Histoire de clous

CHRONIQUE / Peu avant le début de mes deux semaines de vacances, j’avais dressé une espèce de liste de choses à faire pendant mes congés et parmi les objectifs que je m’étais fixés, j’avais la ferme intention de finir d’arracher les clous au plafond de mon sous-sol.

Pour la petite histoire, mon amoureuse et moi avions décidé de rénover nous-mêmes notre sous-sol au printemps et comme vous l’aviez certainement deviné, le projet avait quelque peu traîné.

Alors hop, voilà qu’à la veille de partir en famille pour la Gaspésie, j’ai soudainement décidé au beau milieu de l’après-midi d’aller remplir cette mission. « T’es sûr que c’est une bonne idée ? On part demain et faudrait quand même pas qu’il t’arrive quelque chose », que Julie m’a sagement lancé.

Pour ma part, en bon amoureux insouciant que je suis, j’ai éclaté d’un rire franc pour lui répliquer : « Ben voyons, chérie ! Je vais juste arracher des clous ! Je ne risque quand même pas de me tuer aujourd’hui ! »

Puis, alors que je venais tout juste d’arracher mon deuxième clou, Julie est venue me rejoindre au sous-sol pour me remettre une paire de lunettes de protection et pour être bien franc avec vous, je trouvais ça plutôt intense, étant donné que je ne faisais qu’arracher des clous. Or, Julie avait vraiment vu juste, car dès le troisième clou, voilà que celui-ci allait directement se propulser en direction de mes yeux.

Quelques minutes plus tard, tandis que je tentais de retirer de toutes mes forces un clou qui semblait s’être fusionné avec le plafond, le petit banc sur lequel je me tenais a soudainement basculé et, tel un funambule, je suis arrivé à retrouver mon équilibre à la toute dernière seconde. « Bordel ! Ma tête aurait éclaté comme un melon d’eau si j’étais tombé sur le plancher en béton », que j’ai déduit.

L’heure qui a suivi s’est déroulée sans anicroche et alors que je venais d’évaluer qu’il ne restait qu’une vingtaine de clous à arracher, un clou résistant a fait en sorte que ma main droite a glissé à toute vitesse vers un morceau de bois qui m’a ensuite complètement bousillé l’ongle du pouce. L’instant d’après, mon pouce pissait le sang et la blessure était si dégueulasse que même un vampire n’aurait pas voulu me faire un bec et bobo.

Je suis donc remonté en haut pour désinfecter tout ça et, quelques minutes plus tard, j’étais déjà prêt à aller conclure cette mission d’arrachage de clous. Trois clous plus tard, ma main droite allait à nouveau être propulsée vers un truc coupant et cette fois-ci, c’est le dessus de ma main qui allait encaisser le choc pour ensuite pisser le sang.

Lorsque je suis enfin arrivé à terminer mon boulot, je vais vous avouer que j’avais le sentiment du devoir accompli et, même si ces blessures me faisaient souffrir, ça ne faisait qu’ajouter à ma fierté d’avoir mené à terme ce projet.

Or, voilà que le soir même, nous avions prévu d’aller voir Odile jouer à la balle molle et au moment de m’installer dans les gradins, un drôle de pressentiment m’a aussitôt envahi en remarquant que le grillage de la clôture n’était pas assez haut pour bloquer l’arrivée éventuelle d’une balle perdue.

« Peut-être que j’ai invoqué un sort maléfique en déclarant que je ne mourrais pas aujourd’hui et qu’étant donné que je me suis déjà blessé deux fois, le destin a droit à un dernier essai, parce que jamais deux sans trois ? Si c’est le cas, c’est certain que je vais me ramasser une balle en pleine gueule », que je me suis dit.

Ainsi, pendant toute la partie, chaque fois qu’un joueur frappait sur la balle, une trouille pas possible m’envahissait. Je repensais notamment à mon ami Christian au primaire qui avait reçu une rondelle de hockey directement sur la bouche et qui avait dû se limiter à boire du jus pendant des mois. En fait, j’en étais déjà rendu à tenter d’accepter le fait que ça pourrait bientôt être mon cas.

Il ne s’est finalement rien passé du genre et l’équipe d’Odile a même remporté la partie.

Au fond, ce n’était pas une malédiction qui me menaçait ce jour-là, mais seulement ma maladresse. Très hâte de voir quelle blessure j’arriverai à me faire en faisant du plastrage la semaine prochaine.