«Du coup, chaque fois que j'ai le bonheur d'entendre Gloria jouer quelque part, ça me fait le même effet que vous lorsque vous entendez une chanson qui figurait dans une de vos scènes de film préférées. »

Des souvenirs avec Gloria

CHRONIQUE / Ça filmait, mais ça n'enregistrait pas. En fait, ça enregistrait des très petits bouts ici et là, mais ça s'apparentait davantage à des photos.
Et puis hop, tout d'un coup, ça a commencé à enregistrer.
Pas tout, mais des bouts assez longs pour que ça soit consistant.
Alors si ma mémoire était transférée sur une clé USB ou convertie en un fichier vidéo, ça débuterait par les toutes premières notes du célèbre tube Gloria.
On est donc dans le sous-sol de mon oncle Gaétan et la première chose que je remarque, ce sont mes cousines qui dansent en bondissant au travers des chaises installées ici et là.
Mais ce qui me frappe le plus ensuite, c'est que tout le monde est là. Et par tout le monde, j'entends bien entendu tout le monde qui était là au début, ou plutôt mon début.
Il y a des grands-oncles et des grand-tantes dont j'ignore le nom et ceux que j'oublie parfois comme Lorenzo ou Margot. Mais surtout, il y a mon oncle Yvon qui est encore bien fringant. Il y a mes grands-parents et il y a même mon père dans la place.
Et puis évidemment, il y a mes cousins et cousines, Mario, Marie-André, Renaud, Luc, les jumelles, mes tantes, mes oncles, ma mère et ma soeur. Vite comme ça, quand j'y repense, même si c'est mon début, on dirait la fin heureuse d'un film où, après diverses péripéties et mésaventures, une famille finit quand même par se réunir afin de célébrer un truc.
Peut-être que c'était Noël ou l'anniversaire de quelqu'un, mais bon, c'était la fête.
Cette scène-là, pourtant si commune, elle flotte sans cesse dans mon esprit. Un peu comme lorsque vous lisez un bouquin et que tant que vous ne l'aurez pas terminé, le premier chapitre vous reste en tête afin de ne pas perdre le fil de l'histoire.
Du coup, chaque fois que j'ai le bonheur d'entendre Gloria jouer quelque part, ça me fait le même effet que vous lorsque vous entendez une chanson qui figurait dans une de vos scènes de film préférées. Le temps d'une chanson, vous vous repassez la scène dans votre tête et puis, s'il vous reste du temps, vous vous refaites les autres bouts du film qui vous avaient plu.
Mais jusqu'ici, chaque fois que j'avais entendu Gloria, c'était toujours le fruit du hasard. Et puis il y a quelques semaines, alors que j'étais au volant de ma voiture, elle a joué. Comme je vivais alors un bon moment en famille, ça m'a évidemment chamboulé et tout en tentant de dissimuler les larmes d'émotion qui me montaient aux yeux, je me suis promis silencieusement de noter un jour qui chantait cette chanson afin de pouvoir l'écouter un jour, et ce, de mon propre chef.
Alors hop, voilà qu'il y a quelques jours, ça m'est revenu en mémoire et après une recherche extrêmement sophistiquée qui n'aura duré qu'une dizaine de secondes, je suis parvenu à identifier cette voix si puissante qui a toujours accompagné ce premier souvenir. Il s'agissait de Laura Branigan.
Je me suis donc installé à l'endroit où je bosse la nuit dans mon garage et pour la première fois de ma vie, j'ai fait jouer Gloria. Maintenant, la suite est plutôt dure pour l'orgueil, mais bon, j'ai pleuré à chaudes larmes pendant une bonne dizaine de minutes en réécoutant la chanson en boucle. C'était pas de la tristesse ou de la nostalgie. En fait, c'était là une des rares fois où je ne pourrais même pas identifier quelle émotion pouvait bien m'habiter.
Il reste que ça va peut-être vous sembler bizarre, mais je crois que ça m'a fait du bien. Peut-être que quelque part dans ma tête, il y avait une partie de moi qui se disait : « Eh ! Ben ! Mon pote ! La voilà ta bouée de sauvetage. Tant que tu n'oublieras pas que c'est Laura Branigan qui chantait Gloria, tu pourras toujours te rappeler du début. Ça t'aidera peut-être à mieux comprendre la fin. »