Notre chroniqueur a eu toute une frousse dimanche dernier alors qu'il se trouvait au volant de sa voiture avec sa famille.

« Ha ! Eh ! Ben ! Désolé les potes ! » 

CHRONIQUE / On dit souvent que la vie ne tient qu'à un fil et, bien que la formule soit convenue, il reste qu'elle est tristement exacte.
Par exemple, voilà que, dimanche dernier, j'étais au volant de notre voiture avec mon amoureuse et mon gars. Nous arrivions d'une magnifique journée à Chicoutimi où nous avions notamment visité la fabuleuse maison d'Arthur Villeneuve à la Pulperie et puis, hop, alors que nous n'étions qu'à deux minutes de la maison, voilà que la mort est venue nous souffler dans le cou, juste pour nous rappeler à quel point nous étions chanceux de pouvoir profiter de la vie.
Ça s'est passé plutôt vite pour vous dire vrai.
Notre voiture était donc la première à attendre au feu de circulation située au coin du boulevard Auger et de l'avenue Dupont.
Ici, vous me direz que même si elle ne tient qu'à un fil, la vie est parfois bien faite, car c'est justement à ce feu de circulation où j'avais officiellement raté mon premier examen de conduite. Le truc, c'est que lorsque la lumière était passée au vert, j'avais instantanément appuyé sur l'accélérateur et le gars qui m'évaluait m'avait alors prévenu de toujours vérifier des deux côtés de la voie avant de m'engager à un feu de circulation, car on ne pouvait jamais savoir avec certitude si un débile n'avait pas décidé de brûler le feu rouge.
Curieusement, depuis ce temps, même si je prends toujours le soin de bien suivre les conseils de cet homme qui m'avait fait échouer, je prends toujours le double du temps requis lorsque je suis à cette lumière précise où j'avais reçu cet enseignement.
Étrange rituel
Maintenant, je serais presque tenté de croire à une intervention divine, car dimanche dernier, si je n'avais pas adopté cet étrange rituel, je ne serais certainement pas là pour vous écrire les lignes que vous lisez.
Car voilà qu'au moment où je me serais engagé si je n'avais pas attendu deux ou trois secondes afin de rendre hommage au gars qui m'avait fait échouer mon premier examen de conduite, on a entendu des klaxons et, l'instant d'après, un gros pick-up blanc est passé à toute vitesse sur le feu rouge. Et en bonus, juste pour s'assurer que j'aurais été broyé mortellement (et je ne veux même pas imaginer ce qui serait advenu de mon amoureuse et de mon fils), le gros pick-up blanc traînait derrière lui une grosse caravane de camping.
Aussitôt que le choc de réaliser que nous venions de frôler une mort certaine avait été absorbé, j'ai décidé de suivre le pick-up blanc, bien décidé à faire savoir au conducteur ma façon de penser.
L'être très paisible et docile que je suis à 99 % du temps venait de céder sa place à une espèce de Chuck Norris bien décidé à se venger.
Puis, on a roulé comme ça jusqu'au Centre Alma où on a enfin pu rattraper le pick-up blanc. On a fait signe au vieil homme qui conduisait et, quand il a baissé sa fenêtre, je lui ai dit : « Vous venez de manquer nous tuer en brûlant un feu rouge pauvre débile. » Bon, ce n'est pas exactement le langage que j'ai employé, mais vous pouvez vous imaginer un peu le niveau de poésie enragée qui m'habitait à ce moment-là.
Puis, le visage du gars a adopté une expression du genre : « Ha ! Eh ! Ben ! Désolé les potes ! » et il a continué son chemin comme si de rien n'était.
Dans un monde parallèle, ce même imbécile aurait versé deux ou trois larmes à la télé, s'excusant pour sa gaffe qui aurait coûté la vie d'une famille.
Or, comme je vous le disais, la vie est bien faite, mais ça, le gars qui a failli nous tuer ignore certainement que cette fois-ci, il devra une fière chandelle à cet homme qui m'avait fait échouer mon premier examen de conduite.
Ce dimanche-là, il aurait pu se passer quelque chose. Mais comme je n'ai pas passé mon premier examen de conduite, il ne s'est rien passé.
Il n'y a rien qui n'arrive pour rien comme on dit.