Famille de karatéka

CHRONIQUE / Je n’étais même pas censé d’être là. Mais bon, à la dernière minute, j’ai dit à Julie et à Charlot: « Attendez-moi une petite minute, je mets mes chaussures et je vous rejoins ». Demande qui a aussitôt été suivie par un « Tu viens? » d’étonnement de la part de ma famille.

C’est que ce dimanche-là, Julie avait proposé à Charlot d’aller jeter un coup d’oeil à la journée portes ouvertes du studio de karaté et bien que mon amoureuse m’avait clairement fait savoir que j’étais libre de rester à la maison si je souhaitais en profiter pour prendre ça relax, il y a comme une espèce de force intérieure qui m’a poussé à y aller avec eux.

Probablement que c’est en raison de la petite voix dans ma tête qui a dû me dire un truc: « Allez, en souvenir du bon vieux temps où jadis, tu faisais du karaté ».

Alors hop, on est tous partis en direction du studio de karaté et dès notre entrée dans les locaux, on pouvait déjà voir dans les yeux de Charlot que tout ce nouvel univers qui s’offrait à lui allait fort probablement l’intéresser.

Puis, lorsque le professeur et directeur du studio est venu nous piquer un brin de jasette, Julie lui a expliqué qu’on était là pour Charlot et alors que je les écoutais discuter, j’ai pensé intérieurement: « Ce gars semble être un chouette professeur de karaté ».

En fait, j’ai dû y penser plus longtemps que dans mon souvenir, car à un certain moment, j’ai réalisé que non seulement Charlot allait s’inscrire pour la session d’automne, à raison de deux cours par semaine, mais voilà qu’un autre membre de la famille allait aussi apprendre les arts martiaux et bien que je ne puisse pas trop vous dire comment c’est arrivé, la personne en question, c’était moi.

Je crois que ç’a commencé par Charlot qui a dit un truc du genre: « Papa, maman, ça serait cool qu’un de vous deux en fasse du karaté! » Là, probablement que mon cerveau s’est mis en mode « Tu peux toujours rêver mon pote » et puis, la suite, c’est que j’ai visiblement répondu « Oui, pourquoi pas » à la mauvaise question.

Ici, je vous donne certainement l’impression que je déteste le karaté, mais en fait, c’est que ça faisait des décennies que je vivais déjà très bien avec l’idée que j’avais définitivement mis une croix sur mes capacités de karatéka. À l’époque, comme tous les gamins de la planète qui avaient vu Karate Kid, j’avais fini par m’inscrire à un cours de karaté et pour vous dire vrai, outre cette fois où j’avais dû bloquer les coups de poing d’un gars qui avait deux têtes de plus que moi et que je m’étais retrouvé avec les avant-bras en compote pendant deux jours, le seul autre souvenir que j’en gardais, c’est que j’ai toujours suspecté mes professeurs de l’époque de m’avoir donné ma ceinture jaune par « compassion ».

Un genou fêlé pendant une journée de ski aura mis fin à la fois à ma carrière de karatéka, mais aussi à celle de skieur, laissant enfin tout le champ libre à des journées complètes à pouvoir jouer aux jeux vidéo.

Maintenant, je vais devoir vous avouer que chaque semaine, ce n’est pas toujours évident de réunir toute la motivation nécessaire afin de se rendre à son cours. En fait, toutes les raisons sont bonnes pour ne pas y aller. On a eu une grosse journée de travail, une panoplie de trucs stressants à gérer, etc.

Or, chaque fois que je reviens du karaté, il y a cette drôle de sensation de bien-être qui m’habite. D’ailleurs, lors d’une discussion avec un de mes confrères « ninja », celui-ci me confiait que c’était le lot de tout le monde, mais que « si tu viens au karaté, tu n’as pas le choix de sortir de l’état d’esprit dans lequel tu étais, mais si tu restes à la maison, tu n’en décroches pas ».

En fait, le karaté semblait tellement me procurer du bien que même mon amoureuse s’y est mise. Enfin, même si je me rends bien compte que ce n’est pas dans cette vie que je risque d’affronter un membre des Cobra Kai, je m’en viens quand même pas si mal pour esquiver les coups. Je vous ferai signe quand j’aurai ma ceinture jaune, d’ici trois ou quatre ans.