Ces petits commerces locaux

CHRONIQUE / Cet après-midi-là, on avait décidé d’aller faire un petit tour au centre-ville d’Alma afin de faire le plein de nouveaux livres et de magazines à la bibliothèque et c’était décidément une bonne journée pour ça, car voilà que l’exemplaire le plus récent de Mad Movies était disponible.

On est ensuite allé voir l’expo hallucinante qui est présentement à Langage Plus et croyez-moi, si vous n’y avez jamais mis les pieds, c’est le moment ou jamais, car même si vous n’y connaissez rien en arts visuels, l’exposition de Shabnam Zeraati a vraiment de quoi couper le souffle. D’ailleurs, la deuxième exposition concoctée par Carl Bouchard vaut aussi grandement le détour.

Nous nous apprêtions alors à repartir à la maison quand Charlot m’a demandé si nous pouvions effectuer un petit crochet vers Kromatik, requête à laquelle j’ai aussitôt répondu par l’affirmative. Le truc, c’est que Kromatik, c’est à mes yeux un des trésors cachés de la ville.

Vous savez, quand j’étais enfant et que j’avais la chance de tomber sur un film où un des personnages se rendait dans une boutique de disques vinyles, c’était pratiquement une boutique comme Kromatik que je visualisais. 

Une des choses que j’aime en entrant dans cette boutique, c’est qu’on peut se dire que si on se donne la peine de fouiller le moindrement, on ressortira certainement avec une ou deux nouvelles trouvailles et étant donné les prix qui sont généralement très raisonnables, on a besoin de moins de courage pour donner sa chance à un disque obscur. De plus, j’aime bien les deux types qui y bossent. Ici, ça aurait été vraiment chouette que je vous les présente par leurs prénoms pour vous démontrer que ce sont des potes à moi, mais je n’ai pas encore franchi cette ligne. Mais bon, ça n’enlève rien au fait que c’est vraiment agréable de s’arrêter quelques minutes pour leur piquer un brin de jasette et partager nos impressions à propos du meilleur album de Madonna ou sinon, à propos du deuxième album de Tom Tom Club qui est fort probablement encore meilleur que le premier, même s’il ne contient aucun hit majeur. D’ailleurs, ne cherchez pas leur exemplaire de ce deuxième disque de Tom Tom Club, car c’est moi qui l’ai maintenant.

Un autre truc qui m’amuse bien avec cette boutique, c’est que les deux employés sont les « dealers » officiels de cassettes de Charlot. Par exemple, la dernière fois où je me suis dégotté un long-jeu obscur d’Alan Vega produit par Ric Ocasek, mon gars voulait s’acheter une cassette de The Box (il trouvait Jean-Marc Pisapia cool avec ses verres fumés). En arrivant à la caisse, le boss de la boutique m’a chargé mes disques et il a dit à Charlot tout en désignant sa cassette : « Ça, je te la donne ». Le bon vieux truc du crack gratuit dans la cour d’école quoi !

Ça va peut-être vous sembler un peu intense, mais plus je vieillis et plus j’essaie de faire honneur à ces petits commerces de type « commando » qui surgissent parfois ici et là, parce que ce sont ces types d’établissements qui contribuent à la magie et à la mythologie d’une ville. Comme ils sont affranchis d’un siège social qui leur dicterait un peu tout, ils ont une âme et une couleur bien à eux. Je vous dis ça et ça me fait penser que tout récemment, on apprenait que l’appréciation générale des Canadiens quant à la chaîne Tim Hortons avait dramatiquement chuté, glissant ainsi de la quatrième à la 25e position, selon l’étude Réputation 2017 de Léger et du cabinet de relations publiques National.

Selon plusieurs spécialistes qui se concentrent sur nos habitudes de consommation, il semblerait que les petits cafés « de quartier » ont de plus en plus la cote. À cet effet, j’imagine qu’un tel phénomène est plus facilement observable dans les grands centres. Or, vous pouvez me qualifier de rêveur si le cœur vous en dit, mais j’ai foi qu’un tel mouvement soit possible ici aussi en région. On n’a qu’à penser au centre-ville de Chicoutimi ou à celui d’Alma qui est orphelin de Tim Hortons et à ce que je sache, personne ne s’est encore entretué pour du café. Qui sait, peut-être qu’un jour, même le McDo lèvera les feutres ?