Ceux par qui la vérité triomphe

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, je regardais aller les débats sur les réseaux sociaux qui étaient en lien avec les problèmes majeurs rencontrés par la presse écrite et, sans grande surprise, j’ai remarqué que plusieurs polémistes qui font carrière à la radio s’en réjouissaient.

Ici, je dis « sans grande surprise » pour plusieurs raisons, mais principalement parce que l’une des activités préférées des polémistes, c’est justement de frapper sur ceux et celles qui n’auront pas les moyens, le temps ou l’énergie de se défendre.

Alors que tous les intervenants de la presse écrite en sont à faire des pieds et des mains afin d’assurer la survie de ce média, chaque seconde compte et ainsi, ont-ils vraiment du temps à perdre à aller croiser le fer avec des animateurs de radio poubelle dont l’ego est perpétuellement renforcé par leur horde de fans ?

D’ailleurs, c’est drôlement fascinant de se pencher quelques instants sur ce phénomène, car les polémistes qui se réjouissent d’une possible disparition de plusieurs médias écrits semblent avoir oublié qu’une bonne partie du contenu qu’ils exploitent, pendant leur temps d’antenne, provient justement de ces médias.

En fait, plus j’y pense et plus c’est fou de se dire que des animateurs qui se font un plaisir de donner l’impression à leur auditoire de les informer ne semblent même pas savoir d’où provient l’information. J’ignore dans quel monde féérique ils peuvent bien vivre, mais une information n’apparaît pas soudainement, dans l’air, comme ça.

Certes, si je suis témoin d’un accident de la route, je pourrai vous confirmer que c’est arrivé. Or, je serai seulement en mesure de vous fournir les grandes lignes. Est-ce qu’on suspecte les conducteurs impliqués dans l’accident d’avoir pris le volant en état d’ébriété ? Y a-t-il eu des blessés ou des morts ? Combien de passagers se trouvaient dans les véhicules ?

C’est justement l’un des rôles très significatifs des journalistes : rapporter la nouvelle dans son contexte.

Un accident, ça arrive malheureusement tous les jours, mais ce qui fait que certains accidents vont permettre à des animateurs de faire du « millage » pendant une bonne heure en scandant que « les Québécois ne savent pas conduire », que « les routes au Québec sont négligées » ou que « ça vaut la peine de payer des impôts quand on voit que des choses comme ça continuent de se produire », c’est tout le contexte de l’accident.

Et outre cette notion très importante de contexte, à quoi ressemblerait un show de radio poubelle si tous les médias qui arriveraient à survivre ne feraient que colporter le même message que ces animateurs ? Ça ne ferait certainement pas de la grosse polémique.

Imaginez une heure de radio poubelle durant laquelle l’animateur ne ferait qu’être en accord avec tout ce qui se passe dans l’actualité, célébrant chaque chronique publiée dans les derniers journaux existants. Des plans pour que leurs auditeurs se mettent à écouter volontairement du Safia Nolin pour se sentir un peu vivants.

L’impression que j’ai, c’est que les polémistes qui se réjouissent des temps difficiles rencontrés par la presse écrite sont essentiellement animés par la rancune. Ce n’est qu’une théorie, mais combien de fois a-t-on vu les argumentations avancées par un animateur de radio poubelle être complètement démolies à l’aide de quelques faits rapportés par des journalistes qui n’ont pourtant fait que le strict minimum, c’est-à-dire s’assurer qu’on rapportait les informations exactes, et ce, dans le bon contexte ?

J’espère sincèrement que ce jour n’arrivera jamais de mon vivant, mais s’il fallait qu’on en vienne à se contenter de « il paraît que », « ç’a l’air que » et de « y’a ben du monde qui dit que » pour s’informer, je ne vois vraiment pas en quoi on y gagnerait collectivement quelque chose.

Mais bon, si cela devait arriver, j’imagine que le jour où l’un de ces polémistes deviendra la cible d’une de ces nouvelles non fondées, il s’ennuiera grandement du temps où les journalistes auraient été les premiers à venir à sa défense pour que la vérité triomphe.