Joël Martel

La forteresse de souvenirs

CHRONIQUE / Ce jour-là, on était parti en famille à Saint-François-de-Sales afin d’aller fêter l’anniversaire de mon ami Fastlight Salvail.

Le matin même, nous avions aussi dit à mon parrain et à ma marraine qu’on leur rendrait visite dans la journée, car c’était dimanche de Pâques et mon amoureuse tient beaucoup à cette tradition, car il y a une quinzaine d’années, c’est à cette occasion qu’elle avait rencontré ma famille pour la toute première fois.

Alors hop, en fin d’après-midi, on repartait de Saint-François-de-Sales, mais pour être bien honnête avec vous, on était un peu claqués de notre journée une fois arrivés à Alma. Mais bon, comme mon parrain me fait encore peur après 38 ans, je n’ai pas pris de chance et on s’est dit qu’une petite visite de quelques minutes serait toujours mieux que de briller par notre absence. Et puis, je fais bien des blagues, mais je l’aime beaucoup mon parrain.

Évidemment, ce qui ne devait être qu’une courte visite s’est rapidement transformée en invitation à souper digne de mon parrain, c’est-à-dire: « Martel, fais pas ton imbécile pis déniaise, je t’invite pas à souper, je te dis de souper icitte ».

J’ai donc piqué une bonne jasette avec mon parrain qui m’a raconté des histoires très cool qui lui étaient arrivées à l’époque où il travaillait pour Lucien Bouchard. « T’as pas envie d’écrire un livre là-dessus? », que j’ai demandé. « Joël, je suis à la retraite pis c’est ben correct de même », que mon parrain m’a répondu avec assurance et sérénité.

Puis, quand on s’est installé à la table pour manger, j’ai vu ce petit plat juste devant moi.

« Bordel, c’est la sauce à Charlotte! », que j’ai presque hurlé, les yeux remplis d’eau.

Ma marraine m’a regardé un peu surprise en me confirmant que oui.

Le truc, c’est que ça faisait au moins 20 ans que je n’y avais pas goûté et ainsi, depuis quelques années, j’y pensais chaque fois que je mangeais du steak ou des saucisses en me disant que ma mère n’avait certainement plus la recette. Or, ce que j’ignorais, c’est que cette fameuse recette de sauce s’était propagée dans la famille et depuis tout ce temps, la recette n’était qu’à un coup de téléphone.

Alors on s’est tous régalés de ce festin et quelques minutes plus tard, voilà que ma tante Lise nous appelait via Skype. 

Il y avait quelque chose de rigolo à voir ma marraine et mon parrain qui jasaient tout bonnement avec ma tante en direct de la Floride alors qu’il y a 15 ans à peine, une telle technologie relevait toujours de la science-fiction.

Ma tante Lise a donc pris des nouvelles de tout le monde tout en nous fournissant quelques détails par rapport à son retour au Québec et, alors que je la saluais, c’est là qu’elle m’a fait cette annonce incroyable.

C’est qu’il y a quelques années, j’avais écrit une chronique sur mon oncle Yvon avec qui j’adorais écouter de la musique country pendant qu’il grillait des clopes en tapant du pied. Il avait des valises qui étaient remplies de cassettes 8-pistes et depuis son décès il y a une trentaine d’années, j’ai toujours regretté de ne pas avoir récupéré ces fameuses valises.

Mais une fois de plus, la solution n’était qu’à un coup de téléphone, car il se trouve que depuis tout ce temps, ma tante Lise avait conservé ces fameuses valises et voilà qu’elle me les a offertes.

Alors si vous vous demandez ce que je ferai cet été, je peux vous passer un papier que je passerai certainement quelques soirées à écouter ces cassettes de « western », comme mon oncle Yvon aimait les appeler.

Tout ça pourrait sembler bien banal pour bien des gens, mais ce que ça m’a fait réaliser, c’est à quel point on oublie trop souvent qu’une famille, c’est un peu comme une forteresse qui conserve tous ces petits souvenirs qu’on laisse en cours de route en n’étant pas conscients qu’un jour ou l’autre, l’absence de ceux-ci laisseront de petits vides ici et là dans notre histoire de vie.

Je tâcherai désormais de bien m’en souvenir chaque fois que je prêterai l’oreille à ces cassettes 8-pistes de musique western. Et qui sait, peut-être bien que je me grillerai une clope tout en tapant distraitement du pied en mémoire de mon oncle Yvon.

Chroniques

L'époque des bars est-elle révolue?

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, je buvais un verre avec un ami originaire d’Hébertville qui habite maintenant à Montréal depuis plusieurs années. Ainsi, une fois ou deux par année, Max vient faire son petit tour dans le coin et évidemment, c’est toujours un plaisir de se retrouver.

Or, voilà qu’en jasant de tout et de rien, Max m’a fait remarquer qu’au cours des dernières années, les petits bars de son coin de pays qui étaient toujours parvenus à survivre jusqu’ici étaient maintenant en voie de disparition.

En fait, si j’ai bien retenu ce que Max m’avait dit, on pourrait même dire qu’à ce titre, on aurait même déjà grandement dépassé la ligne qui sépare « en voie de disparition » et « disparition ».

Évidemment, en écoutant Max me dresser la liste de tous ces petits bars qui avaient été littéralement rayés de la carte, je me suis aussitôt demandé ce qui pouvait expliquer un tel phénomène et c’est alors que Max m’a pointé du doigt deux facteurs qui auraient pu y jouer un grand rôle.

Tout d’abord, on peut penser aux conditions de travail qui ne vont jamais en s’améliorant. En effet, avec toutes ces entreprises qui réduisent sans cesse leurs besoins en effectifs, et ça, c’est quand ils ne ferment pas tout simplement leurs portes pour s’installer ailleurs, on peut facilement déduire que de plus en plus de citoyens n’ont plus les moyens de s’offrir de telles dépenses.

Et sinon, comme deuxième facteur, la décroissance de la population joue certainement un grand rôle quant à ces commerces, dont le nerf de la guerre est principalement de pouvoir attirer des clients. 

Tout ça a dormi dans mon esprit pendant quelques jours, puis je me suis alors souvenu d’une discussion que j’avais eue récemment avec un vieil ami qui possède un commerce légendaire d’Alma. Celui-ci me confiait que malgré la popularité et la notoriété de son commerce, les choses avaient considérablement changé, au cours des dernières années.

Sans blâmer nécessairement les diverses réglementations qui ont été imposées à ces types de commerce dans la dernière décennie, il reste qu’on ne peut pas nier que plus on imposera des restrictions aux clients et plus ceux-ci seront tentés de trouver des solutions de rechange qui seront mieux adaptées à leurs besoins.

Par exemple, on voit de plus en plus de jeunes adultes organiser des fêtes privées au lieu de se rendre dans un établissement prévu à cette fin, car en plus d’économiser beaucoup d’argent, on évitera bien des problèmes de logistique comme le simple fait de devoir planifier le retour à la maison sans courir le risque d’écoper d’une condamnation pour conduite en état d’ébriété. Et si jamais vous êtes de ceux et celles qui croient que les bars destinés à une jeune clientèle affichent complet dès le début de la soirée, sachez que désormais, on voit rarement arriver les affluences de clients avant 23 h.

Bien entendu, on devinera que les problématiques rencontrées par des bars de village et celles rencontrées par un bar de ville s’adressant à une jeune clientèle ne sont pas exactement les mêmes, mais on peut au moins clairement noter qu’ici, on ne vit plus à une époque où tenir un tel type d’établissement relève de la partie de plaisir.

Alors, elle va ressembler à quoi la suite ? Assisterons-nous un jour à la disparition totale des bars ? Mon petit doigt me dit que nous n’en sommes quand même pas encore rendus à ce point-là, mais une chose est certaine, bien des défis attendent les tenanciers de bar.

D’ailleurs, on peut remarquer que plusieurs de ces établissements tentent maintenant de s’adapter aux besoins de leurs plus jeunes clients, comme en offrant des services de raccompagnement ou en proposant des trucs à manger sur place.

Il y a 15 ans à peine, la disparition des clubs vidéo était impensable et aujourd’hui, ce type de commerce relève pratiquement des contes et légendes. Souhaitons donc un tout autre sort aux bars, car ce sont justement dans des endroits comme ceux-ci que certains contes et certaines légendes prennent vie.

Chroniques

Tristan et Les Bebittes

CHRONIQUE / Tout a vraiment débuté par un fou rire et pour vous dire vrai, je suis d’avis que tout devrait toujours débuter par un fou rire.

C’était une autre de ces soirées où je marchais dans les rues désertes d’Alma, mais cette fois-là, je m’étais donné comme défi de mettre des mots et des mélodies sur de vieilles musiques instrumentales de mon cru que je traînais depuis quelques années.

Et puis hop, une idée m’est venue soudainement à l’esprit et l’instant d’après, j’étais là à rire tout seul en déambulant, impatient d’aller tester dans mon petit studio la petite trouvaille qui venait de surgir dans ma tête.

Cette trouvaille, c’était une chanson digne de ces vieilles comptines qu’on nous apprenait quand on était gamin et elle avait comme sujet les insectes, ou si vous préférez, les bebittes.

Après ça, c’est allé très vite. J’ai « lancé » la chanson sur le Web et quelques jours plus tard, j’apprenais à ma grande surprise que certaines radios commerciales la jouaient. Le rêve d’un vieil auteur-compositeur-interprète vous dites? Absolument.

Puis, au début de l’été, j’avais été invité à me produire sur scène lors de la première édition de La Noce et alors que je m’apprêtais à partir avec ma blonde et mon fils Charlot en direction de Chicoutimi, j’ai reçu ce message de Josée, la cofondatrice de Clowns thérapeutiques Saguenay.

Je me revois encore à ce moment-là, installé derrière le volant, alors qu’on venait tout juste de faire le plein et que je m’apprêtais à mettre la voiture en marche. J’ai lu rapidement le message et la seconde d’après, je fondais en larmes devant le regard inquiet de ma blonde et de mon fils. 

Le truc, c’était que Josée venait de m’apprendre que Tristan Boily était parti et ainsi, elle souhaitait me faire savoir que ma chanson Les Bebittes l’avait accompagné dans son combat ultime contre la maladie, et ce, même après qu’il ait rendu son dernier souffle. Le jeune garçon de Jonquière avait été emporté, à l’âge de huit ans, par une rechute du cancer.

Tout d’un coup, cette chanson qui m’avait semblé jusqu’ici tout simplement rigolote venait de prendre une tout autre portée. 

Alors, quelques heures après avoir pris connaissance du message de Josée, j’étais là sur scène devant un public hilare et enthousiaste et quand fut venu le moment d’interpréter Les Bebittes, j’avais cette impression d’être dans une bulle complètement à part du reste du monde. 

Les mois ont suivi et chaque fois que j’interprétais Les Bebittes sur scène, je repensais à Tristan et même si je n’avais pas eu la chance de le connaître, c’était comme si quelque chose d’invisible m’unissait à lui et pour vous dire la vérité, j’en étais honoré.

Puis, il y a quelques semaines, Josée m’a contacté pour me demander si j’acceptais d’aller interpréter Les Bebittes lors d’une soirée-bénéfice pour Clowns thérapeutiques Saguenay. Ce soir-là, on adresserait un hommage à la mémoire de Tristan et ma mission serait de remettre le sourire sur le visage des spectateurs. 

Alors voilà, mercredi soir, j’étais là dans la petite loge à côté de la scène et pendant que j’entendais le clown interprété par Josée chanter une chanson à vous broyer le coeur de par sa beauté, j’attendais mon « cue » pour monter sur scène, luttant contre les larmes qui semblaient bien décidées à envahir mes yeux.

Je suis ensuite monté sur scène, j’ai chanté en jetant quelques regards à mon acolyte Boca et ça m’a semblé durer 10 secondes et c’était fini.

Après cela, un homme est venu à ma rencontre dans la petite loge et il s’est présenté: c’était Mario, le père de Tristan. On s’est pris dans nos bras et j’ai pleuré un petit moment. 

Mario m’a ensuite parlé de Tristan qui aimait écouter Les Bebittes en boucle chaque fois qu’il devait se rendre à l’hôpital.

J’ai pleuré encore.

Et puis je ne sais comment, mais on a fini par rigoler à nouveau. 

« Hey Mario, tu sais quoi? J’aimerais ça qu’on se revoit un de ces quatre. Devenons amis! », que j’ai lancé avec enthousiasme.

Autour de nous, il y avait tous ces clowns thérapeutiques qui assistaient à la scène et c’est là que j’ai réalisé que chaque petit fou rire est le début de quelque chose d’autre.

Chroniques

Libre dans un parti!

CHRONIQUE / Ce n’est pas la première fois que je vous le raconte, mais depuis le tout début de ma carrière de chroniqueur (8 ans, on peut appeler ça une carrière non ?), j’ai reçu trois conseils qui ont complètement changé ma façon de faire.

Tout d’abord, il y avait eu Jean-François Caron qui m’avait dit : « Si tu n’as pas le courage de défendre en pleine face ce que tu avances dans une chronique, ne publie pas ça. » Puis, il y a eu ce lecteur qui m’avait mis en garde contre les dangers de sombrer dans la démagogie et enfin, il y avait eu mon boss actuel Denis Bouchard qui m’avait dit : « Tu ne seras jamais le prochain Foglia, alors arrange-toi pour devenir le prochain Joël Martel. »

Mine de rien, si jamais vous étiez un aspirant-chroniqueur, je viens de vous sauver un bon cinq ans d’essais et d’erreurs avec ces quelques phrases.

Si je vous raconte tout ça, c’est évidemment en réaction à la controverse entourant le saut en politique de l’ex-chroniqueur à La Presse Vincent Marissal.

C’est que, voyez-vous, plusieurs de mes collègues d’autres médias n’ont pas tardé à dénoncer ses propos lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, où Marissal a notamment laissé entendre que lors de sa carrière de chroniqueur, il n’avait pas pu jouir pleinement de sa liberté d’expression.

Maintenant, je suis très conscient que de comparer ma tribune à celle dont Marissal bénéficiait autrefois reviendrait à comparer des pommes et des oranges, mais il reste qu’à la base, c’est le même boulot. Alors que Marissal s’attaquait à des dossiers chauds, l’auteur de ces lignes lui, préfère plutôt observer le quotidien dans sa plus simple banalité, mais les risques associés à un tel travail demeurent toutefois les mêmes : chaque semaine, on vous propose un point de vue et une fois que c’est parti, il ne nous reste plus qu’à vivre avec ça, et ce, même si la planète entière se disait en désaccord avec nos propos.

D’ailleurs, c’est justement cette longue accumulation de situations où on confronte notre vision du monde à celle du public qui fait en sorte qu’à la longue, on en vient à être beaucoup plus prudent dans nos prises de position. 

Ici, j’ignore comment on traite les drôles d’oiseaux comme moi dans les autres journaux, mais en ce qui me concerne, jamais on ne m’a empêché d’écrire quoi que ce soit.

Certes, il y a eu cette fois où j’avais tiré à boulets rouges sur les concessionnaires lors de l’interminable lock-out et avant la publication du texte, on m’avait signifié que le jupon dépassait un peu beaucoup, mais jamais on ne m’a dit : « On ne va pas publier ça. » En lieu et en place, on m’avait suggéré de revoir certaines tournures de phrases qui occultaient en fait l’idée générale de ma chronique et, avec un peu de recul, mes boss avaient tout à fait raison. Je les en remercie d’ailleurs, car ça m’a permis d’alléger considérablement mon dossier des « chroniques de la honte ». 

En fait, ce que Marissal semblait voir comme une laisse, c’était en fait cette corde avec laquelle le chroniqueur risque continuellement de se pendre accidentellement.

Mais ce qui est le plus ironique dans tout cela, c’est que contrairement aux propos de Marissal, l’une des principales raisons expliquant pourquoi je continue à m’accrocher à mon métier de chroniqueur, c’est justement la liberté d’expression dont je peux profiter. À titre d’exemple, quand on m’avait abordé pour faire le saut en politique, la première chose qui m’était venue à l’esprit (en fait, la deuxième après « hey boboy que ça va mal dans le monde pour qu’on en soit rendu à me faire des propositions aussi débiles ») était : « Ai-je vraiment envie de passer le restant de mes jours à devoir adopter une ligne de parti ? ».

Alors hop, si c’était à moi de donner un seul conseil aux aspirants-chroniqueurs, je leur dirais de ne jamais se laisser berner par l’illusion du pouvoir, car même si le chroniqueur ne peut pas avoir la prétention de changer le monde, il arrive parfois à faire changer un petit bout de monde ici et là. Et pour arriver à faire ça, on n’a même pas besoin de votes. Juste les bons mots.

Joël Martel

Ascenseur en panne

CHRONIQUE / Il y a quelques mois de ça, j’étais au cinéma avec mon beau Charlot et à cette époque, j’étais encore terrassé par cette satanée vertèbre déplacée. Cela dit, je le suis encore à l’occasion, mais ça n’a rien à voir avec les chocs électriques qui me traversaient la colonne vertébrale au moindre faux mouvement, et Dieu sait que malhabile comme je suis, je m’y connais en faux mouvements.

Alors voilà, lorsque nous étions rentrés dans la salle, il y avait ce père avec ses deux enfants qui étaient installés à proximité de l’entrée et c’est par la suite que j’ai réalisé que l’homme était en fauteuil roulant. Le gars avait probablement mon âge et je le trouvais très cool d’être là au cinéma avec ses deux enfants alors que moi, qui ne souffrais que d’un virulent mal de dos, j’avais hésité à sortir de la maison.

Puis, à la sortie du cinéma, je l’ai vu emprunter le petit ascenseur destiné aux personnes à mobilité réduite et pour vous dire vrai, c’était plutôt touchant de voir le regard de ses enfants qui s’illuminait en voyant leur père monter à destination.

Si je vous raconte ça, c’est qu’en tant qu’individu qui ne souffre pas d’un handicap physique, cette scène m’avait fait réaliser à quel point on oublie facilement que nous ne partageons vraiment pas tous la même réalité. Pour nous, les gens qui peuvent se déplacer sans difficulté, un escalier de quelques marches ne nous apparaît jamais comme un obstacle. Or, dans le cas contraire, le même escalier peut devenir tout un problème de logistique. 

À titre d’exemple, voilà qu’il y a quelques semaines, ma belle-mère s’était rendue dans une salle de spectacle d’Alma dont je tairai le nom (comme s’il y en avait un million) et pour l’occasion, elle accompagnait un jeune homme qui doit se déplacer en fauteuil roulant.

Mais voilà qu’au moment d’entrer dans la salle, ils réalisent tous les deux que l’ascenseur réservé aux personnes à mobilité réduite n’est pas fonctionnel. On doit donc réunir quelques employés afin d’aider à transporter le fauteuil roulant jusqu’à un emplacement à cet effet dans la salle et tout le monde garde son calme, car des bris, ce sont des choses qui arrivent.

Puis, quelques semaines plus tard, ma belle-mère retourne voir un spectacle avec le même jeune homme et une fois de plus, l’ascenseur n’est pas en fonction. 

Et juste pour ajouter au malheur, pour une raison que j’ignore, voilà que notre jeune homme se retrouve contraint de quitter la salle avant la fin du spectacle et ainsi, le simple fait de s’en aller devient tout un cauchemar de logistique. 

Maintenant, je pourrais me lancer dans une grande envolée où je vous dirais que c’est inacceptable qu’un établissement appartenant à la Ville d’Alma fasse preuve de négligence quant à ses installations destinées aux personnes à mobilité réduite, mais qui sait, peut-être qu’il n’y a qu’un réparateur en service dans la région et que celui-ci est débordé. En fait, peut-être suis-je candide et naïf, mais je suis convaincu que tout cela ne relève aucunement de la mauvaise foi.

Mais bon, comme j’aime essayer de tirer du positif de ces histoires, je me dis que dans tout ça, il y a heureusement des gens qui sont venus en aide à ce garçon afin de pallier le problème. Vous riez, mais j’ai déjà été témoin de situations où des gens feignaient littéralement d’ignorer une personne à mobilité réduite qui, visiblement, avait besoin d’un tout petit coup de pouce.

Et sinon il y a ceux qui veulent aider, mais qui sont dangereux, comme cet ami qui avait aidé un type en fauteuil roulant à monter une côte et une fois rendu en haut, il lui avait souhaité une bonne journée, ne s’apercevant pas que le pauvre gars s’apprêtait à dévaler ladite côte. Heureusement, l’autre ami qui m’a raconté l’histoire s’en était aperçu lui.

Ici, ça va peut-être vous sembler un peu mielleux comme conclusion, mais il reste que c’est lorsqu’on s’entraide qu’on fait de notre monde un endroit où il fait bon y vivre.

Et qui sait, peut-être que la prochaine fois que vous aurez le dos barré, ça sera un gars en fauteuil roulant qui vous aidera à récupérer vos clés qui seront tombées sur le sol.

Joël Martel

François, Roi du Bongo

CHRONIQUE / Il était souvent là sur la scène, souvent un peu en retrait, jamais sous le « spotlight », mais on pouvait entendre ses bongos et ses percussions, et même s’il était légèrement dans la pénombre, on pouvait voir briller son regard à la fois solennel et amusé.

Ici, je serais de mauvaise foi d’oser prétendre que je le connaissais très bien, mais j’oserais quand même dire que c’était un ami. En donnant des coups sur son bongo, François contribuait, à sa manière, à faire battre le cœur de la scène culturelle régionale. On le voyait souvent se pointer le bout du nez, même dans les concerts à des endroits improbables. Visiblement, ce n’était pas un truc qui semblait grandement le déranger.

Et puis hop, quand c’était vous qui aviez occupé la scène ce soir-là, c’était toujours très cool de le voir s’approcher lentement vers vous et l’entendre dire, avec sa voix douce et grave : « C’était ben bon ! On sent que vous avez du fun. » D’ailleurs, je me limite à vous dire ce que moi je savais de lui, mais je me souviens aussi qu’il était souvent du genre à s’impliquer dans de nombreux trucs pour la justice sociale. Je sais aussi qu’il était un père et un amoureux. Et évidemment, l’ami de bien des amis et amies.

Maintenant, j’imagine que vous avez tout pigé depuis un bon moment, mais bon, François est décédé. Je l’ai appris à la sauce 21e siècle, c’est-à-dire entre un statut rigolo et la nouvelle photo de profil Facebook d’un ami. 

Voici une blague, voici ma nouvelle photo et hop, en passant, François, il est mort. Et voici une publication commanditée et une photo de mon chien. Alors voilà, je voulais qu’il existe encore un peu ici dans ces lignes.

À plus, Roi du Bongo !

***

Puisqu’on parle de ceux qui s’en vont, la semaine dernière, je vous racontais l’histoire de Roméo, ce chat orange qui mettait de la vie dans le quartier et qui laisse maintenant orphelins tous les rebords de fenêtre du voisinage. Tout d’abord, je tenais à remercier les lecteurs et les lectrices qui m’ont fait part de leurs histoires à eux, concernant la disparition d’un animal. Certes, c’est un sujet qui peut sembler bien anodin, mais pour ceux et celles qui ont partagé un moment de leur vie avec ces animaux, elles signifient toutes quelque chose qui va bien au-delà de la simple anecdote.

Mais bon, ce n’est pas du tout là que je souhaitais en venir avec tout ça.

Le truc, c’est qu’en faisant plus ample connaissance avec Michel, le maître de feu Roméo, ça m’a fait prendre conscience à quel point on vivait trop souvent chacun dans notre bulle. D’ailleurs, la dernière fois où l’ami Judes m’avait rendu visite ici pour venir me prêter une pile de magazines tous plus intéressants que l’autre, il m’avait parlé de son fils qui vivait à Montréal tout en me disant : « Personne ne se connaît là-bas. Mon gars reste là depuis quelques années et il ignore le nom de ses voisins. Moi, à la fin de la journée où je suis arrivé chez lui, je savais déjà tout ça. »

Puis, voyant que son histoire m’amusait, il m’avait défié en me disant : « Pis toi, tu le sais-tu comment que tes voisins s’appellent ? »

C’est plutôt choquant, car deux ans avant cela, j’aurais pu fièrement répondre par un « oui » bien assuré, mais depuis que madame Pauline et monsieur Hubert sont partis, je n’ai aucune idée de qui sont mes nouveaux voisins. À noter qu’ici, j’emploie « nouveaux » pour m’apaiser la conscience, car ça fait quand même deux étés qu’on vit à quelques mètres de distance seulement.

C’est con, parce qu’avec ma mauvaise mémoire des visages, je pourrais très bien croiser mon « nouveau » voisin à l’épicerie et ignorer complètement que c’est lui. Il faut quand même savoir qu’à l’arrivée des « nouveaux » voisins, on avait tenté une première approche, mais comme ils étaient débordés dans leur aménagement, nous n’avions finalement pas eu la chance de leur parler et puis hop, deux ans se sont passés. Ça va vite la vie.

Pas grave, je demanderai à Cédrick, notre plus « nouveau » voisin, de s’occuper des présentations un de ces quatre.

Joël Martel

Un peu plus de vraie vie à la télé

Chronique / Ce soir-là, c’était une de ces rares fois où j’avais accepté la lourde mission de zapper pour la famille, et vous allez peut-être trouver ça idiot, mais c’est justement le genre de tâche qui me stresse au maximum. Je dis ça comme ça, mais chaque fois que je zappe dans l’espoir de trouver un truc qui plaira à toute la famille, ça me fait réaliser à quel point ça ne doit pas être évident d’être un chef d’État qui voudrait faire le bonheur de toute la population.

Alors hop, j’ai fait un Vladimir Poutine de moi et j’ai donc choisi un truc qui me plaisait en ignorant les soupirs de mon Charlot qui allait se trouver en terres très éloignées de ses YouTubeurs favoris, dont le talent spécial semble être de hurler non-stop en jouant à Minecraft.

Ici, je dis « terres très éloignées », mais je devrais plutôt qualifier cela de voyage interstellaire, car voyez-vous, mon choix s’était arrêté sur une vieille reprise d’Apostrophes qui réunissait des grands noms de la chanson française.

Vite comme ça, on pouvait trouver dans le studio Anne Sylvestre, Louis Chedid (le fils de la romancière Andrée Chedid et le père du chanteur Mathieu « M » Chedid), Guy Béart, Pierre Perret et l’intemporel Serge Gainsbourg. Et au beau milieu de tout ça, il y avait ce courageux Bernard Pivot qui arrivait à garder l’ordre parmi tout ce beau monde.

Alors pendant une heure de télé, je me suis laissé bercer par les mélodies et les mots de ces auteurs-compositeurs-interprètes, qui y allaient d’interprétations de leurs titres ayant comme thème la littérature.

Là, si j’étais à votre place et que je lisais ça, je me dirais : « Ce gars se tape des trucs vraiment prétentieux », mais je vous assure que ça ne l’était pas du tout. Fallait voir Yves Duteil interpréter avec fougue La langue de chez nous. Je sais bien que cette chanson, c’est comme boire du fromage fondant, mais bordel qu’elle me tire les larmes des yeux de par sa beauté. Et pour l’info, j’ai fait le test, et ça ne fonctionne pas avec les gamins. Du moins, pas avec le mien.

Et puis juste quand je me disais que c’était de la sacrée bonne télé, il y a ce bon vieux Gainsbourg qui est arrivé au piano. Le gars avait gravement picolé, et dès son entrée sur le plateau, ç’a commencé à chauffer.

Alors que Pivot venait tout juste de gonfler l’ego de tout le monde au cours des minutes précédentes, en soulignant leur talent à manier les mots, la poésie et les mélodies, voilà que Gainsbourg détruisait tout ça d’un seul coup, en répétant à qui veut bien l’entendre qu’à son avis, la chanson est un art mineur.

S’ensuit alors un échange plutôt musclé entre lui et Béart, tout ça bonifié d’une prestation à la limite du supportable d’un Gainsbourg définitivement trop beurré qui tente tant bien que mal de lire ses paroles, qu’il a notées sur trois feuilles de papier.

Une fois l’émission terminée, j’ai zappé par réflexe à Radio-Canada, question d’entreprendre un nouveau tour des chaînes, et puis, c’était l’émission En direct de l’univers.

Maintenant, je ne sais pas ce que ça donne comme impression de se lancer dans le vide intersidéral, mais je suis prêt à gager que ça ressemble au feeling que j’ai alors ressenti.

Tout d’un coup, tout me semblait si artificiel. 

Pourtant, à la base, c’était pratiquement le même programme qu’on nous proposait. On faisait honneur à la chanson, mais c’était comme si cette fois-ci, on n’y était pas. Ce n’était pas le monde dans lequel nous vivons qui nous était présenté, mais une réalité alternative où tout le monde est sur son 36 et où chacun faisait ce qu’on avait soigneusement mis en scène. 

Et là, n’allez pas croire que je suis contre ça, mais ça m’a seulement fait réaliser qu’un peu de spontanéité et de sobriété, ça pouvait aussi donner de la bonne télé.

Mais bon, j’imagine que si on présentait ce point de vue à un producteur de télé, il dirait : « Oui, mais pour ça, il y a maintenant le Web ». 

Yep. C’est pas faux. Mais n’empêche que si on troquait un peu de paillettes et quelques chorégraphies ici et là à la télé pour un peu plus de vraie vie, je crois qu’on pourrait tous survivre à ça, non ?

Chroniques

À la mémoire de Roméo

CHRONIQUE / Ça faisait quelques jours qu’on trouvait que notre grosse chatte noire Maggie n’était pas à son top.

D’ailleurs, pour vous donner une idée de son état, même Julie a fini par s’inquiéter pour elle. Je vous dis ça parce que Maggie, elle a souvent la fâcheuse manie de réveiller Julie la nuit.

Alors hop, j’ai inspecté Maggie comme quelqu’un qui n’est pas du tout vétérinaire inspecte un chat en la faisant rouler dans mes mains. Puis, quand elle a fini par miauler du genre « hey sacre-moi don » patience toi » comme elle le fait chaque fois quand on essaie de lui faire un câlin, je me suis dit qu’elle ne devait pas être malade. Parce que ma théorie, c’est que le jour où elle sera vraiment malade, peut-être qu’elle nous le fera savoir en devenant enfin affectueuse.

Ç’a donc duré comme ça pendant au moins deux semaines où on la surprenait souvent assise sous la table à fixer le vide. On aurait presque dit qu’elle se pratiquait à tourner dans un vidéoclip d’Isabelle Boulay tellement elle semblait mélancolique.

« Penses-tu qu’elle fait une dépression ? », que Julie m’a demandé, à la fois intriguée et un peu inquiète.

Et puis voilà que samedi soir, peu après l’heure du souper, ç’a sonné à la porte.

C’était Michel, un de nos voisins qui habitent à quelques maisons de là.

Là, je sais que je vous donne l’impression d’être le genre de gars qui connaît tout son voisinage par leur petit nom, mais ne vous laissez surtout pas berner, parce qu’en réalité, c’est ce soir-là qu’après six ans de voisinage, j’ai fini par lui demander c’était quoi son prénom.

« Salut, c’est pour te dire de ne pas faire le saut, mais tu ne verras plus Roméo se promener sur le bord de tes fenêtres », que Michel m’a dit, la voix légèrement tremblotante.

La suite, je la voyais évidemment venir. Et je ne me trompais pas.

On était donc là dans la maison à ne plus parler et j’imagine qu’on s’est tous remémoré en même temps nos souvenirs concernant ce brave Roméo. Ç’a peut-être duré quelques secondes, mais ça m’a fait l’effet que quelqu’un avait accroché la télécommande et qu’il avait tout mis sur pause pendant une bonne dizaine de minutes.

Puis, Michel m’a tendu une lettre et comme s’il s’excusait, il m’a dit : « On m’a dit que ça serait le genre d’histoire qui pourrait t’intéresser. J’ai écrit ça en pleurant et, au début, il y avait cinq pages. »

Maintenant, je sais bien que certains lecteurs ou certaines lectrices se diront : « Mais bordel, il va pas essayer de nous tirer une larme avec la mort d’un chat ? », mais rassurez-vous, ce n’est pas le but de l’opération.

Si je vous raconte cette histoire, c’est qu’en réalisant que Roméo n’était plus de ce monde, je me suis aussitôt aperçu à quel point un chat orange pouvait devenir un acteur du voisinage, et ce, au même titre qu’un humain comme moi, par exemple.

D’ailleurs, Michel l’a écrit aussi dans sa lettre : « À la fois sauvage et social, c’était un très bon chasseur. Charmeur et curieux, il a envahi mon petit quartier de Dequen. “Ah ! C’est à vous ce chat jaune”, comme l’appelaient les gens en prenant des marches avec lui. […] Il aimait bien se faire caresser par les passants dans la rue. »

Yep. Je me ferme les yeux et je revois Charlot, tantôt bébé, tantôt petit bonhomme et cette première fois où il a fait de la bicyclette sans ses petites roues, en train de flatter Roméo qui était étendu au beau milieu de la rue.

Roméo, c’était le meilleur ami de Maggie, de là sa petite dépression des dernières semaines.

Roméo, c’est le chat qui venait parfois faire un tour dans la maison et qui ne bronchait même pas en tombant face à face avec nous.

Roméo, ça sera toujours le chat que j’ai vu marcher dans la rue en tenant fièrement un lièvre dans sa gueule.

Et enfin, comme tous ces animaux de compagnie qui nous accompagnent un moment sur le chemin de la vie, il a joué un rôle dont il ignorait totalement l’ampleur. « Il m’a donné onze belles années de par sa compagnie. Il fut le chat dont j’avais besoin », d’expliquer Michel dans sa lettre.

Allez repose-toi bien Roméo. J’imagine qu’on dort bien sur le bord de la fenêtre du Bon Dieu.

Chroniques

Sans rendez-vous

CHRONIQUE / Alors voilà. Par un beau lundi matin, ce que nous redoutions la veille s’était concrétisé.

En d’autres mots, ce qui avait semblé n’être qu’une vilaine fièvre passagère au cours des deux derniers jours s’était donc transformée en une espèce d’amygdalite. Résultat: mon gars de 7 ans parlait comme Éric Lapointe le lendemain d’un ses shows de fin d’année et en guise de bonus, on aurait pu sauver quelques dollars d’électricité en se servant de son front brûlant pour faire cuire les oeufs du déjeuner.

Les parents en savent quelque chose: personne ne veut d’un matin comme ça.

Voilà donc qu’à 7h40, c’est le branle-bas de combat. Un peu comme si un membre de la famille était candidat à un concours de chant télévisé, on sollicite la famille pour téléphoner en grand nombre, sauf que cette fois-ci, ce n’est pas une carrière professionnelle qu’on tente de faire gagner, mais un bordel de rendez-vous chez le médecin.

7h56, les lignes vont bientôt ouvrir et comme la fenêtre sera de courte durée, on se dit qu’il vaut mieux ne prendre aucune chance. Alors on commence déjà à signaler à répétition le numéro du bureau du médecin en priant le ciel qu’un miracle finisse par survenir et qu’au lieu de la boîte vocale, ce soit la réceptionniste qui finisse par nous répondre.

Puis, à 8h03, quand par pur bonheur, vous entendez la voix de la réceptionniste, c’est pour qu’elle vous dise que tous les rendez-vous « sans rendez-vous » sont déjà complets pour la journée. « Va falloir rappeler demain matin », qu’elle vous répondra.

Évidemment, comme ici il est question de santé, c’est très émotif et même si la réceptionniste vous avait appris la mauvaise nouvelle en vous informant que vous aviez toutefois gagné 100 dollars, vous seriez quand même en crisse.

Mais bon, on ne gagne jamais 100 dollars en appelant le médecin et il vous faudra bien de la chance pour que la réceptionniste vous annonce la mauvaise nouvelle avec un semblant de compassion.

Ici, on pourrait être tenté de croire qu’elle s’en tape royalement de vous et de votre gamin qui est brûlant de fièvre, mais ce à quoi nous ne pensons pas, c’est que cette femme, c’est l’histoire de tous ses matins de semaine.

Alors que moi, ma journée de travail débute en répondant à deux ou trois messages que des collègues ou amis m’ont envoyés la veille, et ce, pendant que j’entends au loin mon café en train de couler, elle, la réceptionniste du docteur, elle sait que c’est le Vietnam chaque matin. C’est un peu comme un gros rush du midi chez McDo, mais elle est seule à la caisse et elle sait que dans le réchaud derrière elle, il ne reste que cinq Big Mac alors que tous les clients qui sont devant elle sont affamés.

Alors hop, en visualisant tout ça, on comprend assez vite pourquoi la compassion finit par prendre le bord.

Ce qui me frappe dans tout ça, c’est que chaque fois qu’un employé de la santé lève la main et nous fait signe que ça chie dans le ventilo, on finit toujours par nous ressortir un type du gouvernement qui vient nous endormir en nous racontant que les choses vont changer et que la situation est bien moins critique qu’on ne pourrait le croire.

Or, le gouvernement, il ne passe pas tous ses matins à dire à des gens malades qui sont au bout du rouleau qu’on n’a aucune plage horaire de disponible pour les recevoir.

Le gouvernement, il n’arrive jamais 25 minutes après un appel au 911 alors que la personne qui avait besoin d’aide était déjà dans un état jugé comme étant critique.

Le gouvernement, il ne fait pas 8 quarts de travail en ligne à tenter de faire le boulot pour quatre autres personnes.

Pour dire vrai, je ne sais pas ce qu’il fait le gouvernement.

Par contre, je sais ce que je peux faire moi. C’est bien peu de choses, mais je me dis qu’en gardant constamment en tête que les employés de la santé font ce qu’ils peuvent avec le peu qu’ils ont, ça aide à demeurer conciliant et c’est peut-être là la moindre des choses que ces gens mériteraient de notre part. 

Et qui sait, peut-être qu’un jour, ça ne sera plus un casse-tête d’obtenir un rendez-vous chez son médecin de famille. 

Chroniques

Cette peur des fous du volant

CHRONIQUE / Je ne sais pas si j’ai le droit de vous dire ça, mais ça m’est déjà arrivé quelques fois d’être au volant de ma voiture et de me dire que si j’avais perdu la boule, je pourrais tout simplement foncer sur le premier piéton qui croiserait mon chemin.

Évidemment, vous comprendrez que même si le concept m’est déjà passé par la tête, ce n’est pas parce que j’en ressentais l’envie, mais c’était seulement une possibilité parmi tant d’autres dont mon cerveau tenait compte. Parlons ici plutôt d’une espèce de prise de conscience.

D’ailleurs, si je vous le dis, c’est que je suspecte certains conducteurs d’avoir ce projet lugubre en tête, comme un fantasme qu’ils s’amusent à caresser du bout des doigts lorsque l’occasion se présente.

Par exemple, hier soir, je marchais tranquillement en fin de soirée dans un quartier bien paisible quand tout à coup, alors que je m’apprêtais à traverser la rue, il y a ce gros pick-up (rassurez-vous, il n’était pas blanc) qui a surgi au coin de la rue.

En temps normal, j’aurais eu toute la marge de manœuvre nécessaire pour traverser bien peinard la rue, mais à entendre rugir le moteur du véhicule qui arrivait au loin, et ce, même malgré les écouteurs que j’avais dans les oreilles, mon sixième sens de marcheur nocturne m’a indiqué qu’il serait certainement plus sage de ne rien risquer.

Ce fut justement là un bon pressentiment, car voilà que le bolide s’est mis à filer à toute vitesse et même si je me tenais très loin de sa trajectoire, quelle ne fut pas ma surprise de constater que le véhicule a subtilement bifurqué dans ma direction, faisant visiblement exprès de passer à proximité de moi.

Peut-être est-ce moi qui suis complètement « parano », mais ça m’a vraiment donné l’impression que le gars pilotait son engin de la mort en se disant : « Et il ne me suffirait que de donner un tout petit coup de volant. »

Je vous écris ça et pour être bien franc avec vous, s’il s’agissait des propos d’un type que je ne connaissais pas, je me dirais : « Ce gars regarde beaucoup trop de films. » Mais bon, si je pouvais vous présenter la gueule de ce type qui était au volant, vous n’auriez aucune difficulté à comprendre l’inquiétude qui m’a gagné.

D’ailleurs, quand j’y repense, ces gars qui passent volontairement à quelques centimètres de vous avec leur voiture, ils ont toujours ce même genre de gueule. Vous savez, le regard un peu vide et fatigué ? Le genre de gueule qui figure à la page 4 du journal et que, sans même avoir encore lu le titre de l’article, vous savez déjà que ce gars a commis un truc horrible.

Ici, je vous permets de rigoler un bon coup en vous disant que j’ai une araignée au plafond, mais c’est pour cette même raison que j’évite le plus possible de circuler sur les routes qui sont des voies partagées. J’ignore pourquoi, mais il y a comme une partie de mon cerveau qui n’arrive pas à se faire à l’idée que je devrais faire aveuglément confiance à toutes ces voitures que je croise sur la route. 

Pour vous faire une image simple, c’est un peu comme si vous étiez sur la corniche d’un immeuble très haut et que là, vous demandiez à 100 inconnus de passer juste derrière vous. Certes, il n’y aurait aucune raison de croire qu’une de ces 100 personnes finirait par avoir la mauvaise idée de vous pousser en bas de l’immeuble, mais en contrepartie, il n’y aurait aucune raison de croire que personne ne pourrait le faire.

Eh bien, c’est comme ça que je me sens chaque fois que je vois arriver une autre voiture au loin qui s’apprête à croiser ma route à toute vitesse alors que moi aussi, je file à 90 km/h. C’est fou quand on y pense à quel point nous pouvons faire aveuglément confiance aux autres.

Tous ces gens qui, par un tout petit geste, pourraient faire basculer à jamais votre destin.

On est un système. Un tout qui réunit toutes ces cellules que nous sommes et on a tous un impact sur celles qui nous entourent ou qui croisent notre chemin.

C’est quand même fou la vie non ?