Faire rayonner nos œuvres

CHRONIQUE / On va où quand nous prend l’envie de visionner un bon vieux film québécois obscur qui date des années 70 ? Certainement pas sur Netflix en tout cas. Et puis hop, quand bien même qu’on voudrait aller tenter notre chance au club vidéo, ce serait déjà un bon départ qu’il y en ait encore un qui existe dans le coin.

Et qu’est-ce qu’on fait si jamais on a envie d’écouter le disque du groupe de Québec qui avait fait un carton en 1985, mais qui avait sombré dans l’oubli par la suite ?

Elle va où la culture québécoise une fois qu’elle a « spinné » dans les trois ou quatre grosses émissions de télé pendant la même semaine et qu’elle a fini de faire le tour des radios ou des salles de cinéma ?

Alors qu’on peut retrouver une vieille pub insignifiante qui passait à la télé régionale en quelques clics, peut-on dire que c’est aussi le cas en ce qui concerne une grande partie de la culture qu’on crée ici dans la province ?

J’en conviens, ça fait beaucoup de questions, mais tout ça, ce n’est rien à côté de toutes les réponses qu’elles pourraient générer.

À titre d’exemple, les cinéphiles me diront que si j’ai besoin de retrouver un vieux film québécois, j’aurais de bonnes chances de le retrouver sur Élephant, à la Cinémathèque ou, sinon, sur le site de l’Office national du film.

Pour la musique, on me conseillera peut-être d’aller fouiller dans les archives de la BAnQ ou même d’aller m’aventurer dans de vieux marchés aux puces.

En fait, ce qui me fascine avec ces questions, c’est qu’elles laissent une impression d’absence, alors qu’en réalité, on a plutôt affaire à un problème d’exposition.

Alors qu’à une époque pas si lointaine, il était pratiquement impensable d’avoir accès à plusieurs œuvres et documents en raison de nombreux facteurs comme la distance géographique ou tout simplement, la disponibilité, nous avons désormais accès plus que jamais à notre culture et pourtant, on peut souvent avoir l’impression qu’elle ne l’est pas.

Peut-être que l’explication à tout ça se trouve dans le fait que nous réalisons progressivement que nous n’avons pas toute la place dont nous aurions besoin dans les outils que nous avons pourtant décidé d’adopter afin de consommer et diffuser notre culture ?

Prenez par exemple la présence de la musique québécoise sur les services d’écoute en continu comme Spotify ou iTunes. Certes, on y trouve la plupart des sorties récentes et même une tonne de vieux trucs, mais avouez que ça se complique dès qu’on se décide à explorer et à vouloir faire quelques découvertes locales à l’aveuglette.

La raison est plutôt simple et c’est que la musique québécoise est en quelque sorte « en visite » sur ces plateformes.

Or, et je pose candidement la question, est-ce que ça serait une si mauvaise idée que ça que d’approcher ces grandes plateformes et de voir avec elles s’il est envisageable d’adapter, par exemple, la page d’accueil pour mieux faire briller les contenus locaux ?

J’avoue qu’une telle piste de solution pourrait sembler moins noble et entreprenante que de créer sa propre plateforme, mais ça serait déjà ça de pris.

Une chose est certaine, c’est qu’il y a un début, ou du moins, un semblant de début de crise en ce qui concerne le rayonnement de nos œuvres. Et ça ne risque pas d’aller en s’améliorant en considérant que les plus jeunes générations ont délaissé la télévision qui agissait pour bien des gens en tant que lien principal avec la culture locale.

Est-ce qu’il faudra accepter que nous avons perdu la course quant aux outils de diffusion qui sont les plus utilisés et ainsi, envisager des partenariats afin de se négocier une meilleure présence ?

Et si nous acceptions d’emprunter une telle piste, serait-il exagéré d’affirmer que le rayonnement de notre culture serait alors pris en otage par toutes ces plateformes ?

Je n’ai pas les réponses à ces questions, mais je demeure convaincu que nous gagnerions à y réfléchir. J’imagine qu’on aura le temps de faire ça pendant les quatre publicités qui passent juste avant de pouvoir regarder un truc sur Tou.TV ou sur le site de TVA.