Chiens en cavale

CHRONIQUE / Cet après-midi-là, ça ne me tentait vraiment pas d’aller m’aventurer dans les rues du quartier, puisque la température à l’extérieur était glaciale, mais l’insistance de Billy le Chien a fini par avoir raison de moi.

J’ai donc trouvé la force d’enfiler un manteau chaud et des bottes et puis on est parti à l’aventure, empruntant le même itinéraire que nous suivons ensemble chaque jour.

Mais voilà qu’au moment de bifurquer vers la forêt, Mystério le chien perdu a surgi d’un sentier pour venir à notre rencontre.

« Hey Mystério ! », que je lui ai joyeusement lancé alors que Billy était fou de joie, comme un balai qui découvre qu’on lui a réservé un party de poussière.

J’ai donc laissé les deux copains s’amuser un bon moment, puis pendant ce temps, je me suis souvenu que mon amoureuse et moi avions eu une discussion à propos de Mystério quelques jours auparavant. Comme ça faisait plusieurs fois que nous l’avions rencontré alors qu’il errait dans les rues et dans le boisé en périphérie du quartier, nous nous étions entendu comme quoi que, la prochaine fois que cela se produirait, on ramènerait le pauvre animal à la maison.

Alors au grand plaisir des deux chiens, je leur ai annoncé que nous allions tous rebrousser chemin pour revenir ensemble à la maison.

Tandis que je marchais en direction vers la maison et que je me faisais traîner vers l’avant par Billy qui tirait très fort sur sa laisse, souhaitant courir aussi librement que son ami en cavale, j’imagine qu’on faisait un sacré trio.

Puis, comme si Mystério était au courant du grand projet que je lui réservais, il a soudainement arrêté de courir pour poursuivre sa route dans la cour de notre maison et comme s’il avait toujours vécu chez nous, il s’est installé devant la porte, attendant que Billy et moi arrivions.

« Bordel, c’est l’opération de sauvetage la plus facile de toute l’histoire des sauvetages », que je me suis dit. J’ai fait entrer Billy et pendant que je détachais son harnais, Mystério s’est montré le bout du museau dans l’embrasure de la porte. « Allez, entre mon pote », que je lui ai dit chaleureusement, mais une fraction de seconde plus tard, Billy me glissait entre les jambes et voilà qu’il était parti en cavale dans le quartier avec son complice.

J’ai tenté de rattraper le duo, mais évidemment, chaque fois que je m’approchais, les deux chiens repartaient joyeusement à la course pour s’installer deux ou trois terrains plus loin, me narguant avec leurs sourires idiots.

Le propriétaire de Stella, la blonde de Billy, a même sorti celle-ci en souhaitant attirer les deux chiens, mais décidément, leur désir de prendre la poudre d’escampette était plus fort que tout.

Je suis donc retourné à la maison et j’ai contacté mon amoureuse pour l’informer de la situation et j’ai ensuite passé les minutes suivantes à regarder par la fenêtre, souhaitant très fort que Billy ne se décide pas à sprinter devant un camion.

Puis, alors que j’étais parti dans mon petit bureau pour informer mon collègue que j’avais des ennuis et que je reviendrais au boulot dans quelques instants, j’entends alors à l’extérieur un jappement qui m’est très familier.

Juste devant la maison, une voiture de police tente de circuler tandis que Billy semble tenter de l’intimider en bondissant devant elle.

À l’intérieur, le policier n’a vraiment pas l’air content et juste à côté, un de nos voisins nommé Mario n’arrive pas à cacher le sourire amusé qu’il a au visage.

J’explique ensuite au policier la situation et celui-ci m’explique qu’il déteste les chiens et qu’il en a peur et que si ça s’était produit dans son quartier, « ça n’aurait pas passé ».

Je fais donc savoir au policier que je suis entièrement enclin à payer une amende s’il le faut, puis il me dit que ça ira pour cette fois, mais que la prochaine fois, ça sera direction la prison des chiens : « Vous êtes chanceux parce que la fourrière s’en vient et l’autre chien est encore recherché. »

Je ne l’ai pas revu depuis, mais j’imagine que sa prochaine grande évasion ne devrait pas tarder.