Joël Martel

Le paradoxe de la vraie vie

CHRONIQUE / À une époque où on peut avoir accès à presque tout en restant confortablement installé sur son divan, sortir de la maison pour aller vivre la vraie vie peut rapidement prendre des allures d’épopée.

Je jasais justement de ça en revenant de Jonquière avec mon amoureuse, lundi soir.

Pour ma part, ce jour-là, j’arrivais d’un périple plutôt mouvementé à Québec et Montréal et, pendant ce temps, mon amoureuse avait dû mettre les bouchées doubles étant donné son rôle temporaire de mère monoparentale. De plus, nous avions tous les deux eu une journée de travail plutôt chargée et, bien sincèrement, si nous avions écouté notre premier « feeling », nous serions probablement restés à la maison, prétextant que nous étions brûlés.

Mais le truc, c’est que des vieux amis à nous, le duo humoristique Les Pic-Bois, étaient de passage dans la région et ça aurait été tout simplement inadmissible qu’on ne s’y pointe pas le bout du nez.

De plus, mon vieux pote Guillaume Boldock faisait la première partie et, depuis qu’il a quitté la région pour tenter sa chance dans le 514, les occasions pour se voir sont beaucoup plus rares.

Alors hop, lundi, en fin de journée, on s’est fouetté et on a appelé ma maman à la rescousse pour qu’elle vienne garder notre héritier pendant notre absence et, à 19 h, nous partions en direction de Jonquière.

Si nous étions restés sagement à la maison, je serais allé border mon fils, j’en aurais profité pour faire une mini-sieste d’une vingtaine de minutes pour recharger mes batteries, puis je serais redescendu en bas pour discuter avec mon amoureuse. Je serais ensuite allé marcher et je me serais affairé pendant le reste de la soirée à bidouiller des trucs en musique ou à jouer aux jeux vidéo.

Or, puisque nous avions décidé de partir à l’aventure, on a pu avoir deux discussions très cools, mon amoureuse et moi. Tout d’abord en se rendant à Jonquière et puis après, au retour où nous nous sommes émerveillés des meilleurs moments du spectacle tout en rigolant un bon coup.

Sinon, dès notre arrivée à Jonquière, on a rencontré plusieurs amis qui s’y étaient rendus et puis j’ai même piqué un brin de jasette avec la jusqu’ici très mythique maman de Boldock. Une chouette dame décidément !

Évidemment, tout ça peut sembler banal, mais c’est fou à quel point le confort et la technologie nous tiennent parfois loin de la vraie vie.

Certes, la vraie vie se limite souvent à des discussions, des échanges et quelques fous rires, mais surtout, elle laisse des traces dans notre mémoire qui survivront sans aucun doute à toutes ces soirées passées en tête avec Netflix ou celles à se faire bombarder de publicités débiles entre deux quiz télévisés tout aussi débiles.

Le paradoxe

Alors que je viens de vous dire que la technologie nous tient parfois loin de la vraie vie, la suite de cette chronique risque fort bien de vous sembler paradoxale.

Il y a quelques jours, je faisais enfin la rencontre de Sam.

J’ignore depuis combien d’années on échange tous les deux, mais bon, il arrive régulièrement que le soir, lorsque je pars marcher, Sam et moi, on s’appelle et on parle de musique et de la vie. 

Parfois, Sam m’appelle en faisant l’épicerie et, pendant deux ou trois minutes, je l’écoute faire la file à la caisse. Yep, c’est bizarre, mais je vous conseille de vivre cette expérience au moins une fois dans vote vie. On se surprend à imaginer les autres personnes qui font la file, par exemple.

Voilà donc que la semaine dernière, après toutes ces années à correspondre à distance, je rencontre enfin Sam en personne. 

Quelques heures plus tard, Sam me dit tout bonnement : « Hey, ça date à quand la dernière fois où on s’est rencontré. »

Alors je lui réponds : « Au moins 37 ans ».

Tout ça pour vous dire que la technologie nous tient parfois loin de la vraie vie, mais il arrive aussi qu’elle la simule à merveille.

Comme on dit, y a du bon et du pas bon dans tout ça.

Et pendant ce temps, Sam est toujours convaincu qu’on s’est déjà rencontré auparavant.

Chroniques

Sains et saufs grâce à Marina

CHRONIQUE / Je suis probablement encore en vie grâce à Marina Larouche.

Le truc, c’est que vendredi dernier, j’avais des engagements qui m’obligeaient à traverser le Parc, ou pour les puristes qui préfèrent les appellations officielles, la Réserve faunique des Laurentides.

J’avais passé la veille de mon départ à surveiller maladivement les prévisions météorologiques et bien qu’on annonçait une espèce de pratique de l’apocalypse, rien n’indiquait que l’accès au Parc serait fermé.

En d’autres mots, je n’avais pas vraiment de raisons de ne pas respecter mes engagements et ainsi, il faudrait que je me lance.

Ici, je suis un peu de mauvaise foi en vous racontant ça, car en fait, je devrais plutôt parler au « on », car j’avais entraîné avec moi un de mes plus grands amis, Boca, dans cette aventure. Alors hop, la veille, on s’était entendu comme quoi que si jamais nous entendions dire que le Parc était dangereux, nous annulerions le concert que nous devions présenter ensemble à Québec. Or, voilà que le vendredi matin, même si les prédictions des météorologues s’avéraient exactes, la mini-apocalypse n’avait pas convaincu les autorités de déclarer que la conduite dans le Parc était impraticable.

On s’est donc donné rendez-vous au stationnement du Costco de Chicoutimi, où j’allais pouvoir y laisser mon véhicule pour ensuite monter à bord de la voiture de la maman de Boca, qui nous avait généreusement prêté son véhicule, car celui-ci ne risquait pas d’exploser en chemin et en plus, il était doté de pneus d’hiver. Je crois que je me souviendrai longtemps de cet instant où on s’est finalement attaqué à la route.

Autour de nous, une espèce de nuage de poudreuse laissait croire qu’à quelques mètres devant et derrière nous, il n’y avait que le néant.

Et puis hop, juste pour qu’on se sente encore plus en confiance, c’était une de ces fins de journées étrangement sombres où il était évident que la Lune ne se pointerait jamais le bout du nez.

Je vais devoir avouer que le sang-froid de Boca m’a vraiment étonné.

Si j’avais été au volant de la voiture, nous aurions probablement roulé à quelque chose comme 20 km/h. Mais Boca lui, dans cette toute première tempête infernale de l’année, il ne bronchait pas et filait à toute allure. Et ici, quand je dis à toute allure, je vous parle d’un « toute allure » de type tempête avec zéro visibilité, donc 70 km/h. À un certain moment, Boca a suggéré que nous écoutions les chansons que nous allions présenter lors de notre spectacle en soirée dans l’éventualité où nous parvenions à arriver vivants à Québec. « Toi, tu vas pouvoir pratiquer tes textes que tu vas chanter et moi, je vais pratiquer mes backvocals », qu’il a dit.

Alors on a fait ça et pendant une bonne heure, on était là à rouler à 70 km/h en chantant comme des demeurés. Puis, après un trajet qui a probablement duré près de 3 heures, nous avons vu apparaître les lumières rassurantes de la civilisation. C’est alors que Boca m’a confié qu’au moment où il m’avait proposé que nous chantions, c’était qu’il avait un peu la trouille. Et là, je m’en veux de vous dire ça, car ce n’était pas exactement de la peur, mais un truc du genre. Vous savez, cette sensation qui nous habite quand on est sur le qui-vive depuis des heures ?

J’ai beaucoup repensé à ce trajet extrême au cours des derniers jours et sincèrement, je me dis qu’à l’époque où la route du Parc n’était qu’une longue voie partagée par les véhicules qui roulaient dans les deux sens, peut-être aurions-nous vécu un tragique face à face ou un bête accident. Et puis hop, je me suis mis à extrapoler en me demandant combien de morts tragiques avaient été évitées depuis la modernisation de la 175. C’est con, parce que les morts qu’on évite, on n’en parle pas. Et pourtant, si jamais on en connaissait le compte exact, on se rendrait peut-être compte que la ténacité de Marina Larouche a contribué à sauver plus de vies que l’ont fait bien des gens que l’on considère comme de véritables héros.

Alors voilà, merci Marina de nous avoir peut-être sauvé la vie. Et puis au diable les économies, merci Marina de nous avoir sauvé la vie.

Joël Martel

Voter en échange d’un billet de tirage

CHRONIQUE / Aux dernières élections municipales, le taux de participation a été d’un peu plus de 55 % en ce qui concerne Saguenay. Disons-le, ce n’est pas si catastrophique que ça, mais il reste que si on fait le calcul, ça signifie qu’un peu plus d’une personne sur deux a exercé son droit de vote. Ou pour faire une illustration plus claire, imaginons deux personnes et disons que la première est allée voter avec une des mains de la deuxième personne.

Mais trêve de plaisanteries, le taux de participation est un élément très intéressant à observer, étant donné que ceux enregistrés à Montréal et à Québec sont encore plus faibles qu’en 2013.

En d’autres mots, les choses ne vont vraiment pas en s’améliorant en ce qui concerne l’intérêt de la population pour les élections.

Alors, quoi faire afin de renverser la vapeur ?

Va-t-on devoir en venir à faire tirer des prix de participation dans chaque bureau de vote ?

Par exemple, bien des gens sont prêts à faire la file pendant une nuit entière pour mettre la main sur une console Super NES Classic Mini. Peut-être seraient-ils tentés de courir la chance d’en gagner une en allant voter ? On pourrait aussi faire tirer des voyages ou des crédits d’impôt afin de s’assurer que les prix intéressent tout le monde.

Et puis tenez, question de s’assurer que les électeurs ne votent pas seulement pour le prix de participation, ils pourraient devoir répondre à une question de vérification à propos d’un des enjeux principaux de l’élection.

Non, mais quand on y pense, les gens sont prêts à remplir des tas de coupons ou à s’inscrire à une panoplie de sites web afin de participer à des concours souvent douteux. Là, ils n’auraient qu’à faire la file quelques minutes et puis hop ! Et en bonus, ils auraient leur mot à dire sur la personne qui serait la plus apte à prendre des décisions qui finiront par les toucher un moment ou l’autre.

Certes, c’est très cynique comme façon de voir l’exercice de la démocratie, mais derrière cette solution absurde, il y a une évidence à laquelle nous devrons trouver une solution : une personne sur deux se sacre complètement de ceux et celles qui décident pour la collectivité.

Une chose est certaine, on a déjà une bonne base pour débuter cette opération : tout ce qu’on a essayé dans les dernières années ne fonctionne pas. Ça fera déjà ça qu’on n’aura pas à essayer.

Bienvenue en région

Il y a quelques semaines, je discutais avec un ami de Montréal qui est aussi chroniqueur.

Alors qu’on parlait de tout et de rien, j’ai fait référence à un truc qui était survenu dans l’actualité régionale et dont mon ami n’avait jamais eu connaissance. Or, si le truc en question avait fait les manchettes nationales, plusieurs personnes à l’extérieur de la région se seraient certainement senties interpellées. Du moins, c’est ce que la réaction de mon ami m’avait laissé croire.

On a donc continué à échanger sur cette actualité nationale qui est généralement principalement dédiée aux sujets essentiellement montréalais.

« Tu vois Joël, quand les médias se mettent à “spinner” pendant une semaine sur un truc comme les fenêtres teintées du YMCA, non seulement ça monopolise un pourcentage pas possible des médias, mais en plus, en quoi ça concerne les régions ? », que mon ami m’a demandé.

« Bienvenue en région », que je lui ai répondu avec amusement.

Ici, que l’on se comprenne, loin de moi l’idée de débuter un énième débat opposant Montréal et les régions. Mais bon, si tous les dirigeants des médias nationaux venaient passer deux ou trois semaines en région, ils comprendraient rapidement pourquoi les médias régionaux arrivent à survivre malgré une économie peu favorable à ce genre d’entreprises.

De toute façon, à la lumière de l’article de La Presse qui présentait Josée Néron comme « la dauphine » de Jean Tremblay, disons que c’est peut-être préférable que l’on continue à couvrir nous-mêmes nos propres actualités.

Après tout, mieux vaut de l’information locale que de la science-fiction nationale.

Chroniques

Bienvenue à l'hôtel de ville

CHRONIQUE / Bonjour à vous, gens du Saguenay !

Tout d’abord, c’est avec un immense bonheur que j’ai l’honneur de vous souhaiter enfin la bienvenue en 2017 ! Oui, je sais, ç’a dû être très spécial de reculer dans le temps, au cours des vingt dernières années, mais ne paniquez surtout pas, pendant que le reste du monde a continué à évoluer, nous avons pris soin de prendre en notes les informations importantes qui vous aideront à vous adapter à la modernité.

D’entrée de jeu, comme vous l’avez certainement remarqué depuis lundi matin, oui, ça se peut avoir une femme comme mairesse. Et saviez-vous quoi ? Il y a une multitude d’autres villes qui se retrouvent maintenant dans la même situation. 

D’ailleurs, un des gros avantages à cela, c’est qu’elles risquent de ne pas venir en forfait économique, c’est-à-dire dans un emballage sous vide qui comprend une multitude d’hommes d’affaires acoquinés avec le pouvoir et, bien entendu, un directeur général de la ville qui décide de tout dans les coulisses du pouvoir. Et puisqu’on en parle, je vous dis ça comme ça, mais en 2017, les femmes méritent autant de respect que les hommes. C’était déjà le cas bien avant cela, mais la différence, c’est que maintenant, les jokes de mononcles et le délire de limiter les femmes à des fonctions symboliques, ça ne passe vraiment plus comme une lettre à la poste. 

Maintenant, voici une liste non exhaustive des choses qu’on a décidé d’éviter pendant les 20 ans que vous avez dû traverser dans l’ombre de Jean Tremblay. En premier lieu, le racisme, c’est un privilège réservé aux ignares. La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que si jamais vous craignez d’être qualifié pour profiter de ce privilège, il existe une façon simple d’en guérir. En effet, il ne suffit que d’échanger avec les personnes issues de communautés culturelles et, généralement, après une petite discussion de quelques minutes, vous devriez vous rendre compte que vous vous adressez à un individu comme vous et la prochaine fois que vous serez tenté d’adopter des propos racistes, ne soyez pas surpris si une petite voix à l’intérieur de votre tête vous dit que vous êtes dans le champ. 

De fait, si jamais une seconde voix tentait de vous influencer en vous disant : « Oui, mais les Américains ont voté pour Donald Trump et ce gars-là dit plein de choses racistes », voyez plutôt cela comme un aide-mémoire afin de vous rappeler à quoi ressemble un ignare qui bénéficie de ce privilège. 

Et puisqu’on en parle, si jamais vous discutez avec un anglophone et que vous voulez faire bonne impression en lui parlant du Saguenay, essayez de trouver une autre formulation que « Saguenay is a white cities ».

Sinon, je sais que vous aviez déjà accès aux réseaux sociaux, car on a tous vu la page Facebook de Jean Tremblay. Toutefois, saviez-vous qu’en plus d’être une tribune pour y faire des affirmations, ça peut aussi servir à produire des échanges d’idées ou être un espace de discussion collective. Et puis hop, bloquer l’accès à des internautes qui ne partagent tout simplement pas vos idées, c’est pas trop 2017 non plus.

Je vous dis ça, parce qu’en 2017, la mode est à l’inclusion. Grosso modo, on essaie de quoi de nouveau : travailler ensemble, et ce, même malgré nos divergences d’opinions, au lieu de travailler chacun de notre bord aux dépens des autres. 

Enfin, j’ai même une bonne nouvelle pour les artistes qui vivent à Saguenay. Saviez-vous qu’en 2017, il existe d’autres choses que La Fabuleuse histoire d’un Royaume ?

Ça, ça veut dire que dans toutes les autres villes, on produit des spectacles et des événements artistiques qui paient les artistes qui y participent. C’est très cool parce qu’au lieu de centraliser une grosse somme d’argent dans une seule et unique production, ça permet d’en créer une multitude d’autres pour tous les goûts et ça fait en sorte qu’une tonne d’artistes peuvent contribuer à l’économie avec leur salaire. Bref, prenez bien le temps d’arriver et sachez que tout le monde est très heureux de vous accueillir enfin en 2017.

Joël Martel

Une boîte de motivation avec ça?

CHRONIQUE / Cette année, c’était la première fois que je décidais de m’occuper d’acheter les trucs d’Halloween.

Pour dire vrai, je ne sais pas trop ce qui m’a piqué, mais par un bel après-midi d’automne, alors que je déambulais dans les rangées du Walmart, j’ai soudainement senti l’impulsion de prendre les devants et ainsi d’acheter des boîtes de friandises, de chocolats et de chips.

« Ça sera ça de fait », que je me suis dit fièrement.

Au début, tout était sous contrôle.

Chaque jour, alors que je travaillais dans mon bureau, je lorgnais du coin de l’œil ces boîtes pétantes de couleurs alléchantes qui me donnaient l’impression de travailler dans un petit commerce de bonbons.

De là à dire que j’étais tenté de m’en empiffrer, je n’irais pas à franchir cette ligne, car une petite voix me rappelait sans cesse que ces bonbons étaient destinés aux enfants du voisinage pour la grande soirée de l’Halloween.

Maintenant, je peux vous en passer un papier que les enfants du quartier n’ont pas été déçus de leur passage par notre maison, mais ce que ces gamins ne sauront jamais, c’est que les bonbons qu’ils ont reçus étaient ceux de la seconde génération.

Le truc, c’est qu’entre ma lune de miel de m’être occupé d’avoir acheté les bonbons d’Halloween et le fameux soir d’Halloween, il s’est passé un tas de choses.

Tout d’abord, il y a eu ce soir où mon garçon est arrivé telle une explosion de joie pour m’annoncer qu’il avait obtenu une note parfaite sur sa dictée. Alors, quand est venu le temps du dessert, je trouvais ça triste de lui offrir une bête compote de fruits pour célébrer l’occasion. J’ai donc décidé de le prendre par surprise en lui offrant deux mini-barres de Twix, question de faire « spécial ».

Dans une analyse textuelle, ce moment aurait été précisément le pivot de l’histoire. Et ici, je fais allusion au moment précis où j’ai délibérément ouvert la boîte de chocolats.

Car une fois ouverte, qu’est-ce qui allait alors m’empêcher de continuer à piger dans cette réserve pratiquement infinie de calories et de glucides ?

Un petit chocolat par ci et un autre par là et on n’y voit que du feu à la fin.

En fait, non. Car à la fin, ce n’est pas du feu qu’on y voit, mais bien une boîte tristement vide et, comme par magie, voilà que le ventre de votre humble narrateur a soudainement gagné en volume. Rien ne se perd, rien ne se crée, comme on dit.

J’imagine que si ça n’avait été que de cette diabolique boîte de chocolats, ça aurait déjà suffi à faire de mon aventure une espèce de version contemporaine de la mythique Boîte de Pandore, mais si vous n’aviez pas déjà vos deux mains posées sur votre visage en signe de désolation, je vous suggérerais de le faire immédiatement, car la suite n’est vraiment pas glorieuse.

Alors voilà. Grosso modo, en plus d’avoir englouti une boîte de chocolats (avec un peu d’aide de ma famille quand même), il y aussi cette boîte de jujubes qui a payé le prix. Mais bon, pour être franc avec vous, je ne me souvenais plus que les Starbust étaient délicieux à ce point-là. Certes, un seul Starbust aurait suffi à me le rappeler, mais mon esprit scientifique m’a dicté de pousser encore plus loin mes recherches.

Et enfin, comme si je n’avais pas déjà assez honte, il y a eu aussi cette boîte de petits sacs de Doritos.

Et là, quand je vous parle de honte, je suis convaincu qu’il n’existe aucun autre mot pour qualifier ce que je ressens. Car voyez-vous, cette boîte de Doritos, je l’ai gardée cachée dans le placard de mon bureau, souhaitant de tout mon cœur qu’elle finisse par disparaître par magie avant que je n’en engloutisse tout le contenu. Mais non.

Et comble de la honte, voilà que mon amoureuse a fini par tomber sur la boîte et, quand elle m’en a fait part, j’ai même osé hésiter pendant un instant tenter d’inventer une histoire, mais en vain.

De toute façon, mon gros ventre m’a littéralement trahi.

Alors maintenant que l’Halloween est terminée, on demande quoi pour Noël ?

Bien de la motivation devrait être un bon départ. Et une boîte ferait vraiment l’affaire.

Chroniques

Histoire de fantôme

CHRONIQUE / J’aime croire que je suis un gars plutôt rationnel dans la vie.

Or, plus je vieillis et plus je dois me rendre à l’évidence que je crois quand même parfois à des choses auxquelles un type rationnel ne devrait pas croire.

Par exemple, je ne pratique jamais, mais quand ça va très mal ou que ça va trop bien, j’essaie toujours de prendre une petite minute pour remercier le Bon Dieu ou sinon, pour lui demander d’être de mon bord sur ce coup-là.

Étrangement, ça marche pratiquement à tous les coups. Mais bon, je n’abuse jamais et généralement, je ne pousse pas trop ma « luck » avec des demandes farfelues qui ne risquent pas de se produire, du genre : « J’aimerais trouver un milliard de dollars dans mon tiroir à bobettes ».

Il reste que c’est plutôt ingrat pour le Bon Dieu, car je ne me verrais pas monter aux barricades pour venger quelqu’un qui aurait osé souiller son image. D’un autre côté, je n’ai pas trop de remords à ce niveau, car je me dis que si le Bon Dieu existait vraiment, il n’aurait certainement pas besoin de l’aide d’un chic type comme moi.

Alors hop, si on me demandait où je me situe par rapport à tout ça, je vous dirais que je suis de l’école du Pari de Pascal qui dit qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en Dieu, que Dieu existe ou non. C’est un « win-win » comme on dit. Maintenant, dans un registre similaire, c’est-à-dire les trucs auxquels on ne devrait pas croire, car la science indique bel et bien que c’est farfelu, j’aimerais vous parler de fantômes. Je sais que j’aurais dû vous en parler quelques jours auparavant alors que l’esprit de l’Halloween était justement aux esprits et aux trucs qui foutent la trouille, mais bon, vous savez comment je fonctionne. Je suis toujours un peu en décalage horaire, alors me voilà une fois de plus à la ligne d’arrivée alors que le marathon est terminé depuis la veille.

Donc l’histoire que je vais vous raconter, elle se déroule au tout début des années 2000 à Montréal. Je suis alors commis dans un club vidéo et parmi mes collègues, il y a Mélanie et Franky. Ce sont deux vieux amis et ils habitent ensemble un appartement sur Papineau en face d’un restaurant Kentucky.

Un soir, alors qu’on discute de trucs de fantômes au boulot, tous mes collègues explosent de rire en me disant qu’aucune histoire ne parviendra à battre celle de Franky et Mélanie.

Ainsi, pendant des semaines et des semaines, cette histoire que je ne connais pas me turlupine sans cesse.

Puis, un jour, Franky et Mélanie me racontent enfin que là où ils restent, ils ont un drôle de coloc. En fait, le coloc en question n’est rien de moins qu’un fantôme. Évidemment, au début, je fais comme tout le monde ferait dans une telle situation et je rigole. Mais le sérieux dans leur regard me fait rapidement comprendre que ces deux-là ne déconnent pas du tout.

Ici, j’espère que ma mémoire ne brouille pas trop leur histoire, mais si je me souviens bien, aux dires de Franky et Mélanie, ceux-ci savaient avant même d’emménager qu’un fantôme vivait là. 

Et puis hop, dans les mois qui ont suivi, un tas d’amis et d’amies de Franky et Mélanie m’ont confirmé avoir déjà ressenti le fantôme s’asseoir à côté d’eux sur le divan, l’avoir aperçu dans le coin du salon et même de l’avoir senti les frôler.

Je ne vous cacherai pas que lorsque Franky et Mélanie m’ont invité un soir chez eux pour une fête, j’avais un peu la trouille. Or, le fantôme devait dormir ce soir-là, car il ne s’est rien passé. Mais quelques années plus tard, alors que j’étais revenu vivre à Alma, ma maman déjeunait avec une amie. Celle-ci me racontait que sa fille vivait maintenant à Montréal et que tout se passait à merveille pour elle, à l’exception qu’un fantôme vivait dans son appartement.

Bien entendu, la femme avait pesé ses mots avant de terminer sa phrase, sachant qu’elle risquerait de susciter un fou rire en faisant une telle affirmation. C’est alors que je lui ai demandé dans quel coin elle restait. « Je suis pas très bonne là-dedans, mais je sais qu’elle vit sur Papineau. »

Puis, elle a ajouté : « C’est en face d’un restaurant Kentucky ».

Chroniques

Une belle année pour la démocratie

CHRONIQUE / J’aimerais prendre quelques instants pour féliciter les électeurs du comté Lac-Saint-Jean pour leur magnifique taux de participation lors de la dernière élection partielle fédérale.

Non, mais franchement, je savais que mes concitoyens étaient capables d’accomplir de grandes choses, mais je dois avouer que sur ce coup-là, vous m’avez surpris plus que jamais.

Je vous le dis, il y a vraiment de quoi à être fier d’avoir atteint un taux de participation d’environ 40 %. J’en conviens, ce n’est pas rien, mais on y était presque !

En tout cas, une chose est certaine, avec un peu plus d’efforts et d’huile de bras, je suis convaincu qu’aux prochaines élections, on réussira à faire encore moins ! Qui sait, peut-être arriverons-nous à franchir la barre du 35 % ? Oui, je sais, j’ai toujours été un peu trop rêveur !

Il faut savoir que côté démocratie, c’est une maudite belle année pour ce secteur de la région, et ce, en tenant compte qu’à Alma, on aime tellement ça ne pas aller voter que nous n’aurons même pas à choisir un maire cette année ! 

C’est-tu pas magnifique un peu ça ! Sur une population d’un peu plus de 30 000 personnes, il n’y a même pas un chat, pas même un illuminé qui a ressenti le désir de briguer le poste de chef de la ville.

Écoutez, j’ai beau virer ça de tous les côtés, je n’arrive pas à trouver un autre terme que le mot « réussite » pour qualifier ça. On excelle tellement dans le « foutage d’élections » que je suis certain que si un dictateur venait dans la région et voyait comment on fonctionne, il passerait son tour par manque de challenge.

Bref, bravo à ceux et celles qui ne sont pas allés voter. Vous avez gagné la majorité ! On compte sur vous pour le futur ! 

Un selfie Monsieur Trudeau ?

Il y a quelques jours de cela, je sens mon téléphone vibrer et, croyant que c’est un ami ou un collègue qui m’envoie un message, je jette un coup d’œil rapide sur mon appareil pour découvrir avec surprise que c’est ma mère qui m’a écrit.

Il faut savoir que, dans le cas présent, un texto de ma mère est pour moi aussi fascinant que ce qu’a pu ressentir la première personne à qui Gutenberg a présenté son premier prototype de machine à imprimer.

Je vous dis ça, car j’ai encore souvenir qu’il y a 25 ans, je pouvais voir grimper à l’œil nu la tension artérielle de ma mère lorsqu’elle se trouvait devant un ordinateur, tellement que ça l’angoissait.

Alors hop, un quart de siècle plus tard, vous comprendrez l’effet qu’un texto de ma maman peut me faire.

Mais pour ajouter à mon étonnement, voilà que le texto en question était accompagné d’une photo ! 

« Cibole ! Elle a réussi à m’envoyer une photo », que je me suis étonné, tel un gars de la NASA qui vient de découvrir une nouvelle planète dans le système solaire.

Mais la surprise n’allait pas s’arrêter là, car la fameuse photo en était une de ma maman qui posait fièrement aux côtés de Justin Trudeau.

Évidemment, quelques jours plus tard, ma mère m’a raconté en détail cette rencontre plutôt insolite.

Donc, grosso modo, elle mangeait avec son chum Rosaire chez Goofy quand elle a vu arriver des camionnettes noires.

Puis, des gars fringués comme dans les films d’espionnage ont ratissé le restaurant avant que Justin ne fasse son entrée. 

Là, ma mère aurait essayé de « coacher » Rosaire à prendre une photo, mais si j’ai bien compris, un bon samaritain est venu l’assister dans sa mission.

Quand Justin est arrivé à la table de ma mère, elle lui a demandé si elle pouvait prendre une photo avec lui et il a bien entendu accepté. Comment refuser ça à une gentille madame comme ma maman ?

Ensuite, après quelques complications avec le téléphone, Justin aurait rassuré tout le monde en disant que ça arrivait et voilà qu’au moment de prendre la photo, le premier ministre a chaleureusement enlacé ma mère tout en lui tenant la main.

Enfin, je vous dis ça comme ça, mais ça ne m’a vraiment pas surpris que le Parti libéral ait gagné les élections partielles.

Chroniques

L'homme aux deux BlackBerry

CHRONIQUE / Cet été-là, nous avions appris à quelques jours d’avis que nous avions été engagés pour produire une capsule quotidienne sur les ondes de Vox à l’occasion du festival Juste pour rire.

Évidemment, vous devinez que l’euphorie nous a gagnés et je vous avouerai qu’à l’époque, je croyais que nous avions enfin reçu notre billet d’or pour la gloire et la célébrité.

Alors hop, par un beau matin de juillet 2009, la « gang du Saguenay » se réunissait dans le sous-sol de Vox à Montréal et voilà que nous en étions à brainstormer pour notre tout premier épisode. Comme nos expériences antérieures avaient eu lieu lors du festival Regard sur le court, nous nous étions imaginé que toute l’équipe du festival JPR serait prête à nous donner un coup de pouce et question de bien valider notre théorie, nous avions donc eu la brillante idée de débuter tout de suite par une entrevue avec le boss du festival, Gilbert Rozon. Quelques heures plus tard, Virginie arrivait dans l’espèce de cuisinette où nous allions végéter très souvent dans les semaines suivantes, pour nous annoncer que nous avions le feu vert de Gilbert.

À l’heure prévue, Philippe et moi nous rendions à l’étage supérieur de l’édifice de JPR et voilà que la jeune réceptionniste nous indiquait d’aller attendre Gilbert dans son bureau.

Maintenant, je vous mentirais si je vous disais que la scène ne m’impressionnait pas. Partout où je posais mes yeux, il y avait un truc qui aurait suffi à lui seul pour que je vous raconte avec excitation que j’avais vu ça. Ici, il y avait tel accessoire que nous avions vu des milliers de fois à la télé lorsque nous étions gamins ; là-bas, une affiche signée de la main de Charles Trenet. Mais ce qui me fascinait le plus, c’était cette satanée terrasse extérieure. D’ailleurs, le moment est venu où Phil m’a regardé et m’a dit : « Hey, est-ce qu’on va se griller une clope dehors ? » Et la seconde d’après, nous étions là à fumer triomphalement nos cigarettes du haut de cet édifice qui nous donnait une vue hallucinante sur le centre-ville de Montréal. Je crois que c’est bien la seule fois où j’ai eu l’impression de toucher le « pouvoir » du bout des doigts, ou du moins, que j’ai eu un semblant d’aperçu de ce qu’on ressentait quand on est « big ». Puis, quelques secondes après être revenus à l’intérieur du bureau, Gilbert est arrivé.

Chaque fois que je repense à cette scène, tout ce que je vois, ce sont les deux BlackBerry qu’il avait sortis de ses poches de pantalons. Pourquoi deux BlackBerry, me demanderez-vous ? C’est justement ce que je me demande depuis huit ans.

Dès que Gilbert nous a vus, on a constaté le dédain sur son visage. « Vous êtes qui vous autres ? » qu’il nous a demandé. On a bredouillé des explications, puis on a rapidement compris qu’il y avait eu un malentendu et qu’en temps normal, nous n’aurions jamais pu avoir un entretien avec lui. Mais bon, puisque le mal était fait, Gilbert a accepté de filmer le court truc qui consistait en un petit questionnaire.

De toutes les personnes qui m’ont traité comme une petite merde, ce gars-là aurait mérité le premier prix. Il avait notamment fait allusion à mes origines de bouseux à cause de mon accent et remis en question mes aptitudes. Puis, quand la caméra s’est allumée, Gilbert a sorti son plus beau sourire racoleur et a répondu à nos questions. J’étais doublement nerveux, car je savais que notre « scénario » prévoyait que je lui coupe bêtement la parole, car nous souhaitons avoir une réaction de surprise de sa part. Je lui ai finalement coupé la parole et on a eu notre réaction. Et quand la caméra a cessé de filmer, Gilbert est redevenu le personnage froid et calculateur qu’il était dix minutes auparavant. Évidemment, l’actualité des derniers jours m’a bouleversé et j’ai une pensée sincère pour les victimes de Gilbert.

Enfin je n’ose même pas imaginer l’horreur qui les a habitées, car sans vouloir comparer ma rencontre avec leurs expériences, il reste que chaque fois que je repense à ces quelques minutes passées en sa compagnie, c’est de l’amertume et de la rancœur que je ressens. Bref, méfiez-vous toujours des types condescendants qui traînent deux BlackBerry dans leurs poches.

Chroniques

L’amitié peut aussi rendre aveugle

CHRONIQUE / C’était vers la fin des années 90, à l’époque où on mettait nos potins à jour en arrivant au centre-ville.

Ce jour-là, Jérôme avait du retard à rattraper, car la veille, il n’avait pas assisté au party chez Annie. D’ailleurs, il devait certainement avoir une bonne raison de ne pas y être parce que les partys chez Annie étaient tout simplement les meilleurs. 

Bref, ce jour-là, quand il a rejoint ses amis, il a tout de suite senti un malaise en croisant leur regard.

« Hey, t’étais au courant de ce qui s’est passé hier ? » qu’un ami lui a demandé.

Et puis hop, ça lui est tombé dessus comme un tas de briques.

La veille, Stef, son meilleur ami d’enfance avec qui il passait la plupart de son temps depuis des années, aurait agressé une de leurs amies.

La négation

Évidemment, sur le coup, il a eu le même réflexe qu’on a trop souvent dans de telles situations : il ne voulait pas y croire. Tout d’abord, ce meilleur ami d’enfance avait toujours été le plus populaire avec les filles. Alors que Jérôme devait faire la cour pendant des semaines, écrire des lettres d’amour et qu’il avait même eu à patienter des mois et des mois avant qu’une de ses petites amies décide d’aller au-delà du french, Stef lui, tout lui souriait.

De ce fait, pourquoi un tel tombeur aurait à jouer du coude alors qu’il avait déjà pas mal tout ce dont ses amis rêvaient secrètement ?

Scénario typique

Et en plus, chaque fois qu’on entendait parler d’agression, c’était tout le temps le scénario typique de l’inconnu avec un petit couteau et un bandeau sur les yeux qui surgit des ténèbres d’une ruelle. Pas pendant un party où tout le monde ne voulait que se faire du fun.

Alors il a fait quoi Jérôme ? Il a cru son ami. Quant à la victime, comme elle faisait partie d’une autre gang et que la bande de Jérôme ne la connaissait pas tant que ça, Jérôme et ses amis se rassuraient en se disant que si elle avait été vraiment agressée, la police aurait fini par arrêter Stef.

Les années passent

Mais ce n’est que quelques années plus tard que Jérôme a commencé à se douter qu’il y avait vraiment anguille sous roche. Alors que l’année scolaire se terminait, il y avait eu un party dans un bar. Comme Jérôme travaillait, il n’avait pas pu y aller. 

Mais Stef, qui suivait le même programme que Jérôme, y était allé. Puis voilà que le lendemain, Jérôme apprenait d’autres étudiants que Stef aurait pogné à plusieurs reprises les fesses d’une autre étudiante. C’était une musicienne très cool.

Jérôme a donc invité son ami à déjeuner et il l’a confronté. Stef lui a semblé surpris en écoutant le récit de la veille, puis il lui a répondu : « Je ferais jamais une chose comme ça, mais je ne me souviens de rien de ce qui s’est passé hier. »

Au fil du temps, Jérôme et Stef ont ensuite commencé à se perdre de vue progressivement. Jérôme menait sa petite vie tranquille de gars en couple et Stef, lui, vivait la vie folle à multiplier les partys avec sa nouvelle gang.

Un truc parmi d’autres

Puis un soir, alors que Jérôme grillait des clopes à un petit bar en discutant avec Véro, ils ont brièvement reparlé de Stef. Elle lui a tout d’abord demandé des nouvelles de Stef, puis c’est alors qu’elle lui a dit un truc du genre : « Tu sais, l’affaire chez Annie, ce n’est qu’un truc parmi beaucoup d’autres. Disons que je connais beaucoup de filles qui pourraient te raconter des choses sur lui. »

Jérôme savait qu’elle disait la vérité.

Il a ensuite revu Stef une ou deux fois, mais il n’arrivait pas à s’enlever de la tête ce que Véro lui avait raconté. Certes, il aurait pu le confronter à nouveau, mais il n’avait pas le cœur à entendre de nouvelles explications nébuleuses.

Quant à la victime du party chez Annie, la vie avait fait en sorte que Jérôme avait commencé à la côtoyer à l’occasion. Jérome apprenait chaque fois à la connaître peu à peu et, bien qu’ils n’aient jamais reparlé de cette histoire, il regrettait de ne pas avoir douté à l’époque et de s’être contenté de croire son ami.

On dit que l’amour rend aveugle, mais l’amitié, c’est fou comme ça peut parfois rendre con.

Chroniques

S’enivrer sans trop de douleur

CHRONIQUE / La semaine dernière, je prenais un verre avec mon vieil ami Daniel.

Quand vint le temps de nous commander quelque chose, j’ai demandé à l’employée si cela lui posait un problème dans l’éventualité où je commanderais un Long Island Iced Tea.

Le truc, c’est que pour avoir quelques amis qui travaillent ou qui ont travaillé dans les bars, je sais qu’il existe certains drinks qui sont emmerdants à préparer et un Long Island Iced Tea peut souvent faire partie de cette catégorie.

C’est comme à la crèmerie. Vous savez, je commande toujours un lait frappé aux fraises et, pendant deux ou trois ans, j’étais constamment habité par la crainte que chaque fois que l’employée de la crèmerie me voyait arriver, elle se disait intérieurement : « Ah non, pas le gars aux milk shakes aux fraises ». Alors hop, un jour, je lui ai demandé si c’était pénible à préparer et elle m’a tout simplement répondu que non. Si je me souviens bien, le truc qui est vraiment le plus ennuyant à préparer dans une crèmerie, ce serait les volcanos, cette espèce de mélange de barbotine et de crème molle.

Mais bon, revenons maintenant à nos moutons.

Alors, je demande poliment à la fille si ça lui pose un problème et elle me répond que, dans certains cas, elle se serait contentée de me filer une espèce de « prémix », mais que comme c’est une soirée plutôt tranquille, elle va se faire un plaisir de m’en préparer un qui respecte fidèlement la recette.

Évidemment, ça fait mon bonheur et, pendant qu’on attend que nos verres arrivent, Daniel me demande ce que c’est un Long Island Iced Tea. Je commence alors à lui expliquer que c’était un mélange d’alcool qui servait à bluffer les autorités à l’époque de la prohibition. 

« Je te jure, mec, c’est super fort en alcool et pourtant, ça ne goûte pas et ça ne sent pratiquement pas l’alcool. »

Et puis hourrah, ce fameux Long Island Iced Tea arrive.

Daniel y goûte et, tout en affichant un air surpris, il me confirme que ça goûte bel et bien le thé glacé et qu’on pourrait pratiquement croire que ce truc ne contient aucun alcool.

Puis il me lance : « Au fond, c’est comme l’ancêtre de la FCKDUP ».

Bordel. C’est qu’il avait exactement raison.

Maintenant, ceux et celles qui me connaissent savent certainement qu’à partir de ce moment, ça m’est resté dans la tête et que j’y ai repensé fréquemment.

J’ai tout d’abord pensé à la 4 LOKO qui a récemment fait les manchettes en causant une panique généralisée (et disons-le, somme toute justifiée) chez plusieurs parents. Puis, j’ai pensé à la fameuse Colt 45 de mon adolescence, cette bière de synthèse qui ne goûtait pas la bière et qui intoxiquait davantage qu’elle rendait ivre. 

Ensuite, j’ai pensé à ces « coolers » qui avaient commencé à apparaître sur le marché quand j’étais gamin.

Et bien entendu, ces fameuses scènes d’adolescents qui versent de l’alcool dans le bol à punch de la fête scolaire.

Bref, ce n’est pas d’hier que l’humanité fait des pieds et des mains pour que tout le monde puisse s’enivrer rapidement et sans trop de douleur.

Réflexion sur le temps

Il me semble que lorsque j’étais petit, le temps se divisait en espèces de cases. Il y avait des heures, des jours et des semaines.

Or, j’ai comme cette impression que plus les années avancent et que plus le temps se divise en petites fractions. À titre d’exemple, hier, avant de me coucher, je n’allais pas travailler « demain », mais bien dans quelques heures. 

Le prochain Star Wars ne sortira pas à Noël, mais dans « x » jours.

Ça peut sembler idiot comme observation, mais c’est un peu comme si le temps suivait ma façon d’écouter de la musique.

Autrefois, j’écoutais des chansons qui faisaient partie d’un album.

Aujourd’hui, j’écoute de la musique en continu, bondissant d’une chanson à l’autre et d’un album à l’autre.

Mais bon, à la fin, qu’est-ce que ça change ? Ça ne nous donne pas plus de temps.

Maintenant, pardonnez-moi si je vous ai fait perdre votre temps avec cette réflexion.