Ces artistes qui font briller les autres

CHRONIQUE / On dit souvent que l’une des activités préférées d’un artiste, c’est de parler de lui-même et de ses créations. D’ailleurs, si vous avez très peu d’artistes dans votre entourage, il y a de grandes chances que vous puissiez être de cet avis, car même si cette boutade ne s’applique pas nécessairement à tous les artistes, il n’en demeure pas moins que c’est une tendance lourde chez ce type d’individus. Et là, avant qu’on ne me lance des roches, j’aimerais seulement préciser que je tombe moi-même très souvent dans ce piège, mais j’essaie quand même d’y faire attention.

Il y a donc les artistes qui aiment parler d’eux ; il y a ceux qui sont plus discrets à cet égard, mais on trouve aussi une catégorie très à part et il s’agit des artistes qui aiment parler des autres artistes. Nicolas de la Sablonnière fait justement partie de cette catégorie et ainsi, en plus d’être un artiste visuel dont le talent est vraiment indéniable, il est très doué aussi pour faire briller le talent des autres.

Son dernier bébé s’intitule Planète Bol et voilà que vendredi dernier, il présentait ce documentaire en grande première. C’est donc après avoir suivi pendant un an et demi le quotidien d’un artiste nommé Martin Bolduc que « Delasablo » a été en mesure de dresser un portrait à la fois touchant et inspirant de ce personnage plus grand que nature.

Grosso modo, le spectateur est invité à découvrir les réflexions colorées de cet artiste qui manie aussi bien le pinceau qu’il peut manier la plume ou une guitare. On y parle évidemment de création, mais on va même jusqu’à se permettre un périple jusqu’aux étoiles où on nous présente une théorie très brillante et déroutante à propos de l’existence de Dieu.

Cette partisane ne cache pas son allégeance alors qu’elle attend le début de la rencontre entre la France et la Norvège, à Nice en France, dans le cadre de la Coupe du monde féminine de soccer.

Disons-le, comme Planète Bol est un documentaire extrêmement chargé pour lequel « Delasablo » a dû relever le défi de condenser l’univers complexe de l’artiste Martin Bolduc en quelque chose comme 80 minutes, l’expérience pourrait sérieusement déstabiliser de nombreux spectateurs plus habitués aux oeuvres formatées qu’on nous propose à la télé, mais ceux-ci pourraient aussi découvrir une réalité que bien des gens ignorent au sujet des artistes en général.

En effet, à une époque où on fait souvent l’erreur d’évaluer la « réussite » d’un artiste en se basant sur sa notoriété, Planète Bol ne met pas seulement en lumière le parcours de Martin Bolduc, mais celui d’une majorité d’artistes.

Car oui, même si l’artiste moyen expose une fois de temps en temps dans une galerie d’art, ou qu’il présente un concert ici et là, le reste du temps, il doit généralement faire comme monsieur Tout-le-Monde et ainsi, tout comme vous et moi le mardi matin, il se fait couler un café tout en se préparant mentalement à passer à travers une autre journée de travail. Et là, on ne parle pas d’une version poétique du travail qui consiste à passer la journée à se balader au bord d’une rivière en attendant que l’inspiration surgisse. Je vous parle d’un job qui ne fait pas nécessairement battre votre coeur d’excitation, mais bon, qui remplit néanmoins le frigo. D’ailleurs, c’est plutôt amusant de se dire que dans le cas du créateur compulsif Martin Bolduc, celui-ci gagne sa vie en exterminant des bestioles. Comme quoi rien ne se perd et rien ne se crée.

Maintenant, je ne vous cacherai pas que j’ai déjà très hâte au prochain rendez-vous que « Delasablo » est en train de nous concocter, car son prochain film traitera de l’artiste Daniel Tremblay.

Pour la petite histoire, au cours des cinq années où je travaillais à la bibliothèque de Chicoutimi, chaque fois que Daniel passait au comptoir du prêt, je me dépêchais discrètement d’aller lui répondre, car il empruntait toujours de bons bouquins. Alors une fois qu’il était parti, je prenais en note ses derniers prêts et je me les réservais pour plus tard.

Je lève donc mon chapeau à « Delasablo », car si chaque artiste consacrait une partie de son temps à faire connaître le travail d’un collègue, je suis convaincu qu’on finirait tous par se demander pourquoi on laisse de nombreuses « vedettes » monopoliser la plupart des tribunes censées nous parler d’art.

Mais bon, mon petit doigt me dit que ce n’est pas demain la veille que ça se produira…