tourné au ralenti, je me suis levé très lentement pour me déplacer silencieusement à l'intérieur de la maison.
Maintenant, si je vous raconte ça, c'est qu'il y a quelques jours, j'ai encore eu la chance d'un face-à-face avec une mouffette et j'ai justement remarqué que j'avais réagi exactement de la même façon. D'un côté, votre tête vous dicte de prendre vos jambes à votre cou, mais une autre partie de votre tête vous hurle de garder votre calme afin que la situation ne dégénère pas. 
C'était donc un soir de juin où il faisait chaud et le personnage tristement routinier que je suis s'apprêtait donc à aller bosser sur des créations bizarres dans son garage après avoir profité de sa désormais célèbre marche de la soirée. Comme j'avais déjà failli noyer mon ordinateur avec mon café en tentant d'ouvrir la porte de mon garage, je procède maintenant toujours de la même façon. Tout d'abord, je sors dehors pour utiliser toutes mes forces afin d'ouvrir la porte du garage, puis je transporte mon café jusqu'au garage et enfin, je fais un dernier voyage vers la maison pour y amener mon ordinateur. Or, voilà que ce soir-là, au moment de placer mon ordinateur sur ma table de travail, j'ai remarqué un truc qui clochait dans mon angle mort. Certes, ma grosse chatte noire Maggie m'avait accompagné comme à l'habitude, mais juste devant elle, une grosse mouffette faisait le tour du garage afin d'y rechercher probablement de la bouffe.
J'étais là debout, paralysé par la scène, tenant mon ordinateur dans mes mains et juste à quelques centimètres de moi, il y avait cette mouffette qui vaquait tranquillement à ses affaires.
J'ai donc employé la fameuse stratégie du clip au ralenti. Or, cette fois-ci, c'était comme si le clip était aussi à l'envers. J'étais là à marcher très lentement à reculons, reproduisant très fidèlement le parcours que j'avais emprunté, mais en sens inverse.
Puis, après m'être assuré que j'étais caché, j'ai observé très longtemps Maggie dans le garage qui, elle, observait la mouffette qui a finalement quitté le garage pour d'autres aventures, et ce, sans qu'il n'y ait le moindre incident.
Quand on y pense, c'est plutôt con d'avoir si peur des mouffettes, car à la fin, ces bêtes ne vous sauteront jamais au cou pour vous déchirer la jugulaire. Ce ne sont pas des carcajous quand même. En fait, le pire qui peut arriver, c'est que ça pue pendant trop longtemps. Mais justement, on devrait peut-être s'en inspirer. Pourquoi créer des machines à tuer, quand la seule crainte d'une bête puante suffit à nous paralyser et à nous rendre soudainement si dociles.
Évidemment, je vous dis ça un peu à la blague, mais il reste que le monde dans lequel nous vivons serait certainement plus ludique si nous avions un peu plus la tête à déconner plutôt que de vouloir détruire les menaces que nous hallucinons tout autour de nous.
Bref, faites des mouffettes, pas la guerre.