Donnons aux enfants le pouvoir de rêver

CHRONIQUE / J'étais là à regarder ce qu’il y avait à la télé pendant que mon amoureuse prenait son bain quand j’ai remarqué que mon fils, installé à la table de la cuisine, semblait désemparé.

Et puis hop, sans même que j’aie le temps de lui demander si ça allait, le pauvre m’a alors confié qu’un ami à l’école lui avait dit que le monde se dirigeait tout droit vers une troisième guerre mondiale et que tout exploserait.

Évidemment, j’aurais pu tenter de lui brosser un topo « optimiste » à propos de ce qui se trame avec la Corée du Nord, mais bordel, on parle quand même d’un gamin de 7 ans. 

À quoi bon nourrir ses inquiétudes avec des enjeux que j’ai moi-même de la difficulté à saisir clairement ?

Alors, j’ai fait ce que ma grande sœur avait fait pour moi 30 ans auparavant.

Angoisse de fin du monde

À l’époque, je m’étais rendu au spectacle aérien de Bagotville avec mon père et sa folle de blonde. Alors que je déambulais sur le site, j’étais tombé face à face avec cette espèce de mannequin portant un habit nucléaire. Juste à côté, on pouvait voir quelques images en lien avec les armes nucléaires et, juste quand la panique allait me gagner, la folle de blonde de mon père est arrivée derrière moi.

Maintenant, je ne sais pas si c’est moi qui ai hérité d’un peu d’ADN d’autruche, mais dans un monde idéal, j’aurais vraiment apprécié qu’elle eût désamorcé la situation, mais en lieu et en place, elle a plutôt préféré emplir mon cœur d’optimisme en disant un truc du genre : « Ça va finir par sauter pis quand ça va arriver, ça sera pas beau pis on va toute mourir. »

Le soir même, ma chambre à coucher me semblait si immense tellement j’étais plongé dans une profonde angoisse.

Mais heureusement, ma sœur était venue à ma rescousse et elle m’avait fait voir le monde sous un angle certes très optimiste.

Encore aujourd’hui toutefois, quand la situation de la planète m’inquiète, je repense à son visage et, croyez-le ou non, mais ça m’aide toujours à m’apaiser.

Quelques jours plus tard, mon père avait eu vent de ce qui s’était passé et le pauvre avait tenté de recoller les pots cassés en y allant d’une illustration plutôt spéciale : « Si je tiens un fusil sur ta tête et que toi, tu tiens un fusil sur ma tête, penses-tu qu’un de nous deux va finir par tirer ? Ben non. »

Le pari de l’avenir

Ici, on aura beau dire de mon père et de ma sœur qu’ils avaient utilisé ma candeur afin de me rassurer, le temps leur aura quand même donné raison jusqu’ici, car 30 ans plus tard, voilà que c’est maintenant à mon tour de faire le pari de l’avenir, et ce, même si la situation sur la planète a de quoi nous inquiéter.

D’ailleurs, si je vous raconte tout cela, c’est que j’espère sincèrement que cette chronique se rendra aux oreilles des parents de l’enfant qui sont allés foutre ces idées débiles dans la tête de mon garçon et probablement aussi dans celle de ses camarades de classe.

Non, mais, dites-moi donc c’est quoi l’intérêt de dire à un enfant : « Ton existence est condamnée, car nous t’avons tiré du néant pour te matérialiser ici dans ce monde de merde. »

Ce monde a beau partir en couilles depuis le début de l’humanité, il ne nous appartient pas. Ce monde, il appartient aux enfants, car ce sont eux qui l’occuperont et qui décideront de son avenir.

Évidemment, ça n’arrivera certainement pas si on leur met immédiatement dans la tête qu’ils sont foutus d’avance.

Devoir de parents

Alors, le voilà notre devoir de parents. Fuck notre crisse de fatalisme. Fuck notre cynisme à la con. Fuck notre jeunesse qu’on n’a même pas eu l’audace d’entretenir afin qu’elle nous accompagne pendant la vie adulte.

Donnons à nos enfants le pouvoir de rêver. Donnons-leur la conviction que ce monde leur appartient et que c’est eux qui pourront l’améliorer.

Et enfin, si tout ce dont vous êtes capables, c’est d’empoisonner l’espoir dans le cœur de vos enfants, gardez donc vos opinions fatalistes en réserve en prévision du moment vous profiterez de votre retraite à regarder le temps passer sur votre banc au centre d’achats. Car c’est probablement ce qui vous arrivera si la Terre ne saute pas.