Joël Martel

Charlot et la COVID

CHRONIQUE / Pas le temps de niaiser, comme dirait le célèbre Momo, le gars de la vidéo virale « Téquila, Heineken ».

Ç’a commencé jeudi, je crois. Ce matin-là, Charlot avait traîné au lit et à son âge vénérable de neuf-ans-mais-dix-dans-un-mois, c’est là le genre d’événement qui mérite qu’on prenne le temps d’encercler la date sur le calendrier.

La journée s’est ensuite déroulée plutôt normalement, mais en fin d’après-midi, voilà que Charlot nous a fait part qu’il avait mal à la gorge. Pour vous dire vrai, chaque fois que ça se produit, j’ai tendance à me méfier parce que je connais bien la ruse consistant à se déclarer malade pour s’éviter une journée d’école, mais après quelque chose comme je-ne-sais-même-plus-combien-de-mois de confinement, Julie et moi, on a rapidement compris que c’était du sérieux.

Au cours des heures qui ont suivi, disons que les choses ne semblaient vraiment pas être sur le point de s’améliorer. Sans être bouillant de fièvre, notre petit bonhomme commençait à se transformer en chaufferette et, comme si ça ne suffisait pas, une toux semblait s’être invitée à la fête.

« C’est probablement juste un coup de froid », qu’on se répétait, Julie et moi, un peu comme si c’était une prière.

Comme l’état de santé de Charlot ne s’était pas vraiment amélioré au cours de la nuit, Julie a décidé d’appeler à Info-Santé afin de savoir si nous devions respecter un protocole ou des consignes spéciales. Ce n’était pas mon idée, mais j’ai entendu Julie dire à la personne au bout du fil : « C’est mon amoureux qui voulait qu’on appelle, juste pour s’assurer ». J’ai trouvé ça « cute ».

Mais alors que je m’attendais à ce que Julie surgisse ensuite dans mon bureau pour me dire que tout était beau et qu’il n’y avait pas de raison de paniquer, aucun signe de vie de mon amoureuse. Là, je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose qui clochait et, comme de raison, dès que je suis sorti de mon antre afin de me mettre au parfum, Julie m’a dit à voix basse : « Je vais aller te dire ce que la fille d’Info-Santé m’a dit. »

Ce que la fille d’Info-Santé avait dit à Julie, c’est qu’on recevrait bientôt un appel téléphonique afin de nous informer de la date et de l’heure de l’examen médical de Charlot. Car voyez-vous, comme notre héritier avait ressenti des symptômes s’apparentant à vous savez quoi, il était préférable de le tester afin de savoir s’il était positif à la COVID-19.

Julie et moi, on a donc recommencé à répéter religieusement notre prière intitulée « C’est probablement juste un coup de froid » jusqu’à ce que nous recevions cet appel le lendemain. Le rendez-vous allait donc être dans l’heure suivante.

J’aimerais bien vous raconter maintenant toute l’étape concernant le test, mais je me garderai de faire de moi un François Bugingo, car vous l’aurez deviné, je n’y étais pas. Mais bon, quand Charlot m’a fait part de son récit, je me souviens l’avoir entendu me dire : « C’était comme si j’étais un extra-terrestre et que tout le monde avait peur de moi. J’avais l’impression d’être dans un asile de fous. » J’imagine que la pomme n’est pas tombée très loin de l’arbre...

En ce qui me concerne, la seule question qui me brûlait les lèvres, c’était « et est-ce que ça t’a fait mal le truc qu’ils t’enfoncent dans le nez ? » et selon Charlot, ce n’est « pas si pire », mais ça fait pleurer d’un œil.

L’équipe de spécialistes avait dit à Julie que nous devrions recevoir les résultats dans les jours suivants et je ne vous cacherai pas qu’à partir de ce moment-là, on se sentait un peu comme le chat de Schrödinger. Étions-nous une famille positive ou négative à la COVID-19?

La torture n’aura finalement pas été de très longue durée, car le lendemain, on recevait déjà un appel téléphonique nous informant que Charlot était négatif à la COVID-19.

Évidemment, on a sauté de joie en apprenant la nouvelle, puis on a fêté ça d’une façon très 2020 : on est restés ensemble à la maison.