JOËL MARTEL

Le songe d’un travail d’été

CHRONIQUE / Quand je pense à l’été, je revois la banquette arrière de la Dodge Omni de ma maman. Je me souviens qu’il faisait chaud. Nous roulions sur le rang Mélançon vers le chalet de la Dam-en-Terre et j’étais là à tenter de compter les montagnes de pitounes à côté de l’usine Price. À la radio, il y avait cette chanson qui jouait sur le AM et une autre journée d’été remplie d’aventures m’attendait.

J’ai aussi souvenir de ces soirées chaudes où je m’aventurais sur le petit balcon de notre appartement. Au loin, je pouvais entendre la télé qui diffusait Beau et Chaud et il y avait tous ces gens qui déambulaient joyeusement vers les deux dépanneurs du coin pour aller s’acheter des clopes et des bières.

Joël Martel

Le sous-sol de la médiocrité

CHRONIQUE / C’est comme un flash qui est resté là. Juste devant, il y a toute cette montagne de souvenirs trop lointains pour que je puisse les identifier, mais ça, je le vois. Pas complètement, mais j’arrive quand même à distinguer de quoi il s’agit.

Ce souvenir, c’est moi, à 3 ou 4 ans. Je suis là au milieu d’un stationnement et je me suis accroché à un des blocs jaunes en ciment qui servent à tenir des panneaux de signalisation. C’est un matin de semaine et il y a toutes ces voitures qui passent à côté de moi et je suis là à pleurer désespérément.

Joël Martel

Entre réalité et science-fiction

CHRONIQUE / Jusqu’à tout récemment, j’étais convaincu que nous avions tous convenu que la Terre était ronde. Dans ma tête, c’était un dossier réglé depuis longtemps duquel nous n’aurions plus jamais à débattre. Or, il suffit de fouiller quelques instants sur le web pour découvrir qu’en fait, il existe de plus en plus de gens qui sont convaincus du contraire.

Ici, nul besoin d’avoir la tête à Papineau pour déduire que la propagation de telles croyances est notamment attribuable à une moins grande présence de la science dans l’espace public.

Chroniques

Combien de V-Bucks ça coûte?

CHRONIQUE / Au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé de cryptomonnaie et bien que je sois un mordu de technologie, je vais devoir vous avouer que je ne pige que dalle dans tout ça.

D’ailleurs, sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, ça m’a « miné » le moral pendant un bout de temps de ne pas m’être davantage intéressé à cette nouvelle économie, car comme bien d’autres internautes, j’ai encore souvenir de cette époque où un Bitcoin valait quelques dollars seulement, alors qu’au moment d’écrire ces lignes, un Bitcoin vaut 9893 $.

Joël Martel

L'art de chercher le trouble

CHRONIQUE / Alors, qu’est-ce que ça va sentir dans Charlevoix ?

C’est que voyez-vous, avec le G7 qui s’y tiendra dans les prochains jours, c’est comme si le destin avait décidé d’aligner les planètes afin que ce soit plus facile que jamais d’énerver les plus grands dirigeants du monde, et ce, sans même faire quoi que ce soit d’illégal.

D’ailleurs, j’ai de plus en plus l’impression que les personnes qui sont derrière l’organisation du G7 sont des plaisantins qui sont parvenus à s’infiltrer et qui tentent subtilement de crinquer la population.

Je vous dis ça, car voilà qu’Affaires mondiales Canada a demandé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec de prier les agriculteurs de ne pas épandre de fumier entre le 1er et le 9 juin afin de ne pas déranger le bien-être des grands dirigeants de la planète qui seront dans le secteur au cours de la fin de semaine prochaine.

En toute honnêteté, je vous écris ça et j’ai l’impression d’inventer une nouvelle débile pour un site de fausses nouvelles.

C’est qu’en premier lieu, le simple fait d’effectuer une telle demande, c’est comme si un patron s’invitait à souper chez son employé à qui il donnait constamment des claques en arrière de la tête et que juste avant d’arriver chez lui, il l’appelait pour lui dire : « Ah ! Et en passant, ne mets surtout pas de cachous dans ton pesto parce que je suis intolérant et ça va me donner un foutu mal d’estomac pendant deux jours. »

Entre vous et moi, si j’étais le gars en question qui recevait toujours des claques en arrière de la tête, il n’y a aucun doute que je servirais du pesto avec des cachous à mon patron. C’est comme si on vous offrait la chance de vous venger au moins une fois dans votre vie, et sur un beau plateau d’or en plus.

Alors hop, que feront nos amis les agriculteurs de Charlevoix ?

La question peut évidemment sembler amusante, et même futile à la limite, mais en ce qui me concerne, c’est la question qui m’obsède le plus quant au G7.

Ce qui est encore plus hilarant dans tout ça, c’est que même avec tout l’argent du monde, si un type à 2 kilomètres de vous décide d’épandre du fumier, vous ne pourrez tout simplement rien y faire, car à la différence de l’argent, le fumier, lui, a une odeur et elle est inévitable. En fait, tout ce que l’argent peut faire pour vous quand ça pue, c’est de vous prendre un billet d’avion et de prendre la poudre d’escampette.

En fait, plus j’y pense et plus je n’arrive pas à trouver une seule raison qui pourrait encourager les agriculteurs à faire autrement que d’épandre leur fumier cette semaine, et ce, spécialement pour le bonheur des participants du G7.

C’est légal et en plus, c’est essentiel, étant donné que la date limite des semis de La Financière agricole est le 15 juin.

Je vous le dis, c’est comme si le gars des vues avait besoin de voir un film dans lequel les plus grands dirigeants de la planète devaient endurer une odeur de merde pendant une fin de semaine. 

Bien entendu, vous me direz qu’entre accorder de l’importance à cela plutôt qu’aux enjeux dont il sera question lors du G7, ça relève de l’enfantillage, mais quand les personnes au pouvoir prennent des décisions dangereuses tout en nous les présentant comme si nous étions des gamins qui ne comprenaient rien à rien, ne serait-ce pas là un juste retour des choses de les mettre au parfum de ce que nous pensons trop souvent de leurs décisions ?

Mais bon, ce qui est le plus ironique dans tout ça, c’est que si Affaires mondiales Canada avait évité de faire une telle requête, le pire des scénarios aurait été qu’un ou quelques agriculteurs décident d’épandre du fumier avant ou pendant la tenue du G7. Mais avec cette histoire de requête, peu importe les réelles motivations des agriculteurs, on interprètera le moindre épandage comme un geste de désobéissance civile. C’est à croire que les dirigeants n’ont vraiment pas besoin d’ennemis avec des organisateurs de la sorte.

Joël Martel

Merci pour le chili!

Il y a de ces histoires que vous entendez comme ça par hasard, puis elles vous habitent jusqu’à la fin de vos jours.

Je vous dis ça, car voyez-vous, je dois présentement une fière chandelle à une athlète. Le truc, c’est que grâce à elle, j’ai découvert le meilleur des bordels de chilis végétariens de la planète.

Chroniques

Périple musical de mon enfance

CHRONIQUE / À l’époque, j’avais quelque chose comme 7 ou 8 ans et je venais tout juste d’arriver à Naudville (NDLR: qui allait fusionner avec Alma au Lac-Saint-Jean). J’en étais donc à me familiariser avec ce nouveau quartier quand j’ai fait la connaissance d’Éric.

Chroniques

Le gars de nuit

CHRONIQUE / C’était il y a très longtemps. En fait, ça fait tellement longtemps qu’à l’époque, je travaillais dans un club vidéo sur la rue Sainte-Catherine à Montréal.

Je faisais alors les quarts de fin de soirée, c’est-à-dire que je devais me pointer au boulot à 18 h et là, je filais comme ça jusqu’à 3 ou 4 heures du matin. 

Ce club vidéo, c’était un vrai petit coin de paradis. Tout d’abord, même si la loi l’interdisait déjà, nos patrons nous permettaient de griller des clopes dans le petit bureau à l’arrière et lors des semaines difficiles, on pouvait même se faire « marquer » des cigarettes. Pour être franc avec vous, il m’arrivait fréquemment de survivre jusqu’à ma prochaine paie en me faisant « marquer » des paquets de ramens ou sinon, des boîtes de conserve qu’on vendait sur place.

Il y a aussi eu cet été où le système d’air climatisé s’était brisé et ainsi, on avait accès à des stocks illimités de thé glacé.

Je travaillais en compagnie d’un type nommé Alain et chaque soir, il arrivait au boulot vers 22 h et il était en poste jusqu’au petit matin. C’était le gars de nuit.

Alain venait tout juste d’emménager à Montréal et disons qu’il faisait tout en son possible pour fraterniser avec les gens. Je me souviens que le premier soir où on avait travaillé ensemble, je m’étais retenu pour ne pas péter un câble, car le gars n’arrêtait pas de me demander quels étaient mes films préférés, ma musique préférée et tout le tralala.

Qu’on se comprenne, c’était un chic type, mais il voulait vraiment beaucoup.

Puis, un soir, alors que j’avais entrepris de nettoyer les étalages de films tout en écoutant de la musique, j’ai entendu des clients qui parlaient fort au comptoir. 

Je me suis donc levé pour jeter un oeil à ce qu’il se passait et c’est là que j’ai réalisé qu’en fait, les clients en question étaient des cambrioleurs qui étaient venus faire un hold-up.

De l’autre côté du comptoir, il y avait Alain qui était droit comme une barre et qui levait les mains dans les airs.

J’ai donc rampé jusqu’au bureau où on pouvait fumer des clopes et j’ai aussitôt signalé le 911.

Lorsque la dame au bout du fil a répondu, je lui ai expliqué que je désirais signaler un hold-up et quand la dame m’a demandé à quel moment le délit s’était produit, je lui ai répondu : « Eh ! Ben ! Ça se passe présentement. Je suis caché et les voleurs ne savent pas que je suis là. »

La dame m’a ensuite demandé nos coordonnées et moi, je n’arrêtais pas de lui répéter : « Madame, je ne peux pas vraiment vous parler trop longtemps, les gars sont présentement en train de faire le hold-up à quelques mètres de moi et ça m’enthousiasme plus ou moins qu’ils me remarquent. »

Pendant ce temps, je regardais à travers la petite fenêtre du bureau les voleurs qui emplissaient un sac avec des paquets de cigarettes et le contenu des caisses. Puis, une fois que les voleurs ont récolté ce dont ils avaient besoin, un d’eux a sacré un coup de poing au visage d’Alain avant d’agripper un paquet de gomme pour ensuite prendre la poudre d’escampette.

Je suis aussitôt allé m’assurer qu’Alain se portait bien malgré ce coup de poing et les émotions fortes et là, on est resté tous les deux plantés là au milieu du commerce, à ne pas trop savoir comment réagir.

Trente minutes plus tard, des policiers sont entrés dans le commerce et à voir leur démarche plutôt relax, on aurait pu croire qu’ils étaient là pour se louer un film.

Alain et moi, on était encore sous le coup de l’adrénaline et c’est alors qu’une policière nous a dit : « On ne retrouvera certainement jamais ces voleurs. Mais bon, on finira bien par les pincer un jour ou l’autre s’ils continuent à commettre des crimes. »

Ça m’a pris plusieurs semaines avant de ne plus ressentir une certaine crainte lorsque je voyais entrer un client qui était moindrement louche.

J’ignore si ces types se sont finalement fait pincer par la police, mais bon, si ça peut les consoler, je ne les ai pas oubliés.

Quant à Alain, je n’ai jamais eu le temps de lui demander quels étaient ses films préférés à bien y penser.

Joël Martel

La naissance d'une fausse nouvelle

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines de cela, mon amoureuse m’a annoncé une terrible nouvelle. Celle-ci concernait nos nouveaux voisins à qui nous n’avons pratiquement jamais parlé, et ce, malgré notre tentative à l’époque d’aller à leur rencontre peu après qu’ils aient déménagé.

Voilà donc que la rumeur racontait que la jeune fille de nos voisins était malade et que c’était pour cette raison que la maison semblait inhabitée depuis quelques semaines.

Évidemment, quand on a nous-mêmes un ou des enfants, une telle nouvelle a l’effet d’un coup de poing dans la poitrine étant donné qu’on ne souhaiterait jamais une telle chose à qui que ce soit.

Pour être franc avec vous, même si je ne pourrais pas reconnaître mes nouveaux voisins si je les croisais à l’épicerie, chaque fois que je passais devant leur maison, j’avais une pensée pour eux en souhaitant que ceux-ci s’en sortent bien.

Puis, peu après qu’on ait appris la terrible nouvelle, ma conjointe s’était donné comme mission de faire installer des signalisations dans le quartier afin de rappeler aux automobilistes de rouler prudemment, étant donné le nombre croissant d’enfants dans le secteur.

Julie s’est donc informée auprès de la Ville afin de savoir les démarches à faire pour que son projet se concrétise et suite à cela, elle a fait le tour du quartier afin d’amasser des signatures pour ensuite déposer sa demande.

Maintenant, vous savez comment c’est lorsqu’on fait une tournée du genre dans le quartier. Les personnes qu’on connaît plus ou moins finissent par nous demander où on habite précisément et de fil en aiguille, on potine en demandant quelques infos qui piquaient notre curiosité jusqu’ici. 

D’ailleurs, il faut croire que l’absence prolongée de nos nouveaux voisins s’était fait remarquer par le voisinage, car bien des gens se demandaient où ils étaient passés. Julie a donc fait ce que tout le monde aurait fait dans une telle situation et elle a prudemment avancé qu’elle avait eu vent d’une rumeur racontant que leur petite fille était malade, sans pouvoir donner davantage de détails.

Après cela, on peut déjà imaginer qu’une bonne partie du quartier a commencé à ressentir la même chose que moi en passant devant leur maison. 

Alors ça a duré comme ça pendant quelques semaines, puis la semaine dernière, voilà que le projet des panneaux de signalisation de Julie s’est concrétisé. Toutefois, la vie étant une grande adepte de l’ironie, des signalisations sont apparues un peu partout dans le quartier, sauf à l’endroit précis où elle souhaitait qu’on en installe, c’est-à-dire devant la maison de nos nouveaux voisins, là où est situé l’arrêt d’autobus des enfants de notre secteur. Quelques jours après cela, nos amis Daniel et Mélanie étaient venus nous rendre visite afin de voir de leurs yeux notre nouveau chien Billy et pendant que nous discutions ensemble, on a entendu du bruit en provenance de la maison de nos nouveaux voisins.

Comme le père de Mélanie est aussi leur voisin, celle-ci a demandé à Julie si elle avait eu des nouvelles de nos nouveaux voisins, puis Julie a dit: « J’aurais presque envie d’en profiter pour leur demander si ça va. »

Mélanie a alors répliqué: « Oui, s’il te plaît. On veut savoir. T’as juste à leur dire qu’on s’inquiète pour eux et qu’on voulait savoir si tout est sous contrôle. » Alors hop, Julie est partie chercher les informations à la source et à son retour, elle semblait plutôt dépassée. Il s’agissait de membres de la famille de nos nouveaux voisins qui étaient venus chercher des trucs et quand Julie leur a demandé des nouvelles, ceux-ci lui ont répondu qu’en fait, ils étaient partis en voyage pour une durée de trois mois.

En apprenant cela, j’ai bondi de surprise: « Ben voyons, ça venait d’où cette nouvelle de merde là comme quoi leur fille était malade ».

Et puis c’est là que Mélanie m’a appris que ça venait de son père. En fait, il avait juste émis cette théorie après avoir constaté leur absence prolongée et ladite théorie s’était progressivement transformée en nouvelle.

Alors vous saurez maintenant comment ça peut prendre vie, une fausse nouvelle.

Chroniqueur du samedi

La piège de la file d'attente

CHRONIQUE / C’était un de ces midis où je m’étais rendu compte à la dernière minute qu’il manquait des trucs afin de préparer le dîner. Alors hop, je m’étais dépêché pour aller chercher ce qu’il nous manquait à l’épicerie, et, pour mon plus grand bonheur, la file devant la caisse rapide ne comprenait que deux personnes.

Or, voilà qu’au moment de me placer dans la file, je me rends compte que pendant tout le temps où j’avais parcouru à la vitesse de l’éclair les rangées de l’épicerie, la file de la caisse rapide n’avait même pas avancé d’une miette. 

En fait, en plus ne pas avoir avancé, la file s’était considérablement allongée, faisant en sorte que nous étions sept ou huit personnes à attendre patiemment.

La dame qui semblait avoir pris le monopole de la caisse s’est alors retournée et, après avoir confronté nos regards, elle a décidé de demander à la caissière de lui expliquer en détail le programme de récompense aux clients.

Je me suis alors contenté de fermer doucement les yeux en me disant intérieurement : « Bordel, c’est pas vrai ».

Mais quelques instants plus tard, voilà qu’une caissière arrive à la rescousse, et, après avoir bondi derrière une caisse, elle nous annonce que nous pouvons passer la voir.

La dame juste derrière moi saisit donc immédiatement l’occasion, et, tout en nous adressant un regard du genre « Bien joué pour vous bande d’idiots », voilà qu’elle quitte notre file qui était jusqu’ici solidaire pour aller voir l’autre caissière.

De toute évidence, tout le monde dans la file est en train de se poser les mêmes questions : « Est-ce que je reste dans cette file ou est-ce que je tente ma chance ? Et si c’était un piège ? »

Au même instant, juste pour ajouter un brin de confusion à nos questionnements, voilà que la dame qui se faisait expliquer le programme de récompense aux clients depuis une éternité ramasse ses sacs et quitte enfin la caisse.

La file est enfin en train d’avancer, mais au même moment, un homme arrive et se présente à l’espèce de comptoir où on se fait rembourser les bouteilles vides et tout le tralala. 

Nous, les gens de la file éternelle, on est tous là à le dévisager, et, si nous pouvions parler des yeux, notre regard dirait : « Toi mon pote, tu vas devoir prendre ton mal en patience, parce qu’on est tous ici dans cette file depuis la nuit des temps ».

Or, on a tout faux, parce que la caissière se dirige aussitôt vers lui, et c’est alors qu’il sort de son veston une enveloppe de Loto-Québec. Intérieurement, je me demande : « Bordel, le président des États-Unis se serait pointé à cette caisse, et on ne lui aurait même pas répondu avec autant d’empressement. »

On est donc tous là à regarder cet homme sortir ses milliers de billets et de formulaires, et décidément, avec un peu de chance, on sortira de cette épicerie avant la tombée de la nuit.

À notre gauche, la nouvelle file qui s’était créée quelques minutes auparavant avance à un rythme infernal. Quant à notre petite dame qui avait osé quitter la file éternelle, elle doit être chez elle depuis un bon moment, déjà à s’empiffrer des biscuits au chocolat qu’elle avait achetés.

La file éternelle est plus fragile que jamais, car on sent que l’homme derrière moi va bientôt flancher pour tenter sa chance auprès de la nouvelle file. Puis, après quelques hésitations, le voilà qui fait le grand saut.

Pour ma part, je tente de faire comme si de rien n’était, mais je ne peux pas m’empêcher de suivre sa progression dans la nouvelle file du coin de l’oeil. Et puis, juste pour ajouter à la mauvaise humeur qui a commencé à m’habiter, la nouvelle file avance toujours à un rythme infernal. 

C’est alors que tout va soudainement très vite. Le gars des billets de loto s’en va, puis le type juste devant moi paie ses oranges en moins de deux, et hop, c’est maintenant à mon tour. 

Comme je suis un gentleman, je pique un brin de jasette à la caissière pour lui démontrer que je sais très bien que cette file éternelle, ce n’est pas de sa faute. 

Et puis hop, c’est là que je me rends compte... que j’ai laissé mon porte-monnaie sur mon bureau à la maison.