Environ 300 personnes se sont réunies à Alma pour marcher pour la planète la semaine dernière.

Au front avec les têtes grises

CHRONIQUE / C’est l’histoire d’un jeune homme nommé Steve qui, pendant des années, s’était enfermé dans un petit local. Le local n’avait peut-être aucune fenêtre qui donnait sur le monde extérieur, mais Steve avait au moins un ordinateur qui lui permettait de le maintenir au parfum quant à l’état du monde.

Au début, tout ça lui avait semblé plutôt magique, car même s’il était isolé physiquement des autres, jamais il ne s’était senti autant en contact avec le monde extérieur.

Grâce au pouvoir des réseaux sociaux, Steve allait alors découvrir qu’il y avait tout un tas d’autres individus qui partageaient les mêmes craintes et les mêmes valeurs que lui.

Mais au fil du temps, Steve a commencé à se douter que quelque chose clochait : alors que tous les gens avec qui il était en contact martelaient quotidiennement leur souhait de mettre fin aux nombreuses injustices qui régnaient en ce bas monde, chaque fois que la population avait l’occasion de s’exprimer, elle envoyait un message contraire aux revendications qu’il voyait passer jour après jour.

Steve a donc commencé à se demander ce qui pouvait expliquer un tel paradoxe, et les réseaux sociaux ont fini par lui fournir une réponse : tout ça était essentiellement de la faute des boomers.

Il faut savoir que chaque jour, Steve finissait toujours par se perdre dans les centaines de commentaires qui pullulaient sous les publications des sites de nouvelles et chaque fois qu’il voyait défiler toutes ces photos de têtes grises accompagnées de commentaires haineux et méprisants à l’égard des changements sociaux, cela amplifiait sans cesse son biais de confirmation comme quoi tout était pratiquement de la faute des boomers.

Il arrivait à l’occasion que Steve s’arrête un instant et qu’en repensant à tout cela, il remette en question cette certitude qui l’habitait, car après tout, il pouvait quand même nommer quelques boomers dans son entourage qui étaient autant révoltés que lui quant aux injustices de ce monde, mais il ne lui suffisait que d’une autre visite dans les commentaires sous les nouvelles pour revenir à son idée de départ.

Ç’a duré comme ça pendant des années.

Puis, un jour, Steve a décidé de sortir de son local afin de se rendre à une marche qui visait à sensibiliser la population et les dirigeants à l’importance d’agir rapidement quant aux changements climatiques.

La gueule que Steve a faite en arrivant sur les lieux ! Parmi les centaines de gens qui s’étaient déplacés, la moitié de ces têtes étaient grises, et ces personnes avaient à coeur le futur de leur planète.

C’est alors qu’en discutant avec un peu tout le monde, Steve a réalisé que pendant toutes ces années, il avait mordu à l’hameçon du plus vieux piège de la planète. Tout ce temps, il s’était conforté dans la division, ce qui n’avait fait que renforcer les forces occultes contre lesquelles il pestait jour après jour.

Ce jour-là, Steve a entendu des récits de luttes qui s’étaient produites des décennies avant lui et auxquelles ces gens avaient pris part. Soudainement, il réalisait que si ces gens voulaient lutter à nouveau, c’est parce qu’ils savaient que le jeu en valait la chandelle et que c’était possible d’élever ce système.

Certes, le système avait été détourné à nouveau au fil du temps, mais chaque combat que la population était arrivée à remporter nous avait fait collectivement avancer.

Les plus jeunes générations avaient peut-être la fougue et le sentiment d’urgence qui les animait afin de s’assurer un avenir digne de ce nom, mais les boomers, eux, détenaient quelque chose de très précieux aussi : ils savaient que la lutte était possible.

Puis, alors que Steve marchait avec ces gens de tous les âges autour de lui, il a aperçu deux types de sa génération qui sortaient d’une succursale de la SAQ, dont les fenêtres étaient recouvertes d’autocollants appelant à la solidarité. Les deux gaillards tenaient des bouteilles d’alcool en regardant avec mépris tous ces gens qui marchaient pour l’avenir de la planète.

À partir de maintenant, Steve allait désormais se méfier du pire ennemi qui nous guette tous : la division.