Et si on légalisait le café?

CHRONIQUE / Je m’étais déjà prêté à un exercice similaire il y a quelques années, mais avec la prétendue légalisation du cannabis qui s’en vient, je n’ai pas pu résister à la tentation de m’y replonger. Alors voilà, mesdames et messieurs, à quoi ressemblerait la légalisation du café.

Le premier ministre du Canada annonce que le café sera maintenant légalisé. Évidemment, le gouvernement s’assurera que cette légalisation soit bien encadrée, mais dans un an, tout le monde pourra maintenant acheter et consommer du café sans craindre d’être dans l’illégalité.

Trente minutes plus tard, alors que le café avait toujours été relativement toléré et qu’un assez grand pourcentage de la population n’en faisait pratiquement pas de cas, une campagne de la peur digne des vieilles annonces en noir et blanc commence déjà à s’installer dans les médias.

Du jour au lendemain, on ne présente plus les consommateurs de café de la même façon. Ainsi, l’image de cette personne un peu engourdie par une mauvaise nuit qui boit une gorgée de café afin de se réveiller n’a plus sa place. Désormais, le buveur de café est présenté comme étant une menace, et ce, autant pour lui-même que pour les autres.

Tout d’abord, le buveur de café s’expose à de graves problèmes de dépendance sans compter d’éventuels problèmes de palpitations cardiaques. Et c’est sans compter les risques de décès, car tout le monde sait que certains vendeurs coupent leur café avec du fentanyl (en fait, on ne prendra jamais vraiment le temps de valider cette information, mais la fois où on va la dire, ça va fesser).

De plus, comme la caféine a des propriétés excitantes, les buveurs de café sont de vraies bombes à retardement.

Décidément, l’opinion publique a bien raison de voir cette légalisation du café d’un mauvais oeil…

Du côté des consommateurs et des différents intervenants qui se spécialisaient déjà en matière de café, on est tenté de croire que tout le monde finira par en profiter. Cette légalisation sera l’occasion d’ouvrir une multitude de petits cafés où les gens de différents quartiers pourront se réunir une fois de temps en temps tout en rigolant. Et puis, chaque petit commerce aura ses spécialités selon les goûts du public. Qui sait, ça pourrait vraiment profiter à l’économie locale tout ça !

Mais rapidement, ceux-ci devront mettre une croix sur ces projets utopiques, car en fait, le gouvernement du Québec a un meilleur plan. Au lieu d’encourager de petites entreprises à profiter de ce nouveau marché, il va faire construire des gros Tim Hortons dans les grandes villes de chaque région.

Chaque Tim Hortons aura le même menu et pas de chicane pour personne. Et l’argent va aller à la même place. Pas plus compliqué que ça.

Puis, quelques semaines avant la légalisation, on annonce que le nouveau gouvernement provincial a décidé que les adultes qui n’ont pas encore 21 ans ne pourront pas acheter de café. Le truc, c’est que leur cerveau n’a pas encore fini de se développer et s’ils boivent du café avant ça, ils pourraient en garder des séquelles jusqu’à la fin de leurs jours. D’ailleurs, il y a un tas d’études qui démontrent qu’il y a beaucoup de cas de problèmes de santé mentale chez les buveurs de café.

Mais la population n’a encore rien vu, car voilà que les villes vont s’en mêler. Tout d’un coup, chaque ville du Québec annonce fièrement les mesures qu’elles adopteront afin de réagir à la légalisation du café.

À partir de maintenant, c’est fini les cafés sur un banc de parc. En fait, dans la plupart des villes, on ne s’est pas trop compliqué la vie, car la loi fait maintenant en sorte qu’on a le droit de boire du café seulement à la maison.

D’ailleurs, assurez-vous bien de n’avoir rien de prévu à l’horaire pour les prochaines 24 heures si vous osiez vous risquer à boire un café, car tant qu’il en restera dans votre système, vous serez une bombe à retardement, alors tenez-vous surtout loin du volant et évitez les espaces publics.

Enfin, quelques années après la légalisation, deux amis sirotent un café instantané au milieu de la forêt, puis l’un dit à l’autre : « Ah ! Ce qu’on était bien à l’époque où c’était illégal. »