Hé! Vous qui êtes dans le futur...

CHRONIQUE / Ça faisait depuis qu’on avait acheté la maison que ma future épouse et moi, on se disait qu’il faudrait faire quelque chose un jour avec notre sous-sol.

Je me souviens que dans les premières semaines, j’étais parti sur un coup de tête pour acheter une espèce de futon dans l’espoir de commencer à créer un truc qui ressemblerait à un salon souterrain, mais finalement, le vendeur était parvenu à me convaincre d’acheter le meuble le plus surréaliste de l’histoire du mobilier.

Grosso modo, ça ressemblait à un divan en cuir, mais en réalité, c’était un amas de prismes rectangulaires aucunement confortables qui pouvait se transformer en un lit encore plus inconfortable. D’ailleurs, j’imagine que le type qui m’a vendu ça a été promu par la suite.

Mais bon, j’ai installé ce faux divan qui peut vous bousiller le dos en moins de 10 minutes et, après ça, le sous-sol n’a jamais vraiment évolué. Il y a du béton gris, des murs recouverts de faux bois et, entre vous et moi, c’est le décor parfait pour voir surgir un fantôme.

Pendant des années, « le projet du sous-sol » planait sans cesse, mais on avait toujours une bonne raison pour repousser le tout. Puis, je ne sais pas trop pourquoi, peut-être à force de voir mon amoureuse regarder toutes ces émissions de rénovation et se passionner pour ça, je lui ai proposé qu’on se lance tous les deux dans l’aventure, même si on n’avait jamais fait un tel truc.

Jusqu’ici, je vais vous avouer que tout est sous contrôle en ce qui me concerne, car c’est mon étape préférée ; la démolition. Et là, n’allez surtout pas croire que j’aime ça parce que ça défoule ou un truc viril du genre, mais juste parce que chaque fois que j’arrache un truc, j’ai ce qu’on appelle le « feeling Indiana Jones ». On ne sait jamais sur quoi on pourrait tomber, et c’est autant excitant que ça donne un peu la trouille. À titre d’exemple, ce qui me ferait peur, ça serait de tomber sur un nid de bibittes ou un rongeur. Ça, je peux vous l’assurer, ça me blanchirait certainement les cheveux.

J’en étais donc à démolir les derniers panneaux en stucco du plafond quand j’ai retrouvé plusieurs pages d’une vieille édition de La Presse. Je ne connais pas trop le terme pour ça, mais bon, je crois que ça servait à ajuster de petits espaces entre des bouts de bois.

Le journal datait de 1974 et un des grands titres parlait d’un tournoi de hockey à Laval afin de venir en aide « aux enfants arriérés ».

Un peu plus tard dans la journée, mon beau-frère est passé à la maison et on lui a montré ça. Et là, il nous a dit que les gens laissent souvent des pages de journaux à l’intérieur de la maison, car ça porterait chance.

Maintenant, la suite, vous l’aurez peut-être devinée, mais c’est que j’ai la ferme intention de récupérer cette chronique pour la cacher dans un de mes murs. Qui sait, peut-être qu’un jour, dans un lointain futur, un gars qui vivra dans ma maison tombera sur cette chronique après avoir démoli un de ses murs. « C’est certainement juste un hasard et ce n’est pas de MA maison dont il parle », qu’il se dira.

Et ça ne sera pas bien grave qu’il finisse par savoir la vérité ou non, car ce n’est pas comme si je lui annonçais que j’avais caché un trésor quelque part dans les murs.

En fait, au moment d’écrire ces lignes, tout ce qu’on aura laissé jusqu’ici dans cette maison, ça aura été bien de l’amour.

Alors hop, à toi, lecteur ou lectrice du futur qui vient de trouver cette chronique derrière un mur, sache que jusqu’à présent, il n’est pas censé s’être passé des choses bizarres dans cette maison. Je veux dire par là que la maison n’a pas été construite sur un cimetière indien et qu’il n’y a jamais eu de fantômes à ce que je sache.

Je ne sais pas trop à quoi ressemble le monde dans lequel vous vivez dans le futur, mais il y a beaucoup de gens qui s’inquiètent pour vous, mais bon, j’imagine que si tu es train de refaire les murs de la maison, c’est moins le bordel que ce que plusieurs craignaient.