Billy le destructeur

CHRONIQUE / Ça fait maintenant un peu plus de quatre mois que Billy le chien est arrivé dans notre vie et pour être bien franc avec vous, j’aurais beaucoup de difficulté à imaginer mon quotidien sans lui.

Chaque matin, c’est toujours excitant de découvrir ce qu’il a eu le temps de démolir depuis le moment où mon amoureuse et Charlot ont quitté la maison.

Ce matin par exemple, il avait démoli des mitaines en cuir et une espèce de brosse pour les chaussures. 

Ici, n’allez surtout pas croire qu’on laisse le champ complètement libre à Billy en lui disant : « Tiens mon bon chien, on t’offre la maison et tu peux détruire tout ce que tu veux ». En fait, c’est plutôt le contraire, mais voyez-vous, Billy semble animé par un désir de destruction et cette pulsion lui donne vraisemblablement le pouvoir de redoubler d’imagination en matière d’objets à détruire.

J’aimerais bien vous dresser un inventaire fidèle de tout ce qu’il est arrivé à démolir en l’espace de 120 jours, mais pour ce faire, il faudrait que cette chronique soit publiée dans une édition spéciale du journal où on me laisserait une dizaine de pages.

Alors grosso modo, Billy est arrivé à détruire un nombre inimaginable de chaussures, d’espadrilles et de sandales. Sinon, il peut aussi ajouter à ses trophées de chasse six ou sept paires d’écouteurs. Soulignons aussi son opération de démolition parfaitement exécutée sur un de nos fauteuils et enfin, mes nouvelles lunettes dont il a mâchouillé une partie des montures, ce qui me procure une agréable sensation d’irritation sur le dessus de l’oreille gauche chaque fois que je les mets ou que je les enlève.

Il faut savoir qu’en matière de destruction d’objets, nous avions déjà acquis beaucoup d’expérience à l’époque où Charlot n’était encore qu’un jeune bambin. À titre d’exemple, je me souviens qu’une fois, il avait vu Julie en train de nettoyer un DVD avec de la pâte à dents parce que celui-ci avait été considérablement égratigné. Alors un matin, Charlot m’a réveillé en me disant qu’il y avait de la mousse rouge qui coulait à travers notre console de jeu Wii U. C’est alors que j’avais réalisé que Charlot avait enduit un DVD de pâte à dents de marque Close-Up, mais il avait omis de le nettoyer avant de l’insérer. Ça avait créé une espèce de réaction en chaîne qui avait produit cette mousse rouge qui, disons-le, sentait diablement bon en tout cas.

Alors hop, quand on a un enfant, il y a deux choix qui se présentent à nous : soit qu’on lâche prise sur le matériel ou sinon, on finit à l’étage de l’hôpital où il y a des types qui se prennent pour un oiseau.

Maintenant, en ce qui concerne un chien, on baigne pas mal dans les mêmes eaux. Tout d’un coup, tous ces objets qui vous appartenaient jusqu’ici ont désormais une date d’expiration et seul votre chien la connaît.

Mais le pire dans tout ça, c’est que chaque fois que Billy détruit quelque chose, même si ça dérange et que ça met parfois en crisse, ce satané chien finit toujours par réussir à se faire pardonner. 

C’est quand même fou de se dire qu’en si peu de temps, j’en suis désormais à être pris de panique quand en sortant de l’épicerie, je ne vois pas ce bon Billy qui m’attend joyeusement sur le siège du conducteur de la voiture. Parce que oui, Billy ne manque jamais une balade en voiture, et ce, même si ça implique qu’il devra m’y attendre pendant une quinzaine de minutes. 

Et puis je sais très bien que le jour où Billy ne sera pas là à rôder autour de moi en attendant désespérément que je lui file un morceau de mon rôti ou une croustille, je serai le premier à m’en inquiéter.

Quand j’y pense, si je faisais le compte des avantages et des désavantages d’avoir un chien comme Billy, je suis à peu près certain que la colonne des négatifs l’emporterait sur celle des positifs. Et pourtant, je choisirais encore d’adopter ce paquet de problèmes sur quatre pattes.

Qui sait, peut-être que les chiens sont parmi nous pour nous faire réaliser qu’à la fin, les décisions qui proviennent du cœur comptent beaucoup plus que celles qui nous sont dictées par la raison ? Ou peut-être qu’il faut seulement être un peu con pour avoir un chien.