École

Confier son enfant à des passionnés

CHRONIQUE / J'avais sept ans quand ma mère, ma soeur et moi, on a emménagé en haut de chez mes grands-parents.
Je me souviens qu'à l'époque, ça m'avait beaucoup stressé d'aller vivre à Naudville. Et pourtant, malgré mon jeune âge, ce n'était vraiment pas la première fois que j'avais à changer de quartier.
Alors hop, par un bel après-midi du début de l'été, mon grand-père avait fait le chemin avec moi de sa maison jusqu'à l'école Saint-Sacrement et, une fois que nous avions complété le trajet, ce déménagement ne m'a plus jamais angoissé et je n'ai plus refait de cauchemar.
Ce que j'ignorais à l'époque, c'est que c'est dans cette école qu'une bonne partie de mon futur commencerait à se dessiner. Tout d'abord, c'est là que j'ai développé ma passion pour l'écriture. C'est aussi là que je me suis découvert un certain talent pour inventer des niaiseries qui feraient rire mes camarades et enfin, c'est là où j'ai eu mon premier petit kick pour une certaine Julie qui, 15 ans plus tard, deviendrait mon amoureuse. 
Vous devinerez que ça m'a donc fait un drôle de feeling quand j'ai appris il y a quelques semaines que les enfants de mon quartier allaient être relocalisés à l'école Saint-Sacrement.
Jusqu'ici, je trouvais ça un peu débile les histoires de parents qui étaient prêts à faire des pieds et des mains pour que leurs enfants fréquentent la même institution qu'eux. Vous savez, ce genre de truc qu'on voit souvent dans les films américains où, par exemple, le père saoule son fils en lui répétant qu'il devra aller à Harvard.
Eh ! Ben ! Vous savez quoi ? Même si je trouve ça encore débile, je comprends maintenant au moins un peu plus ce qui peut motiver certains parents à agir de la sorte. Parce que c'est bien beau de léguer à nos enfants nos valeurs et tout le tralala, mais il reste que l'école joue aussi un énorme rôle dans la construction de son identité.
Alors voilà, 30 ans après que mon grand-père ait fait le trajet de la maison jusqu'à l'école avec moi, c'était maintenant à notre tour, Julie et moi, d'accompagner notre garçon jusqu'à l'école Saint-Sacrement pour une visite guidée.
Du coup, pendant une bonne partie du début de la réunion, j'étais là à contempler la scène de la grande salle tout en me remémorant ces premiers spectacles que j'avais présentés à l'époque. Et puis si je portais mon regard vers la gauche, je voyais ce bureau où jadis, le directeur adjoint Clément (le père du cinéaste Émile Gaudreault) pouvait passer des heures à me faire pratiquer mon écriture ou à discuter de musique et de cinéma avec moi.
Puis, on a fait le tour de l'école et, outre les bribes de souvenirs qui surgissaient dans ma mémoire, je ne cessais de m'émerveiller de voir à quel point cette école avait évolué tout en demeurant authentique à son esprit de l'époque.
Ainsi, d'un côté, les étudiants ont toujours la chance d'y côtoyer les élèves issus des classes spécialisées, mais en plus, ils ont maintenant accès à un éventail hallucinant d'apprentissages comme la musique (j'ai probablement laissé tomber un filet de salive en voyant la collection d'instruments) ou la robotique (mon gars a probablement laissé tomber un filet de salive en entendant robotique).
Mais ce qui m'a le plus frappé, c'est que lorsqu'on a un ou des enfants et qu'on doit alors fréquenter à nouveau le milieu scolaire, on constate assez rapidement que c'est une chance incroyable de savoir que nos enfants seront pris en charge par des passionnés.
Certes, le milieu scolaire n'a pas été épargné par le gouvernement au cours des dernières années et c'est une bonne chose de dénoncer cette situation et d'exiger plus. Mais au-delà de tout ça, il ne faut surtout pas oublier que si nos enfants arrivent à faire leur chemin, c'est grâce à cette étincelle que les enseignants arrivent à faire allumer dans leurs yeux.
Vivement le jour où les décideurs cesseront de délirer en regroupant des vedettes pour réinventer l'école et qu'au lieu de tout ça, ils prendront le temps d'écouter ce que les profs ont à leur dire. Car à la fin, ce sont eux qui apprennent à connaître les rêves de nos enfants et qui font ensuite de petits miracles pour les aider à les réaliser.