L’ex-président-directeur général de Promotion Saguenay, Ghislain Harvey

«Déconnectite aiguë»

CHRONIQUE / J’ai de très mauvaises nouvelles pour Ghislain Harvey.

En effet, après avoir regardé et écouté les nombreuses entrevues qu’il a accordées aux divers médias de la région en début de semaine, c’est avec beaucoup de tristesse que j’ai décelé chez l’ex-président-directeur général de Promotion Saguenay une « déconnectite aiguë ».

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une maladie mortelle, la « déconnectite aiguë » est malheureusement incurable dans la plupart des cas.

Toutefois, plus on la diagnostique tôt et plus fortes sont les chances de pouvoir en réduire les effets. Voilà pourquoi je tiens à rassurer monsieur Harvey que la « déconnectite aiguë » dont il souffre n’aura pas été en vain. Lui qui prétend sur toutes les tribunes que son seul voeu est de servir à la cause de la société sera certainement réconforté à l’idée d’éventuellement pouvoir venir en aide à des centaines de familles qui auront aussi à négocier avec cette maladie impitoyable.

Tout d’abord, on reconnaît principalement les symptômes de la « déconnectite aiguë » par une déconnexion totale de la réalité.

Dans le cas de monsieur Harvey, vous remarquerez que les nombreuses fois où il a défendu ses juteux contrats, celui-ci a plaidé son innocence par le fait que tout le monde ferait en son possible afin de s’assurer d’avoir un contrat blindé.

En théorie, cette affirmation semble logique, mais en réalité, un « contrat blindé » relève davantage de la science-fiction pour le travailleur moyen. 

En effet, ce que monsieur Harvey semble complètement ignorer, c’est que dans le meilleur des mondes, le travailleur moyen qui se fera congédier profitera de prestations d’assurance-emploi et que pour ce faire, il devra aussi encaisser une espèce de zone tampon d’au moins deux semaines où il ne pourra compter sur aucun revenu.

Évidemment, le travailleur moyen pourrait faire en sorte de négocier son contrat afin de s’éviter de si maigres prestations en cas de congédiement, mais généralement, son syndicat aura déjà fait tout en son possible pour lui assurer les moins pires conditions et en ce qui concerne le travailleur non-syndiqué, celui-ci se contentera généralement de prendre ce qu’on lui offre, de peur de voir son siège éjectable être propulsé dans la stratosphère du chômage.

D’ailleurs, les patients atteints de « déconnectite aiguë » sont facilement reconnaissables par leur impossibilité de visualiser un concept pourtant simple qui consiste à manquer d’argent.

En fait, celui ou celle qui souffre d’une « déconnectite aiguë » pensera que « manquer d’argent » consiste simplement à ne pas avoir sur soi une pièce d’un dollar afin de la donner à l’emballeur à l’épicerie en lui disant un « Tiens, mon capitaine » bien senti.

Sinon, lors de ses entrevues, monsieur Harvey a présenté les signes d’un autre symptôme troublant de la « déconnectite aiguë » que les spécialistes nomment la « diplômite ».

Ainsi, lorsque monsieur Harvey a justifié les compétences de celle qui lui succéderait à Promotion Saguenay, il n’a pas hésité à faire étalage de ses nombreux diplômes universitaires, affirmant qu’une personne ayant fait autant d’études méritait implicitement un tel traitement de faveur. Toutefois, si monsieur Harvey ne souffrait pas de « déconnectite aiguë », il saurait certainement que de nombreux diplômés universitaires et tout autant compétents que sa successeure doivent occuper des emplois strictement alimentaires et sinon, dans l’éventualité où ils travailleront dans leur domaine, ceux-ci devront trop souvent se contenter de programmes gouvernementaux d’aide à l’emploi où ils gagneront le salaire minimum et où tout sera probablement à recommencer six mois plus tard, une fois qu’ils ne seront plus éligibles audit programme.

Maintenant, comme je vous l’apprenais en débutant ce texte, la « déconnectite aiguë » ne se guérit malheureusement pas, mais au moins, on peut en réduire les effets.

Si vous suspectez un membre de votre entourage d’en être atteint, prescrivez-lui une heure par jour de discussion avec les gens dans la vraie vie et surtout, tenez-le bien loin de la politique.