Joël Martel

«Déconnectite aiguë»

CHRONIQUE / J’ai de très mauvaises nouvelles pour Ghislain Harvey.

En effet, après avoir regardé et écouté les nombreuses entrevues qu’il a accordées aux divers médias de la région en début de semaine, c’est avec beaucoup de tristesse que j’ai décelé chez l’ex-président-directeur général de Promotion Saguenay une « déconnectite aiguë ».

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une maladie mortelle, la « déconnectite aiguë » est malheureusement incurable dans la plupart des cas.

Toutefois, plus on la diagnostique tôt et plus fortes sont les chances de pouvoir en réduire les effets. Voilà pourquoi je tiens à rassurer monsieur Harvey que la « déconnectite aiguë » dont il souffre n’aura pas été en vain. Lui qui prétend sur toutes les tribunes que son seul voeu est de servir à la cause de la société sera certainement réconforté à l’idée d’éventuellement pouvoir venir en aide à des centaines de familles qui auront aussi à négocier avec cette maladie impitoyable.

Tout d’abord, on reconnaît principalement les symptômes de la « déconnectite aiguë » par une déconnexion totale de la réalité.

Dans le cas de monsieur Harvey, vous remarquerez que les nombreuses fois où il a défendu ses juteux contrats, celui-ci a plaidé son innocence par le fait que tout le monde ferait en son possible afin de s’assurer d’avoir un contrat blindé.

En théorie, cette affirmation semble logique, mais en réalité, un « contrat blindé » relève davantage de la science-fiction pour le travailleur moyen. 

En effet, ce que monsieur Harvey semble complètement ignorer, c’est que dans le meilleur des mondes, le travailleur moyen qui se fera congédier profitera de prestations d’assurance-emploi et que pour ce faire, il devra aussi encaisser une espèce de zone tampon d’au moins deux semaines où il ne pourra compter sur aucun revenu.

Évidemment, le travailleur moyen pourrait faire en sorte de négocier son contrat afin de s’éviter de si maigres prestations en cas de congédiement, mais généralement, son syndicat aura déjà fait tout en son possible pour lui assurer les moins pires conditions et en ce qui concerne le travailleur non-syndiqué, celui-ci se contentera généralement de prendre ce qu’on lui offre, de peur de voir son siège éjectable être propulsé dans la stratosphère du chômage.

D’ailleurs, les patients atteints de « déconnectite aiguë » sont facilement reconnaissables par leur impossibilité de visualiser un concept pourtant simple qui consiste à manquer d’argent.

En fait, celui ou celle qui souffre d’une « déconnectite aiguë » pensera que « manquer d’argent » consiste simplement à ne pas avoir sur soi une pièce d’un dollar afin de la donner à l’emballeur à l’épicerie en lui disant un « Tiens, mon capitaine » bien senti.

Sinon, lors de ses entrevues, monsieur Harvey a présenté les signes d’un autre symptôme troublant de la « déconnectite aiguë » que les spécialistes nomment la « diplômite ».

Ainsi, lorsque monsieur Harvey a justifié les compétences de celle qui lui succéderait à Promotion Saguenay, il n’a pas hésité à faire étalage de ses nombreux diplômes universitaires, affirmant qu’une personne ayant fait autant d’études méritait implicitement un tel traitement de faveur. Toutefois, si monsieur Harvey ne souffrait pas de « déconnectite aiguë », il saurait certainement que de nombreux diplômés universitaires et tout autant compétents que sa successeure doivent occuper des emplois strictement alimentaires et sinon, dans l’éventualité où ils travailleront dans leur domaine, ceux-ci devront trop souvent se contenter de programmes gouvernementaux d’aide à l’emploi où ils gagneront le salaire minimum et où tout sera probablement à recommencer six mois plus tard, une fois qu’ils ne seront plus éligibles audit programme.

Maintenant, comme je vous l’apprenais en débutant ce texte, la « déconnectite aiguë » ne se guérit malheureusement pas, mais au moins, on peut en réduire les effets.

Si vous suspectez un membre de votre entourage d’en être atteint, prescrivez-lui une heure par jour de discussion avec les gens dans la vraie vie et surtout, tenez-le bien loin de la politique.

Chroniques

Mystérieuse mémoire

CHRONIQUE / On ne sait jamais vraiment ce qu’on retiendra à la fin.

Je vous dis ça, car voyez-vous, je suis vraiment fasciné par ce que notre mémoire retient.

Par exemple, alors que je peux avoir complètement oublié ce que j’ai mangé la veille au souper, je me rappelle très bien avoir mangé des biscuits au chocolat un certain soir où j’avais dormi chez mon oncle Gaétan et ma tante Francine, il y a presque 30 ans de cela.

Sinon, il m’arrive souvent de me souvenir de ce samedi après-midi où j’étais en visite chez mon père et où on avait regardé ensemble un vieux film à Télé-Métropole qui mettait en vedette Burt Reynolds. Bien que je ne pourrais pas vous raconter l’histoire du film, je me souviens très bien qu’après ça, nous étions allés au marché aux puces et comme c’était à l’époque des Aventuriers du timbre perdu, j’avais demandé au type qui vendait des timbres s’il avait celui du Bluenose et le gars avait essayé de nous vendre une espèce de reproduction de celui-ci.

Je me souviens aussi de ces matins où je cuisinais des galettes avec ma tante Gisèle et de cette fois où j’avais passé la journée chez ma tante Lise et où la télé jouait The Price is Right alors qu’elle m’avait préparé du baloney.

Ce sont comme de courtes vidéos enregistrées dans ma tête et qui refusent de s’effacer pour une raison que j’ignore complètement. 

Je vous raconte ça et ça me fait penser que récemment, lors du dernier réveillon de Noël, mon filleul me racontait se souvenir parfaitement d’une journée où j’étais allé lui rendre visite et où le jeune homme de 21 ans que j’étais s’était amusé à reconstituer avec lui les tragiques événements du 11 septembre à l’aide de blocs Lego et de camions de pompier.

C’est plutôt frappant, car pour ma part, je me souviens très bien que j’avais alors jugé que je serais certainement le seul à me souvenir de ça et que ça n’aurait aucun sens pour lui, étant donné qu’il avait à peine 3 ans.

Maintenant, je vais vous avouer que sur le coup, ça m’avait plutôt amusé d’apprendre qu’il avait conservé ce souvenir, mais par la suite, ça m’a plongé à nouveau dans cette réflexion étourdissante qui consiste à comprendre pourquoi on retient certains trucs alors que d’autres trucs qui auraient dû être marquants ou importants finissent tranquillement par s’effacer.

D’ailleurs, j’avance ici qu’ils s’effacent, mais en fait, peut-être ne font-ils que se scléroser, un peu comme un muscle qui n’est plus sollicité et qui ne demande qu’à être réveillé à nouveau.

Peut-être que tous ces souvenirs n’attendent que d’être stimulés à nouveau par un parfum, un goût, une image ou un son, ce qui nous ramène une fois de plus vers les fameuses réminiscences de Marcel Proust ?

Une chose est certaine, c’est que de toute évidence, nous n’avons aucunement une emprise sur ce qu’on mémorise ou non. Évidemment, j’ose imaginer qu’il y a scientifiquement une explication qui nous aiderait à comprendre cette étrange sélection, mais à défaut d’en avoir une, il ne faut donc jamais perdre de vue que nous faisons partie d’un immense film où tout un chacun retient diverses bribes.

À cet effet, j’avais jadis pensé mener une expérience il y a quelques années où je souhaitais réunir quelques auteurs lors d’une soirée afin que le lendemain, ils livrent tous et toutes une espèce de compte-rendu de la veille.

Ainsi, je souhaitais voir ce que tout un chacun avait retenu de la soirée, sur quoi ceux-ci avaient porté attention et sinon, à quel point leur perception avait donné un sens différent à leurs souvenirs.

Bien que je n’aie jamais concrétisé ce projet, il reste que j’y repense parfois et honnêtement, ça ferait vraiment mon affaire que quelqu’un y ait déjà pensé et l’ait déjà fait. 

Bref, tenez-moi au courant si ça existe déjà, j’en serais ravi d’en découvrir les détails.

En attendant, je vais terminer de lire Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, en continuant de m’étonner du fait qu’on ait pu concentrer tous ces siècles d’histoire dans si peu de pages.

Joël Martel

Le Joël du futur

CHRONIQUE / Je vais vous faire une petite confidence : je crois que je suis en train de traverser ma crise de la quarantaine.

Le truc, c’est qu’au moment où je vous écris ces lignes, je m’approche dangereusement du jour où il ne me restera exactement que deux ans avant de franchir ce cap.

Maintenant, je vous donne peut-être l’impression d’être une tragédie grecque sur deux pattes, mais soyez rassurés, je vis beaucoup mieux ça que lors de ma crise de la trentaine.

Alors hop, ça ressemble à quoi une crise de la quarantaine ?

Eh ! bien !, le premier symptôme que j’ai identifié est plutôt éloquent. Voilà donc que depuis déjà 6 mois, je suis constamment convaincu que j’aurai 40 ans lors de mon prochain anniversaire, alors que c’est 38 ans que j’aurai. J’imagine qu’il s’agit là d’une ruse de mon cerveau afin que l’atterrissage se fasse plus en douceur au moment venu.

Sinon, comme dans toute situation de « crise », j’en suis à analyser les avenues qui s’offrent à moi dans le futur et bien entendu, tout ça est accompagné de questionnements très clichés comme « Suis-je vraiment heureux professionnellement ? », « Est-ce que je m’accomplis à ma juste valeur ? » et bien sûr, ma question préférée qui m’accompagne depuis une bonne vingtaine d’années « Suis-je un raté et si oui, à quel point ? ».

D’ailleurs, il y a cet exercice que j’essaie de faire le plus régulièrement possible et qui consiste à m’imaginer ce que le jeune Joël idéaliste des années 90 se dirait du Joël qui doit maintenant faire de l’exercice parce que « tsé, faudrait pas que le cœur me lâche tout de suite ».

Tout d’abord, il serait certainement déçu d’apprendre que ses rêves de célébrité et de gloire ne se sont pas vraiment concrétisés. Non, jeune Joël, le Joël du futur n’a toujours pas son émission de ligne ouverte pendant la nuit à la radio et il n’est pas animateur d’une émission de télé débile où « des gens font des gags pas si drôles que ça, mais câline que ça me fait toujours rire pis je sais pas pourquoi ». Et puisque tu es déjà en train d’encaisser le choc jeune Joël, le Joël du futur n’est pas riche du tout.

Et puis hop, quand même que je lui expliquerais que dans le futur, il aura une amoureuse qu’il aimera à la folie et un garçon qui lui fera battre le cœur si fort que ça en fera mal des fois, le jeune Joël sera probablement déjà allé se faire voir ailleurs.

Je vous le dis, chaque fois, c’est un exercice amusant à faire et chaque fois, j’espère sincèrement que le prochain Joël du futur trouvera le Joël d’aujourd’hui un peu con. 

Alors juste question de rigoler, voici ce que j’espère que le Joël du futur pourra me dire. Tout d’abord, ça serait très cool qu’il soit toujours en vie. Même que je vais pousser ma chance, mais ça serait très apprécié qu’il soit en bonne santé.

Sinon, je souhaite grandement que le Joël du futur ne soit pas un gars amer et désillusionné. Raisonnable, pourquoi pas ? Mais pas un de ces types qui brisent les rêves de tout le monde parce que « c’est pas comme ça que ça fonctionne dans la vraie vie ».

J’aimerais aussi que ma blonde et mon gars soient fiers du Joël du futur et qu’ils ne soient pas obligés de chuchoter quand ils parlent de moi quand je suis dans les environs.

Et puis hop !, je serais vraiment ravi d’apprendre que le Joël du futur a plus de temps à lui et qu’il ait trouvé une ruse pour ne pas se sentir comme la pieuvre qui parle dans quatre téléphones différents en même temps.

Je vous dis tout ça et ça me fait penser à un type que j’ai vu par hasard en zappant à la télé l’autre fois. Le type qui s’occupait d’une espèce de bistrot racontait que jusqu’à 25 ans, les garçons ne pensaient qu’à ce qu’il y a entre les jambes des filles ou des garçons. Puis, qu’à partir de 75 ans, on risquait fortement de partir en vrille. Ainsi, nous n’avions que 50 ans pour réussir sa vie.

En partant de cette théorie, j’ai encore 37 ans devant moi pour faire quelque chose de cette existence. Ça ne presse pas encore, mais la pente va toujours en s’accélérant.

Une chance que je préfère marcher que de courir.

Chroniques

Patrons: travaillez ou fermez!

CHRONIQUE / Ceux et celles qui lisent régulièrement cette chronique savent certainement que je serais sans aucun doute le pire des politiciens. Bon, peut-être pas le pire quand même, mais je serais assurément l’exemple même du politicien qui excelle dans l’art des FBI, ou si vous préférez, les fausses bonnes idées.

Il reste que les fausses bonnes idées n’ont pas que du mauvais et que lorsqu’on les partage, on peut parfois en tirer quelque chose de constructif.

Maintenant, vous me voyez sûrement arriver de très loin avec mes bottes de ski qui font un gros « pak-pak » chaque fois que je pose un pied sur le sol et vous ne vous trompez pas : j’ai justement une fausse bonne idée à vous partager.

Alors voilà, cette FBI m’est venue à l’esprit le 31 décembre alors que je devais aller acheter quelques bières en vue de la soirée de festivités qui m’attendait.

J’étais en train de jaser avec l’employée du dépanneur à propos de l’heure où elle serait libérée afin qu’elle puisse elle aussi profiter de la veille du jour de l’An lorsque ça m’a frappé : « Si j’étais premier ministre, je ferais immédiatement voter une loi qui obligerait tous les patrons à bosser lors des jours fériés. »

Et là, quand je dis bosser, je ne vous parle pas de dire à ses employés : « S’il y a une urgence, je suis joignable en tout temps. »

Non, non, non. Tu veux faire du fric pendant que tout le monde devrait passer un moment en famille ou avec ses proches ? Ben travaille bonhomme. Installe-toi derrière ta caisse et encaisse les commentaires débiles des clients qui trouvent ça plate que toi, tu ne puisses pas avoir un break dans la vie.

Tu veux passer un Noël ou un jour de l’An avec ceux et celles que tu aimes ? Ben choisis bonhomme. Ferme ton magasin ou ta shop pendant la journée et apprends à décompresser. Si les Allemands et les Anglais ont réussi à faire la trêve en 1914 pour célébrer Noël, j’imagine que le monde pourrait continuer à tourner même si personne ne peut se prendre un café pour emporter le 1er janvier à 2 h du matin.

Je me souviens qu’à une autre époque, j’avais travaillé pendant la nuit de Noël dans un club vidéo et tout ça, pour servir quatre ou cinq clients. De fait, même si nous disions à nos patrons que ça serait mort, ceux-ci nous disaient : « Il ne faut jamais cracher sur une cenne ». Non mais est-ce que c’est moi qui a une maladie mentale ou bien est-ce que j’ai raison de croire que cette obsession pour le fric des hommes d’affaires frôle justement la maladie mentale ?

Je veux bien comprendre que les services essentiels comme la santé ou la sécurité publique doivent assurer une présence en tout temps, mais c’est quoi ce délire d’avoir peur de manquer la moindre opportunité de fric alors qu’on baigne déjà dans ça à l’année longue ?

Et surtout, n’est-ce pas là la démonstration ultime du mépris des employeurs à l’égard de leurs employés ? C’est quoi, ça ne vous tente pas une fois de temps en temps de faire semblant à vos employés que vous vous souciez un peu d’eux et qu’à vos yeux, ils ne sont pas que des vulgaires numéros ?

Certes, vous leur offrez un salaire, mais saviez-vous qu’il est prouvé qu’un employeur gagne beaucoup plus à être généreux et empathique envers ses employés au lieu de les traiter comme du bétail ? Un employé qui sent qu’on prend soin de lui aura envie de s’investir, car il aura l’impression de faire partie d’un tout. Il risquera beaucoup moins de vous en passer une ou de vous plonger dans l’embarras. 

À titre d’exemple, à une époque où ce journal était mon employeur principal, j’ai déjà eu à travailler lors des jours fériés et j’ai souvenir qu’on prenait le soin de nous faire quelques attentions. Ce n’était pas la mer à boire, mais ça faisait sincèrement toute la différence. J’en garde même des bons souvenirs.

Mais bon, tout ça, c’est du vent à la fin, parce que tant qu’on mettra sur un piédestal des types comme le grand boss de Couche-Tard qui s’obstine à payer ses employés le moins cher possible, on continuera à envoyer comme message aux plus nantis de la planète que les gens comme vous et moi, les simples travailleurs, sommes leurs esclaves.

Qui sait, le vent tournera peut-être un jour ? Je paierais pour voir ça.

Chroniques

La quête du pain idéal

CHRONIQUE / Ça va bientôt faire 15 ans que je suis avec mon amoureuse. Je vous en ai déjà parlé, mais bon, elle a un don incroyable pour me dire chaque année ce qu’elle va m’offrir pour Noël. Que voulez-vous, c’est plus fort qu’elle.

Voilà donc que cette année, ma belle Julie s’apprêtait à réussir l’impossible, car à quelque chose comme dix jours avant Noël, j’ignorais toujours ce qu’elle me donnerait.

Et puis hop, par un bel avant-midi d’hiver, il y a cette grosse boîte contenant une machine à pain qui a été livrée devant la porte.

Vous devinerez donc que cette année, pour Noël, mon amoureuse m’a offert une machine à pain.

Ainsi, depuis un peu plus d’une semaine, j’ai une nouvelle quête dans la vie : cuisiner le pain idéal.

Alors qu’il y a deux semaines à peine, j’ignorais totalement qu’est-ce qu’on pouvait bien mettre dans du pain, j’en suis maintenant à me surprendre à méditer régulièrement à propos de la quantité idéale de farine et de levure que je pourrais utiliser pour accomplir ce nouvel objectif de vie.

J’irais même jusqu’à dire qu’il y a presque quelque chose de poétique ou de romantique dans tout ça, car cet ingrédient qui me semblait autrefois si banal est désormais à mes yeux une véritable forme d’art.

Maintenant, au risque de vous donner l’impression que je me transforme en espèce d’adepte du retour à la terre, je vous dirai quand même qu’en cuisinant son propre pain, on prend soudainement conscience de la complexité d’un tas de trucs qu’on tenait jusqu’ici pour acquis.

Ça m’avait fait le même feeling le jour où j’avais cuisiné mes propres cretons. J’étais là à les observer dans leur petit contenant et j’étais probablement autant excité qu’un alchimiste qui serait parvenu à changer de l’argent en or.

Sinon, il y a un autre truc qui m’a grandement fasciné depuis que je suis devenu un apprenti boulanger et il s’agit de cette culture Web des recettes. Ça m’a frappé, hier soir, alors que je me promenais de site en site et de recette en recette.

Tout d’un coup, j’ai réalisé que certaines recettes écrites par des quidams comme vous et moi avaient fini par se tailler une place bien au-dessus de toutes les autres recettes. Par exemple, je pense ici à cette recette proposée par une certaine Diana Penning qui a été approuvée par plus de 700 internautes et qui, par la force des algorithmes, s’est imposée comme l’une des recettes de pain maison les plus populaires lorsqu’on effectue une recherche sur Google.

Se pourrait-il que dans un avenir rapproché, cette recette devienne une espèce de standard pour tous ceux et celles qui tenteront la même aventure que moi ?

Et si on anticipe davantage, serait-il envisageable qu’en 2400, nos arrières-arrières-arrières (x 50) — petits-enfants se basent encore sur la recette de Diana Penning et, qui sait, que cette femme soit devenue dans l’imaginaire une espèce de divinité du pain maison ?

Évidemment, je déconne légèrement en vous racontant cela, mais il reste que malgré toutes les innovations technologiques, il y a des trucs qui ne changent pas beaucoup à travers les siècles et j’ose imaginer que le pain en fait partie.

Une chose est certaine, c’est que plusieurs autres gros défis m’attendent avec cette machine à pain.

Une fois que j’aurai trouvé la recette de pain idéal, que j’imagine comme étant une espèce d’imitation du célèbre pain Roger de Saint-Fulgence, je m’attaquerai ensuite à trouver une bonne recette de pain aux raisins, puis un pain chocolaté.

Maintenant, si je pouvais voyager dans le temps et me rendre visite à moi-même alors que j’étais encore un jeune homme et que j’avais la vie devant moi, je me dirais : « T’inquiètes surtout pas bonhomme, ton futur sera palpitant. Mais t’excite quand même pas trop parce que ça n’a vraiment rien à voir avec ce que tu t’imagines. »

Qui sait, peut-être que dans 15 ans, je serai devenu un adepte du tricot ou de la mécanique ? De toute façon, je ne croirais même pas le Joël du futur s’il venait m’en parler.

Joël Martel

Il vit en moi

CHRONIQUE / Je le sens vivre en moi.

Il se propage dans mon torse, mais surtout, il est là, quelque part entre ma gorge et mes sinus.

Mais de quoi s’agit-il?

Est-ce l’Esprit saint? Est-ce de l’amour? Est-ce le courage?

Non. Juste un début de rhume, mais croyez-moi, il ne sera pas jojo si je me fie à ce que mon amoureuse a traversé dans les derniers jours.

Alors hop, qu’est-ce qu’on peut faire quand ça nous prend? 

Eh bien!, soyons réalistes et disons qu’en fait, j’ai déjà perdu le combat et que la seule marge de manoeuvre sur laquelle j’ai encore un peu d’emprise, c’est la dignité avec laquelle je mènerai cette longue défaite.

D’ailleurs, il y a plusieurs écoles de pensées quant à « comment combattre un rhume ».

Il y a les durs de durs qui décident de « néyer » leur grippe en buvant de l’alcool fort, mais comme je dois une grande partie de mes talents d’acteur à l’art de camoufler à ses amis qu’on va peut-être dégobiller après un seul shooter, ça s’annonce mal pour noyer cette grippe.

En fait, au rythme où je bois (mes amis à l’adolescence avaient même inventé un terme pour qualifier des petites gorgées qu’ils appelaient affectueusement « des petites Joël »), je l’arroserais davantage que je mettrais son existence en danger. Et plus j’y pense, en l’arrosant ainsi, je risquerais seulement de donner l’impression à mon rhume que je veux faire copain-copain avec lui et le garder auprès de moi pour les années à venir.

Évidemment, il y a aussi l’école du bon élève. Ça, c’est l’école du gars qui a justement tout lu les articles à sa disposition sur les façons de tuer un rhume efficacement et qui va alors s’hydrater de façon compulsive tout en maximisant tout son temps libre en le dédiant au sommeil.

Ici, je tiens à spécifier que pour avoir expérimenté cette stratégie il y a un an ou deux, ça s’était révélé plutôt efficace, or au beau milieu du temps des Fêtes comme ça, c’est là une option presque impossible à envisager.

Sinon, il y a aussi l’école des trucs de grand-mère. À cet effet,  Vanessa, la coanimatrice de La vie en général (ça, c’est le podcast que je coanime et oui, vous pouvez m’accuser de plogue gratuite), nous apprenait récemment dans une chronique qu’un moyen efficace de tuer un rhume était de s’insérer une gousse d’ail à un endroit très intime que les hommes et les femmes possèdent. Deux indices: c’est un orifice et ce n’est pas la bouche.

Mais bon, outre la manoeuvre qui pourrait rebuter bien des gens, il y a aussi le fait qu’il semble que cette méthode fait en sorte que vous vous transformez en véritable pain à l’ail ambulant pendant deux jours et dans la liste des choses en lesquelles je ne souhaite pas vraiment me transformer, disons que le pain à l’ail est probablement dans le top-10.

Alors que reste-t-il? Eh oui… La stratégie de la grippe d’homme. Et là, n’allez surtout pas croire que je me suis trompé en transformant soudainement un simple rhume en grippe d’homme. Et puisqu’on en parle, oui c’est limite sexiste de croire qu’il existe une grippe plus difficile à supporter qui est pratiquement réservée aux hommes, mais disons que c’est du sexisme inversé. 

Le truc, c’est qu’une grippe d’homme, ce n’est qu’un rhume maltraité et mal traité. Un rhume qui a gagné en importance en raison de la négligence de son hôte. Et cette négligence, par quoi est-elle causée? En grande partie par cet orgueil masculin. Le même qui nous fait prendre des décisions ridicules aux conséquences tout autant ridicules. Cet orgueil nourri par des pulsions primitives qui nous poussent à vouloir démontrer que nous sommes au-dessus de tout.

Alors voilà. Pour les prochains jours, je vais affronter la bête. Certes, je pourrais dormir et me reposer. Mais bon, j’aime mieux démontrer à mes proches que je suis fort et que ce n’est pas une petite grippe d’homme qui va m’empêcher de célébrer la fin de l’année plutôt que d’être le gars qui a dû rester à la maison parce qu’il a un rhume.

Maintenant, que le combat débute.

Chroniques

Soyons attentifs à l'amour

CHRONIQUE / J’ai déjà pas aimé le temps des Fêtes.

C’est arrivé dans la vingtaine, je crois. Le truc, c’est que ma vingtaine a été en quelque sorte une extension de mon adolescence, mais sans les avantages associés à cette époque.

Tout d’abord, j’avais officiellement débuté « ma vie d’adulte » et ainsi, l’époque où « congé du temps des Fêtes » rimait avec « plusieurs semaines de congé » était bel et bien révolue. Et puis hop, en plus de ne plus avoir l’âge de recevoir des cadeaux cools, la seule constante que je suis arrivé à maintenir pendant ma vingtaine, ça aura été de garder mon compte en banque pratiquement en permanence dans le négatif.

En d’autres mots, le temps des Fêtes devenait donc une double source d’anxiété pour le jeune homme que j’étais. D’un côté, je n’avais pas une cenne pour offrir des cadeaux dignes de ce nom à ceux et celles que j’aimais, mais en plus, je devais affronter les nombreuses discussions où mes cousins et cousines parlaient de leurs avantages sociaux, de leurs acquisitions, de leurs voyages, de leurs jobs respectables et généralement très payantes, de leurs projets de rénovation et tout le tra la la.

Ici, qu’on se comprenne, personne ne faisait ça de mauvaise foi pour me faire sentir poche, mais comme je suis un peu orgueilleux, je voyais cela comme un miroir qui me confrontait à mes choix professionnels qui ne faisaient que me mener vers des destinations hasardeuses. La suite, elle est plutôt convenue, mais comme me le faisait remarquer quelqu’un récemment, les clichés, ça existe parce que ce sont des trucs qui arrivent plus souvent. Alors voilà, ce que j’appelle la Prophétie de Greg s’est produite. Ça, c’est un truc que mon vieil ami Grégory m’avait dit lors de ma vingtaine, alors que j’étais habité par cette impression que je ne revivrais plus jamais cette sensation de la première fois : « Ne désespère pas cher ami, tu revivras plusieurs de ces premières fois à travers les yeux de tes enfants. »

Ainsi, comme je vous disais, c’est plutôt convenu, mais bon, dès que Charlot est arrivé dans ma vie, j’ai recommencé à aimer le temps des Fêtes. Tout d’un coup, je n’en avais plus rien à cirer des vies extraordinaires des autres, car la mienne était soudainement devenue magique. Le fric, le travail et tout le reste ? Rien à cirer non plus, car j’avais maintenant le meilleur des boulots : père de Charlot. Les cadeaux ? Eh bien ! , on n’aura jamais reçu autant de cadeaux cools que lors des premières années de Charlot et puis je n’avais même pas à me creuser la tête pour en trouver pour ceux et celles que j’aimais, car la seule présence de mon fils en était un en soi. Et au-delà de tout ça, l’arrivée de Charlot m’avait fait réaliser un truc pas possible : le bonheur, celui que je n’osais même plus espérer, il était déjà là tout autour de moi. Dans le regard affectueux de ma famille, dans les éclats de rire qu’on partage entre deux anecdotes, dans ces lointains souvenirs qui refont surface à travers nos cousins et cousines et même dans les petits drames des neveux ou nièces qui ne veulent pas aller se coucher même s’ils dorment debout. Maintenant, n’allez surtout pas croire que je vais vous servir une bonne platée de morale en vous disant qu’il faut absolument aimer le temps des Fêtes. On a le droit de ne pas aimer ça et comme vous avez pu le constater, les raisons peuvent être multiples. Toutefois, ce n’est pas parce qu’on n’aime pas le baloney qu’on est obligé d’aller à l’épicerie et de demander au boucher de le sortir du présentoir afin de lui donner un coup de poing.

En d’autres mots, j’aimerais seulement vous encourager à profiter de ce moment pour être attentif à l’amour. Oui, je sais, c’est quétaine en sapristi. Or, on passe l’année à se faire répéter qu’il faut réussir dans la vie, qu’il faut bouffer les autres avant qu’ils ne vous bouffent et à se faire influencer par le pouvoir à se diviser, alors pourquoi ne profiterions-nous pas de cette période de l’année pour nous aimer et nous unir.

Faut croire que je vieillis, car c’est maintenant là à mes yeux la meilleure façon de dire au système de nous sacrer patience. 

Alors soyons donc punks un peu et donnons de l’amour.

Joël Martel

Rêver en couleurs ou en noir et blanc?

CHRONIQUE / Depuis que je suis tout petit, donc depuis l’époque des dinosaures, vous savez, cet ancien temps où l’on devait se téléphoner et où on devait aller au club vidéo pour se louer des films, les jeux vidéo ont souvent eu mauvaise presse.

En effet, les jeux vidéo ont eu le dos large et on leur a attribué bien des malheurs. 

Par exemple, on a souvent raconté qu’ils rendaient violent et qu’ils contribuaient à créer des futurs tueurs et tout le tra la la.

Maintenant, comme je ne suis pas spécialiste en la matière, je me contenterai simplement de vous dire que je suis un joueur actif depuis longtemps et que, jusqu’ici, je suis toujours parvenu à faire la différence entre la réalité et les jeux. Ainsi, je n’ai pas encore tué personne et je ne compte pas non plus sombrer du côté obscur de la force.

Or, je serais de mauvaise foi si je vous disais que les jeux vidéo sont sans conséquence négative. D’ailleurs, les déficits de sommeil dont je souffre à l’occasion peuvent très bien en témoigner. Et puis hop, on pourrait aussi se donner des cauchemars en traitant des problèmes de dépendance associés à certains jeux en ligne, mais bon, mieux vaut visionner l’excellent (et très difficile) documentaire d’Alexandre Tailler intitulé Bye qui traite notamment de ce sujet.

Alors voilà, aujourd’hui, je désirais seulement vous partager deux informations hallucinantes que j’ai apprises en jouant à un incroyable jeu intitulé Persona 5.

En premier lieu, saviez-vous que tout l’or du monde qui a été extrait jusqu’ici pourrait entrer dans un peu plus de trois piscines olympiques ?

En fait, pour être très précis, Forbes estime que 3,27 piscines olympiques pourraient suffire.

Maintenant, je ne sais pas quel effet ça vous fait, mais en ce qui me concerne, c’est là le genre d’information qui me donne carrément le vertige.

On dirait que, tout d’un coup, en imageant clairement la quantité d’or extraite depuis des milliers d’années, on réalise soudainement pourquoi cet élément est si précieux aux yeux des humains. 

En même temps, c’est plutôt difficile à croire, compte tenu de tout cet or qu’on voit ici et là sur des bijoux ou même des ustensiles, mais si Forbes le confirme, je veux bien y croire.

Sinon, la deuxième information qui m’a complètement sidéré concerne les rêves.

Alors vous êtes tous prêts à subir un choc ?

Saviez-vous qu’avant l’arrivée de la télévision en couleurs, les humains rêvaient principalement en noir et blanc ?

Oui oui.

Ce ne serait qu’à partir de l’arrivée de la télévision en couleurs que les humains auraient recommencé à rêver en couleurs.

Ici, qu’on se comprenne bien, au moment où je vous écris ça, j’ai encore de la difficulté à y croire.

Toutefois, les rares recherches sérieuses effectuées à ce sujet tendent à prouver cette théorie.

Selon L’Obs, un chercheur américain du nom d’Eric Schwitzgebel aurait démontré que les humains rêvaient généralement en couleurs, et ce, jusqu’au vingtième siècle.

Ce serait donc à partir de l’arrivée de la télévision que la population aurait soudainement commencé à rêver en noir et blanc.

Puis, une fois que la couleur serait arrivée sur nos petits écrans, voilà que nos rêves seraient revenus en Technicolor. D’ailleurs, j’étais très fier de ma métaphore, puis j’ai ensuite découvert que l’expression avait justement vu le jour à cette époque en réaction à cette nouvelle émergence de rêves en couleurs.

J’aimerais bien vous dire aussi que j’avais finement prémédité la structure de cette chronique, mais en toute franchise, c’est un pur hasard.

Je vous dis ça, car voyez-vous, les recherches récentes démontrent que le format dans lequel nous rêvons est maintenant influencé par les jeux vidéo et en partie par Internet.

Alors hop, la prochaine fois qu’on vous dira que les jeux vidéo sont une perte de temps, vous n’aurez qu’à répondre : « Eh ! ben ! Dis-moi qu’est-ce qui est apparu en même temps que la télé en couleurs? »

Puis, une fois que votre interlocuteur déclarera forfait, vous n’aurez qu’à lui répondre : « Si tu jouais aux jeux vidéo, tu l’aurais su. »

Chroniques

Remettre au suivant

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, il y avait cette femme à la caisse à l’épicerie qui avait une montagne d’articles à emballer. Alors que j’étais un peu plus loin dans la file, j’ai cru comprendre que ces articles étaient destinés à être donnés à des familles dans le besoin.

J’ai donc surmonté ma légendaire timidité et j’ai interpellé la dame pour lui demander si elle avait besoin d’aide pour transporter ces nombreux sacs, puis elle m’a gentiment répondu qu’elle attendait justement un ami qui allait arriver d’une minute à l’autre. 

Peut-être aussi qu’elle a cru que j’étais un brigand qui tentait subtilement de la piéger pour lui dérober ses emplettes. Bref.

Alors voilà, ce fut mon premier échec de bonne action de Noël, mais vous me connaissez et je n’ai surtout pas l’intention de m’arrêter là.

Ainsi, je me sers aujourd’hui de ma tribune pour vous inspirer en cette période de Noël.

Comme vous l’avez peut-être appris au cours des derniers jours, la chaîne d’épicerie Loblaws a dû s’engager à remettre une carte-cadeau de 25 dollars à tous ceux et celles qui auraient acheté du pain dans leur établissement. Le truc, c’est qu’il semblerait que plusieurs chaînes d’alimentation auraient volontairement fixé les prix dans le secteur de la boulangerie et maintenant que le pot-aux-roses a été découvert, celles-ci espèrent se faire pardonner.

Donc du 8 janvier au 8 mai 2018, ceux et celles qui voudront réclamer leur carte-cadeau n’auront qu’à remplir un court formulaire en ligne à cette fin.

Là, si jamais vous étiez en train de vous demander quel est le lien avec ce que je vous racontais en début de chronique, c’est pas mal à partir d’ici que vous allez tout comprendre.

Aussi, j’aimerais préciser que ce que je vais vous proposer n’est pas une idée sortie tout droit de ma tête. J’ai vu passer ça ici et là sur les réseaux sociaux et comme la proposition m’a énormément plu, je me suis dit qu’en en parlant ici, peut-être que ça enverrait un signal positif à cet effet.

Alors c’est quoi cette idée?

Eh! Bien!, comme en théorie, à peu près tout le monde est éligible à ce programme de dédommagement, pourquoi n’en profiterions-nous pas afin de détourner une partie de ces cartes-cadeaux afin qu’elles se rendent directement aux familles et aux personnes dans le besoin?

En ce qui me concerne, bien que je ne sois pas du tout riche et que ce n’est pas demain la veille que vous me verrez parader avec un chapeau haut-de-forme et un monocle comme le gars de Monopoly, je me dois de vous confier que je ne compte pas du tout sur cette carte-cadeau de 25 dollars pour boucler une fin de mois l’an prochain.

Toutefois, je me considère comme étant très privilégié et chanceux de bénéficier de cette tranquillité d’esprit. Pour avoir longtemps survécu avec quelques dollars en poche, je suis très conscient de cette chance et ce qui est le plus terrifiant, c’est que ça peut s’oublier très rapidement. 

Alors hop, je me répète, mais pourquoi tous ceux et celles qui jouissent aussi de ce privilège ne profiteraient-ils pas de cette carte-cadeau afin de la détourner vers ceux et celles qui sont dans le besoin?

Parce que lorsque le compte de banque est dans les trois chiffres, et que ça inclut la virgule des sous, une carte-cadeau de 25 dollars peut faire toute la différence.

Maintenant, je sais que des discussions en ligne laissent entendre que des regroupements en ce sens pourraient voir le jour dans les prochaines semaines et si jamais j’en entends parler, j’essaierai de vous en glisser un mot.

Et pour l’instant, si jamais un membre de votre famille vous parle de cette carte-cadeau pendant le temps des Fêtes, demandez-lui donc pour le fun si il en a vraiment besoin?

Parce qu’économiser et être un consommateur responsable, c’est bien beau, mais savoir en faire profiter ceux et celles qui en ont besoin, ça, la société en a vraiment besoin.

Sur ce, joyeuses Fêtes et joyeux Noël à tous les lecteurs et les lectrices!

Beaucoup d’amour et le reste suivra bien.

Chroniques

Le génie de faire rire

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, lors de l’excellente émission de radio La Sphère, voilà qu’on découvrait que d’ici peu de temps, le rire ne serait peut-être plus le propre de l’homme. En effet, tout porte à croire que l’intelligence artificielle semble bien décidée à s’approprier ce trait d’esprit si difficile à décrire.

Puis, alors que je déambulais dans les rues glaciales et désertes d’Alma en écoutant cet épisode, un vieux souvenir m’est revenu à l’esprit. Pour être bien franc avec vous, ça m’a vraiment fait bizarre de soudainement me rappeler de ça.

Maintenant, il est très probable que je vous aie déjà glissé un mot à ce sujet, mais bon, aujourd’hui, on va surfer là-dessus.

Voilà donc que lorsque j’étais enfant, je rêvais de devenir un jour humoriste. Depuis ma toute première allocution devant la classe, en première année, où j’étais parvenu à soutirer un fou rire de la part de mes camarades d’école, j’étais devenu littéralement accro à ce feeling qui m’habitait chaque fois que je faisais rire.

Alors hop, par un éclair de génie pas possible, une de mes enseignantes au primaire avait décidé de m’attribuer les dernières minutes de chaque semaine afin de présenter un numéro humoristique devant ma classe. J’ose qualifier cela de génial, car comme j’avais chaque semaine de 5 à 10 minutes de sketches à présenter, je devais économiser mes blagues pour en avoir suffisamment lors de mon spectacle hebdomadaire. Ainsi, au moins une dizaine de fois par jour, je devais retenir des blagues qui, dans l’éventualité où elles auraient créé l’hilarité de la classe, aurait dérangé tout le monde. Du coup, c’était une situation « gagnant-gagnant » pour tout le monde, car pendant la semaine, je ne dérangeais pas qui que ce soit, et puis on savait qu’on finirait la semaine à se la couler douce.

Ç’a duré comme ça de ma troisième année jusqu’à la toute fin de mon primaire.

Or, j’avais failli tout arrêter en cinquième année, car j’avais soudainement ressenti la peur que ma « réputation d’humoriste » me condamne à être perçu à jamais comme un simple idiot.

Je me souviens très bien que c’était en cinquième année, car si j’ai continué à faire des blagues, c’est à cause de ce que ma prof Denise Falardeau m’avait dit.

Ici, plus de 25 ans après cela, j’ose me demander où elle avait bien pu trouver une telle information, mais Denise m’avait répondu ainsi quant à mes inquiétudes : « Joël, si des gens te trouvent idiot parce que tu es drôle, ce seront eux les idiots, parce que la science est convaincue que l’humour est un des plus grands signes d’intelligence. »

C’est fou, car je me souviens encore exactement de cette sensation de fierté qui m’avait alors habité. Je me revois encore sortir de la classe tout enorgueilli.

D’ailleurs, ce qui est encore plus drôle dans tout ça, c’est que l’humour est souvent vraiment mal vu dans les professions qui nécessitent un bon cerveau. Et pourtant, on gagnerait à inverser cette façon de penser.

Par exemple, quand mon dentiste se permet une blague ou deux avant de me réparer une dent, non seulement ça me détend, mais ça envoie un message à mon subconscient : « Si ce gars a l’esprit à la blague, c’est qu’il se sent en confiance et qu’il n’y a aucun pépin à l’horizon. »

Sinon, je ferais certainement plus confiance à un avocat capable de rigoler qu’à un avocat doté d’une importante réputation, mais qui n’est pas foutu de rigoler ne serait-ce qu’une seconde ou deux. « Au moins, si mon procès ne va pas bien, il réussira peut-être à faire rire les jurés », que je me dirais.

Alors voilà, est-ce qu’intelligence et humour sont intimement liés à ce point ? En ce qui me concerne, j’y crois absolument.

Et enfin, oui, j’ai très hâte que Siri, l’intelligence artificielle qui sommeille dans mon téléphone, parvienne à me faire rigoler. Ça voudra peut-être dire qu’elle sera alors assez intelligente pour me dire : « Hey Joël, va donc rigoler avec tes vrais amis à la place ! »