Entre deux joints...

CHRONIQUE / Ça va sembler sorti tout droit d'un film des années 50, mais c'est à cause du rock n'roll que je me suis tout d'abord intéressé à la drogue.
À l'époque, je débutais tout juste mon adolescence et, depuis déjà plusieurs années, je carburais aux vinyles et aux cassettes sur lesquels je réussissais à mettre la main. Ç'avait débuté avec l'exemplaire de Thriller de Michael Jackson que mon cousin Luc m'avait offert, puis j'ai souvenir d'avoir usé à la corde le ruban de la cassette de la bande originale de Footloose. Et puis hop, le rock n'roll a fini par se tailler une place de choix dans mon coeur, et ce, même si ç'avait été par l'entremise d'un très mauvais film relatant maladroitement la courte et explosive carrière de la formation culte The Doors.
C'est donc en voyant cette reconstitution des années de rock star de Jim Morrison à travers les yeux du réalisateur Oliver Stone que l'univers du rock a commencé à obséder mon jeune esprit. L'adolescent assoiffé d'aventures que j'étais avait donc été tenté par cette vie d'excès ponctuée de refus des conventions.
Maintenant, la vie est plutôt bien faite, car voilà qu'un autre de mes cousins, qui était un peu plus vieux que moi, avait vu très juste dans mon jeu. Comme il avait été complètement submergé par la culture heavy metal quelques années auparavant, mon cousin était alors en mesure de détecter chez moi les premiers signes de l'éclosion d'un rockeur qui sommeillait en moi. Il avait donc préféré prévenir plutôt que de guérir en me faisant part des grandes règles d'or de l'explorateur des états seconds : « Le pot et le hash, y a pas d'problèmes. Le champignon magique, ça peut être très cool, mais il faut être avec le bon monde. L'acide aussi, mais ça, faut vraiment pas en faire trop souvent. Pis tout ce qui se sniffe comme la mess ou la coke, tu te tiens loin de ça. »
Évidemment, ça peut sembler un peu bizarres comme règles, mais croyez-le ou non, je me suis toujours fait un devoir de les respecter à la lettre. En effet, combien de fois a-t-on tenté en vain de me faire sniffer un truc juste pour essayer ? Pour vous dire vrai, j'ai cessé de compter à 10, et ce, il y a déjà longtemps de ça.
Alors hop, outre une partie de la fin de mon adolescence qui a été particulièrement psychédélique, je m'en suis toujours principalement tenu au tabac qui fait rire. Or, je serais menteur de vous dire que le pot a toujours été un bon compagnon de route pour moi. 
En effet, j'ai même dû arrêter tout ça pendant quelques années. Le truc, c'est que vers l'âge de 17 ans, mon père m'avait emmené au Subway avec ma blonde de l'époque et il m'avait lui aussi partagé ses règles d'or quant à la drogue : « Le jour où il faut que tu fumes un joint pour peinturer un mur et que tu réalises qu'il t'en faut un autre juste pour préparer ta peinture, c'est pas mal un bon signe comme quoi tu dois prendre un petit break. »
Comme j'avais fini par atteindre ce point au milieu de la vingtaine, j'avais donc dû prendre ce fameux petit break pendant quelques années. Encore aujourd'hui, je me demande quel drôle de tournant j'aurais pu finir par emprunter si ce n'avait pas été de ces « enseignements » plutôt atypiques.
Alors oui, évidemment, je suis très enthousiaste à l'idée de savoir que l'an prochain, on pourra faire le plein de ses réserves de pot sans risquer de voir la police débarquer et tout le tra la la, mais je souhaite aussi très sincèrement qu'on accorde une place de choix à l'éducation des futurs consommateurs.
Car, comme le dit la célèbre chanson : « Entre deux joints tu pourrais faire queque chose », mais ça serait bien pratique que ce quelque chose soit autre chose que simplement fumer un autre joint.