Entre réalité et science-fiction

CHRONIQUE / Jusqu’à tout récemment, j’étais convaincu que nous avions tous convenu que la Terre était ronde. Dans ma tête, c’était un dossier réglé depuis longtemps duquel nous n’aurions plus jamais à débattre. Or, il suffit de fouiller quelques instants sur le web pour découvrir qu’en fait, il existe de plus en plus de gens qui sont convaincus du contraire.

Ici, nul besoin d’avoir la tête à Papineau pour déduire que la propagation de telles croyances est notamment attribuable à une moins grande présence de la science dans l’espace public.

D’ailleurs, c’est plutôt étourdissant de prendre conscience à quel point l’apprentissage de la science, c’est un peu comme un vaccin qui nous évite de sombrer dans les théories les plus stupides.

Il reste que les partisans des théories scientifiques ne sont pas toujours à l’abri des théories relativement farfelues. Toutefois, je me dois de vous avouer que j’ai beaucoup plus de plaisir à m’amuser à découvrir ces théories issues d’extrapolations scientifiques plutôt que d’écouter des théories uniquement motivées par l’ignorance.

En ce qui me concerne, l’une des théories « capotées » des adeptes de la science qui me fascine le plus est sans aucun doute « l’Effet Mandela ».

Pour la petite histoire, cette théorie découle d’un souvenir erroné par des centaines de milliers de gens. Ce souvenir, vous l’aurez peut-être deviné, est en lien avec le célèbre Nelson Mandela. Maintenant, on ne peut pas expliquer pourquoi, mais des centaines de milliers de gens sur la planète sont convaincus d’avoir souvenir que Nelson Mandela est mort en prison au début des années 80 alors qu’en fait, Mandela a non seulement eu le temps de devenir président de la République d’Afrique du Sud de 1994 à 1999, mais en plus, il aura vécu jusqu’à l’âge vénérable de 95 ans, soit jusqu’en 2013.

Un autre exemple célèbre concernant l’Effet Mandela est cette fameuse phrase de Star Wars que tout le monde connaît très bien. Vous savez, cette scène où Darth Vader avoue son secret troublant à Luke Skywalker ? Eh ! Ben ! Si vous venez de murmurer fièrement « Luke, I am your father », j’ai le bonheur de vous apprendre que vous vous qualifiez avec succès pour l’Effet Mandela, car en réalité, Vader a toujours dit : « No, I am your father ».

Mais qu’est-ce qui pourrait expliquer un même souvenir erroné chez tant de gens à la fois ?

En fait, c’est là que ça s’en vient encore plus intéressant.

Vous vous souvenez de la construction plutôt médiatisée de l’accélérateur de particules du CERN ? Cette installation sortie tout droit d’un film de science-fiction dont on disait qu’il n’était pas impossible qu’elle puisse être à l’origine d’un trou noir qui nous aspirerait tous ? Eh ! Ben ! L’accélérateur de particules n’a peut-être pas fait imploser notre univers, mais plusieurs adeptes des théories scientifiques sont de plus en plus convaincus que les expériences menées par le CERN auraient pu nous avoir plongés dans un autre multivers. Ici, si vous n’êtes pas familier avec ce terme, au risque de me faire rabrouer par certains de mes amis qui sont de vrais scientifiques, j’irai d’une très grosse vulgarisation bien baveuse en vous disant que ça consiste en quelque sorte en un univers parallèle.

En partant de cette théorie digne d’une cinquième saison de Lost, nous aurions donc glissé collectivement sans même nous en rendre compte dans une réalité extrêmement similaire à celle où nous étions et c’est ce qui expliquerait que nos souvenirs ne correspondent pas toujours aux faits que nous détenons.

C’est presque dommage que le CERN se fasse un plaisir de démanteler cette théorie en expliquant qu’aucune de ses expériences ne pourrait avoir de telles conséquences, car au moins, ça rendrait un peu plus logique la drôle de tournure que le monde emprunte depuis quelques années, à savoir une montée inquiétante du populisme et disons-le, de drôles de choix quant à nos dirigeants politiques.

Mais bon, qu’on se console, glissement de multivers ou non, le monde dans lequel nous vivons est en constant changement et on ne peut jamais deviner la direction qu’il décidera d’emprunter.