Brassons un peu le jus de poubelles

CHRONIQUE / Alors hop, Saguenay est à nouveau plongé dans un psychodrame et cette fois-ci, si la population s’entredéchire, c’est en raison de ses poubelles.

Donc grosso modo, voilà que la population se trouve au grand carrefour du compost et elle devra faire un choix. En premier lieu, on propose donc des bacs bruns pour le compost qui feraient en sorte qu’on ramasserait les poubelles une fois par mois, tandis que les détritus organiques et décomposables envoyés au compost seraient ramassés toutes les semaines pendant l’été et aux deux semaines pendant l’hiver.

Sinon, on propose aux citoyens de placer leurs détritus organiques dans des sacs spéciaux qui seraient triés par un robot et, dans ce cas, la collecte des déchets continuerait à se produire au même rythme qu’auparavant.

Ici, je serais habituellement tenté de vous dire que la décision appartient aux gens de Saguenay et qu’à la fin, qu’est-ce que je peux bien en avoir à cirer de vos poubelles, moi, l’habitant des lointaines contrées du Lac-Saint-Jean ? Or, je vais quand même me permettre de brasser le jus de fond de poubelles avec un bâton, question de faire ressortir le doux fumet de vos détritus en putréfaction afin de vous rappeler que les déchets du Saguenay, c’est nous qui en héritons à notre site d’enfouissement à Hébertville.

D’ailleurs, faudrait bien un jour qu’on m’explique comment vous êtes arrivés à oublier de prévoir un emplacement pour enfouir vos déchets. Une chose est certaine, Saguenay est sans aucun doute le top en matière d’exportations. Mais bon, trêve de plaisanteries, voilà qu’une bonne partie de la population est en colère parce qu’on leur imposera le compostage, ce truc autrefois strictement réservé à ceux qu’on qualifiait de « frencheux d’arbres » ou « d’enverdeurs ».

Évidemment, quand on ne connaît pas trop ça, le premier réflexe qui nous vient en tête quand on entend que les poubelles passeront à une fréquence d’une fois par mois, c’est un truc du genre : « Mais bordel, ça va puer ! » Je le sais, car le premier été ici à Alma où on a commencé à collecter les déchets aux deux semaines, je vais vous avouer qu’en tant que gars qui a une peur bleue des vers blancs, j’ai frissonné un peu. Et puis vous savez quoi ? Oui c’est dégueulasse quand il fait chaud et ça l’est encore plus quand vous avez le malheur d’oublier une seule fois de placer votre gros bac vert à la rue, car justement, vous en aurez pour un mois à endurer le parfum pestilentiel des vieux steaks BBQ de la Saint-Jean alors que les vacances de la construction tirent à leur fin.

Or, ce qu’on propose à Saguenay, c’est ce qu’on pourrait appeler une version améliorée.

Car voilà que dans ce scénario, vos vieux steaks BBQ de la Saint-Jean-Baptiste, ils vont partir de votre terrain au plus tard dans une semaine. Idem pour votre restant de salade de chou. Et tous ces trucs qui puent parce qu’ils pourrissent. 

Quant à votre poubelle, elle risque de se sentir très has-been avec le compostage, car ses belles années de popularité où elle était LA place la plus branchée pour les déchets seront maintenant derrière elle.

Je vous dis ça, car une fois qu’on a mis les trucs qui pourrissent à part et que les trucs qui devaient aller au recyclage ont été triés, à moins que tout ce que vous achetiez soit emballé dans de la styromousse, ça ne fait plus beaucoup de poubelles.

Certes, on ne se le cachera pas, entre trier ses poubelles et voler comme Superman, y a un des deux trucs qui semble plus amusant. Oui, c’est chiant de trier ses déchets, mais ce n’est pas comme si les poubelles relevaient d’un comité des loisirs.

Et enfin, à ceux et celles qui trouvent qu’on nous enfonce tout ça dans la gorge et que ça va trop vite, je serais tenté de vous dire que le jour où les changements climatiques feront en sorte que vous subirez chaque année des inondations, vous aurez beau dire à Dame Nature que ça va trop vite pour vous, croyez-moi, elle s’en tapera autant que de son premier anticyclone.

Il est peut-être déjà trop tard. On pourrait au moins essayer d’arriver avant que ça finisse, non ?