Dans le coup

CHRONIQUE / Hier encore, vous pouviez nommer toutes les chansons du top 40.

On vous disait le nom du nouveau chanteur à la mode et l’instant d’après, vous pouviez dresser une liste complète de tous ses tubes, ses clips et ses albums.

Puis, sans que vous ne vous rendiez compte de quoi que ce soit, le moment que vous ne redoutiez même pas s’est produit. Généralement, c’est le genre de truc qui arrive lors d’un événement où on célèbre la musique comme le gala de l’ADISQ, par exemple.

Il faut savoir que ça donne tout un choc de se rendre compte tout d’un coup que tous ces artistes qui défilent dans votre petit écran sont complètement passés sous votre radar. Tous ces nouveaux noms qui ne vous disent rien. Tous ces looks qui peuvent même vous sembler provocants.

Et c’est là que ça vous frappe directement au milieu du nez : « Merde, je ne suis plus du tout dans le coup ! »

Maintenant, si vous vous reconnaissez dans cela, je tiens à vous rassurer comme quoi ça arrive pratiquement à tout le monde. Et puis hop !, la bonne nouvelle, c’est qu’en tant que gars qui en a déjà souffert, je peux vous confirmer que ça se guérit. Peut-être pas complètement, mais du moins en partie.

Je dois quand même vous dire que le traitement du syndrome de-ne-plus-être-dans-le-coup-musicalement-parlant peut se révéler parfois douloureux, mais croyez-moi, il en vaut la peine.

Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer pourquoi ça pourrait faire un peu mal.

En premier lieu, quand on décide de se rafraîchir les oreilles en s’aventurant dans de la nouvelle musique, l’un des premiers réflexes qu’on a, c’est de se dire des trucs du genre « ben voyons, c’est pas de la musique ça » ou sinon « cibole, c’est toute la même affaire ». Maintenant, rappelez-vous cette époque où vous étiez jeune et fringant et que vous vous étiez lancé dans cette première exploration de l’univers musical. Avouez qu’au début, c’était parfois difficile de comprendre pourquoi tout le monde raffolait d’un tel artiste alors qu’à vos oreilles, ça ne vous interpellait pas du tout, jusqu’à ce jour où, sans raison apparente, le déclic s’est fait et que vous vous êtes dit : « Bordel, je vais écouter ça sur “repeat” jusqu’à ma mort. »

Eh ! ben !, c’est exactement la même chose qui vous arrivera, sauf que cette fois-ci, étant donné que vous n’êtes plus aussi désespéré qu’à l’époque où vous souhaitiez à tout prix faire partie de la gang des cools, c’est plus facile de lâcher le morceau dès les premières secondes et de retourner à ses anciens amours.

Ça risque aussi d’être douloureux, car dès l’instant où vous découvrirez une nouvelle chanson qui vous plaira, vous vous direz probablement quelque chose comme : « Et dire que j’aurais pu écouter cette chanson depuis cinq ans. »

Mais bon, le jeu en vaut vraiment la chandelle, car découvrir une nouvelle chanson qu’on aime, c’est un peu comme se faire un nouvel ami. Non seulement vous n’arrivez pas à comprendre comment vous avez fait pour vivre tout ce temps sans cette chanson, mais en plus, vous voudriez le présenter à tout votre entourage afin qu’il comprenne à quel point ça vous rend heureux d’avoir fait sa connaissance.

Une nouvelle chanson ou un nouvel artiste qu’on découvre, c’est aussi un petit sac de voyage tout neuf qui ne demande qu’à transporter de nouvelles choses pour vous. Certes, Enter Sandman de Metallica a beau être votre chanson préférée, mais il reste que si c’est elle qui a le fardeau de vous rappeler à la fois votre première bière avec vos amis à 14 ans, la fois où vous avez acheté votre première voiture à 24 ans, votre enterrement de vie de garçon à 29 ans et la fois où vous avez envoyé promener votre patron à 32 ans, ça fait beaucoup de bagages à transporter pour une seule chanson.

Alors docteur Joël, comment ça se guérit le syndrome de-ne-plus-être-dans-le-coup-musicalement-parlant ? En écoutant une liste musicale au hasard sur un des milliers de sites d’écoute en ligne, en empruntant un disque à votre enfant ou tout simplement en ouvrant les oreilles.

Allez, n’ayez pas peur, ça va faire un peu mal au début, mais si ça peut vous éviter d’être exposé dans un musée, ça vaut le coup non ?