Bonne finale de «Game of Thrones»

CHRONIQUE / Je sais que le nom du nain, c’est quelque chose comme Tyrion Lannister.

Je sais qu’il y a un gars qui s’appelle Jon Snow et que pendant longtemps, les gens semblaient redouter le moment où il mourrait.

Je sais qu’il y a un des personnages féminins qui a des cheveux blancs et qu’au fil des saisons, elle a de plus en plus de tresses parce que celles-ci symboliseraient les combats auxquels elle a pris part. Je sais qu’à un certain moment, il y a une espèce de mariage rouge où pratiquement tout le monde meurt. Je sais que plusieurs personnages meurent chaque saison. Je sais qu’il y a un truc avec des dragons. Je sais qu’il y a probablement une scène récurrente ou marquante où un personnage dit que l’hiver s’en vient. Je sais qu’il y a supposément des relations incestueuses.

Je sais que les fans attendaient la saison finale depuis longtemps et qu’elle comprendra une longue bataille qui devrait s’étaler sur plusieurs épisodes.

Je sais tout ça et pourtant, je n’ai regardé en tout que 7 minutes 23 secondes du premier épisode.

Je me souviens que tout le monde semblait avoir le même nom. Je me souviens aussi d’une scène avec le nain qui était habillé avec des espèces de draps, pendant laquelle je n’arrêtais plus d’halluciner parce que c’était mon visage que je voyais sur ce gars, et puis j’ai dû mettre l’épisode sur pause pour aller faire pipi et ça doit maintenant faire six ou sept ans de ça.

Avant d’aller plus loin, je tiens vraiment à ce qu’on se comprenne : ce n’était juste pas ma tasse de thé.

J’ai même failli m’y relancer à quelques reprises. Comme cette fois, justement, où il y avait eu le truc de mariage sanglant. Les fans disaient : « Oh ! Bordel ! Que ça vaut le coup de regarder cette série » et étant donné que ça venait juste d’arriver et que la fameuse loi non écrite qui consiste à ne pas gâcher la surprise à qui que ce soit était toujours en cours, ça me semblait être la fenêtre parfaite pour tout reprendre le retard. Mais je n’ai pas fait le saut.

Et chaque fois que l’envie m’a repris, il y avait toujours plus de saisons et plus d’épisodes à rattraper et à partir d’un certain moment, j’avais l’impression que c’était comme si je devais me décider à débuter ou non les cinq millions de pages d’À la recherche du temps perdu alors que pratiquement tout le monde l’avait lu et que je risquais à tout moment de me faire gâcher les surprises des revirements majeurs.

Alors, hop, est venu cet instant où j’ai dû accepter que ce ne serait pas dans cette vie que je vivrais (du moins en temps réel) la fièvre entourant Game of Thrones.

Tant pis pour moi, car pour avoir vécu par le passé des saisons finales très attendues, je peux vous confirmer qu’il y a un petit quelque chose de grisant dans tout ça. On est tous là à se poser ensemble les mêmes questions et à débattre de milliers de théories, alors que personne ne sait comment tout ça se terminera.

Tout ce que je souhaite aux fans de Game of Thrones, c’est qu’ils n’aient pas droit à une saison finale comme Lost. Dix ans plus tard, je ne m’en suis toujours pas remis.

J’aimerais bien leur souhaiter une finale comme celle de Breaking Bad, mais disons-le, la barre est si haute que j’ai peine à croire qu’on parviendra avant longtemps à la surmonter.

Alors, pourquoi pas une saison finale comme celles des Invincibles ? Vous savez, cette finale où le lendemain, les trois ou quatre personnes qui ne l’avaient pas visionné se demandaient pourquoi tout le monde se mettait à brailler en entendant Still Loving You de Scorpions ?

En tout cas, peu importe si la saison finale parvient à satisfaire ou non ses nombreux fans, car elle a déjà marqué l’imaginaire du grand public pour longtemps. Quand un type comme moi, qui n’a visionné que quelques minutes de la série, peut arriver à suivre une discussion à ce sujet, c’est que l’univers façonné par George R. R. Martin a pris forme, en quelque sorte, à l’extérieur de la fiction.

Enfin, toutes mes pensées vont au personnage du nain qui, je l’espère, survivra jusqu’à la toute dernière seconde de la série, car entre sosies, il faut bien se tenir.