Ces journaux existent encore

CHRONIQUE / On ne les cachait peut-être pas, mais ils n’étaient jamais rangés en évidence. Du moins, ils ne se trouvaient jamais dans la pile avec les autres journaux.

En fait, chaque fois que j’en vois un, la première chose qui me revient en tête, c’est le chalet de mon oncle Raynald aux Passes. J’ai souvenir qu’ils étaient dans une boîte et ça me fascinait de voir toutes ces tronches pas fréquentables qui faisaient chaque semaine la une. Quant à mes cousins un peu plus vieux que moi, c’était davantage la section du centre qui les fascinait et disons que j’ai fini par comprendre pourquoi, une fois arrivé à l’adolescence.

Ici, vous aurez peut-être deviné que je vous parle de ces fameux journaux dédiés aux affaires criminelles comme les célèbres Photo Police ou Allô Police.

Il y a quelques jours, j’allais rejoindre des amis et voilà qu’en route, j’ai aperçu un de ces journaux sur l’étagère des publications. Ç’a été plus fort que moi, alors j’ai décidé d’en acheter un exemplaire.

Tout d’abord, ce qui m’a frappé, c’est que 30 ans plus tard, on a vraiment l’impression de lire le même journal qu’à l’époque. Et là, qu’on se comprenne, je ne dis pas ça de façon méprisante ou condescendante. En fait, je dis même ça avec une certaine admiration, car parfois, il y a quelque chose de rassurant dans le fait de constater qu’il y a des trucs qui ne changent pas.

J’y ai donc appris les dernières péripéties de Daniel « Capoté » Beaulieu qui songe poursuivre le gouvernement pour plusieurs millions de dollars. J’ai aussi découvert qu’un comédien qui jouait souvent de petits rôles de criminels a finalement été arrêté (pour vrai) pour un truc en lien avec le trafic de drogue.

Sinon, j’ai eu bien du plaisir à lire un dossier à propos d’un phénomène nommé « flashrob » où des jeunes internautes se donnent rendez-vous dans un commerce, puis à une heure bien précise, ils envahissent l’établissement. Comme les employés sont soudainement surchargés par cette affluence soudaine, les jeunes voyous en profitent pour piquer quelques trucs et prendre ensuite la poudre d’escampette. Certes, c’est pas très cool pour les commerçants, mais bon, ça donne quand même de bons papiers.

Et qu’en est-il de la section osée du milieu ? Eh ! Ben !, ça n’a pas changé du tout.

Des récits coquins, dont un qui met en vedette une jeune femme qui se découvre une attirance électrique pour une autre personne du même sexe, mais surtout, tous les détails. Deux pages complètes annonçant les nouvelles sorties de DVD pornographiques et en bonus, un horoscope coquin.

Ah, et j’oubliais : beaucoup de photos.

Tout ça, c’est plutôt fascinant, car à une époque où les médias écrits traversent ce qui est certainement la pire des tempêtes et qu’ainsi, ils doivent redoubler d’audace et d’inventivité afin d’arriver à survivre, vous avez ces journaux d’actualité policière qui traversent les décennies, comme s’ils étaient à l’abri du temps. Maintenant, je n’ai aucune idée de leurs états financiers, mais le simple fait que ces journaux soient encore sur les tablettes, alors que tant d’autres publications ont été terrassées par le passage du temps, ça fait énormément réfléchir.

Est-ce parce que le lectorat québécois entretient une puissante fascination pour le crime ? Ou est-ce parce que de nombreux lecteurs ne sont pas encore au parfum qu’on peut retrouver gratuitement sur le Internet une infinité de contenus similaires à ceux que l’on retrouve dans le cahier central de ces journaux ?

Et sinon, ça va certainement vous sembler con comme question, mais pour un criminel endurci, le fait de faire la page couverture d’un de ces journaux, est-ce que ça lui fait le même effet que lorsqu’un artiste se retrouve en page frontispice d’un journal à potins artistiques ?

Je dois avouer que ça fait bien des questions et bien peu de réponses, mais quand on y pense bien, peut-être que le crime ne paie pas, mais bon, ça paie suffisamment pour permettre à une publication de survivre.