Et l’environnement dans tout ça?

CHRONIQUE / Voyons les choses d’un côté positif : avec toute cette saga entourant les bacs bruns à Saguenay, on a failli parler d’environnement.

Je vous dis ça, car avec les élections provinciales en cours, c’est assez fascinant de voir à quel point les enjeux liés à l’environnement ne semblent pas faire partie des préoccupations de la plupart des partis.

Car, outre Québec Solidaire qui ne donne vraiment pas dans la demi-mesure à ce sujet (et c’est tout à leur honneur), c’est à croire que la planète n’est pas du tout sur le bord de s’autodétruire.

Et pourtant, si on se permet le moindre coup d’œil en direction des plus récentes études scientifiques liées à la question environnementale, il n’est même plus minuit moins cinq. En fait, il est passé minuit et nous ne sommes plus en mode prévention, mais bien en mode « OK, là on est vraiment dans la merde et faut trouver une solution pour survivre assez longtemps, en souhaitant qu’un miracle finisse par se produire ».

Je vous dis ça comme ça, mais des études comme celles-ci, ça vous file une envie d’aller vous acheter un paquet de clopes et de vous amuser à découvrir qu’est-ce qui vous tuera en premier : la « fumette » ou l’environnement ?

Certes, je veux bien que les gamins aient tous de quoi bouffer à l’école, que les entrepreneurs aient tout le fric dont ils ont besoin afin de prendre leur envol, que notre langue survive, qu’on ait tous de belles dents et qu’on soulage les CHSLD en construisant des résidences aux personnes âgées qui n’ont pas besoin de soins importants, mais à quoi servira tout ça si on ne prend aucune décision majeure afin de repousser ce moment où la planète se transformera en un immense bain-marie ?

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, — avec un peu de chance, je vivrai peut-être encore 40 ans — je n’ai surtout pas envie de finir mes vieux jours en devant passer mes journées à protéger mes deux ou trois bouteilles d’eau tout en brandissant mon fusil de chasse devant ceux et celles qui auront le malheur de passer devant ma maison, qui sera probablement inondée.

Lors de la dernière canicule, j’étais souvent habité par cette drôle d’impression d’avoir un avant-goût du futur qui nous attendait tous et, entre vous et moi, ça me rendait morose toutes les fois.

Je me sentais comme dans ces retrouvailles qu’on fait en l’honneur d’une personne qu’on aime et qui est condamnée à bientôt mourir. On est tous là à faire des projets, et puis même si on sait tous que cette personne va nous quitter d’ici peu de temps, on l’implique dans ces projets, comme pour narguer le destin et lui dire qu’on gagnera peut-être cette partie perdue d’avance.

Or, dans ce cas-ci, la personne qui risque de mourir d’ici peu, c’est nous tous. Et de toute évidence, il faut croire que ça ne stresse pas suffisamment de gens pour que ça puisse devenir un enjeu payant, du moins politiquement.

Il y a quelques jours de cela, je regardais des trucs défiler sur les réseaux sociaux et il y avait cette nouvelle à propos des dernières études scientifiques sur le réchauffement climatique. Dans les commentaires, une dame écrivait : « Arrêtez de nous faire peur pour rien. Laissez-nous mourir paisiblement. »

Était-ce de l’ironie ou une simple requête ?

La crainte qui m’habite de plus en plus, c’est qu’une bonne partie de la population ait justement adopté cette ligne de pensée comme quoi tout est perdu et qu’il vaut mieux profiter du temps qu’il nous reste. Toutefois, ceux-ci semblent ignorer une chose et c’est que nous ne sommes pas dans un film où on a droit à un montage rapide de ce moment où tout commence à merder. En fait, c’est un long plan-séquence de plusieurs années dans lequel il y a toujours moins d’espoir et où tout se dégrade progressivement.

Personne ne veut faire partie de ce film, mais tout le monde est sur l’affiche.