Les chutes Niagara vues de l'hôtel Radisson.

Des chutes dans ma cuisine

Généralement, quand le printemps se pointe le bout du nez, on ne peut comme pas s'empêcher de virer complètement fou en voyant dégeler la nature. Et ça, c'est peu importe qu'il s'agisse du vingtième ou quarantième printemps dont on est témoin.
Or, voilà que cette année, je ne vous cacherai pas que la période de décongélation m'a occasionné un stress pas possible.
Le truc, c'est que nous étions censés faire refaire la toiture de notre maison cette année, mais avec le dernier hiver plutôt maniaco-dépressif, voilà qu'un barrage de glace s'est formé sur le toit et dès que le temps a commencé à s'adoucir, notre cuisine s'est transformée en une espèce d'hommage aux chutes du Niagara.
La première fois, je vais vous avouer que ça m'a plutôt angoissé. C'était un dimanche soir et tout le monde dormait à la maison, sauf moi bien entendu. J'avais envie de déguster quelques biscuits, puis voilà qu'en fouillant dans « l'armoire à cochonneries », j'ai constaté que de l'eau se trouvait sur une des tablettes. En toute honnêteté, j'ai tout d'abord cru que c'était en raison d'un contenant qui avait été nettoyé puis mal séché avant d'être replacé, car voyez-vous, et j'aimerais ça que ça reste en vous et moi, mais ma blonde fait tellement mal la vaisselle (c'est son seul défaut) que je me chicane souvent avec elle pour qu'elle n'y touche pas.
Toutefois, ma théorie de la vaisselle mal faite a rapidement été anéantie quand j'ai réalisé que l'eau provenait directement du plafond. Il n'y avait peut-être que deux petits filets d'eau, mais chaque fois qu'une goutte se formait avant de tomber, je ressentais la même sensation que lorsque le costaud de la classe voulait faire copain-copain avec vous en vous sacrant une grosse bine sur l'épaule.
Puis, quelques jours plus tard, alors que ma blonde et mon fils étaient partis au cinéma, je bossais calmement dans mon bureau lorsque j'ai décidé d'aller me faire un café.
J'aurais bien aimé qu'une caméra capte le moment exact où je suis rentré dans la cuisine, car je suis certain qu'on aurait pu lire sur mes lèvres une bonne partie de la Bible.
Au sol, une multitude de petites flaques s'étaient formées et au plafond, des fissures laissaient couler des filets d'eau.
Comme je vous disais plus tôt, si tout ça avait été une installation artistique en hommage aux chutes du Niagara, ça aurait été génial. Mais bon, comme ma cuisine sert principalement à cuisiner, j'avais un peu de difficulté à m'enthousiasmer devant cette création des forces de la nature.
Alors hop, les assurances sont venues et tout le tralala et voilà que depuis quelques jours, la maison s'est métamorphosée en chantier de travail. La cuisine ressemble à un sas de laboratoire et pour y entrer, il faut ouvrir une fermeture éclair dans une porte en plastique transparent.
Et puis le temps de ces rénovations, on redécouvre les joies du camping à la maison étant donné que la cuisine est temporairement condamnée.
Évidemment, je pourrais vous raconter tout ça en roulant des yeux et en soupirant, mais hey, c'est une histoire de quelques semaines seulement. Et puis si on jouait au jeu des comparaisons, à côté des sinistrés des dernières inondations, c'est un peu comme si on se battait contre un simple rhume.
Et ça, c'est sans compter qu'il y a quelques jours, un des ouvriers m'a invité à détruire le vieux mur en fausses briques de la cuisine.
Ça peut sembler con pour bien des gens, mais je n'avais jamais fait un truc du genre et entre vous et moi, je serais bien menteur de vous dire que ça ne m'a pas amusé d'arracher ces plaques de bois avec cette barre de fer qui pourrait faire éclater un melon d'eau d'un seul coup.
Alors voilà, ça aura été ça mon printemps 2017. Un début de printemps à craindre le dégel, puis les joies de la démolition et de la reconstruction.
Enfin, vous savez ce que je prévois faire cet été ? Rien.