L'entente a été annoncée lundi à Montréal par le président du gouvernement de la nation crie, Abel Bosum, et le premier ministre François Legault 

Vigilance requise pour la capitale

CHRONIQUE / La signature lundi de la «Grande alliance» entre le gouvernement Legault et la nation crie aurait dû se tenir non pas à Montréal, mais à Québec. Selon l’esprit du statut de capitale nationale octroyé à Québec par l’État québécois en décembre 2016, ainsi que d’après une politique mise en place il y a plus de 20 ans, c’est dans la ville où se trouve le siège de l’État québécois que cette cérémonie aurait dû se dérouler.

Il s’agit d’une signature entre deux nations. De plus, elle concerne une partie du territoire québécois.

Le premier ministre François Legault a salué «un moment historique entre la nation crie et la nation québécoise». Pour l’occasion, il était accompagné par trois de ses ministres.

C’est dire l’importance politique que son gouvernement accorde à ce plan de développement.

La signature officielle concerne un protocole d’entente visant «le développement économique à long terme, équilibré et respectueux des valeurs autochtones de la région d’Eeyou Istchee Baie-James», a-t-on expliqué.

Abel Bosum, grand chef du Grand conseil des Cris et président du gouvernement de la nation crie, a noté que cette entente donne «un véritable sens au partenariat de nation à nation».

Le plan de développement dont il est question doit s’échelonner sur 30 ans.

C’est en raison de sa portée, de ce qu’il représente, que cette signature aurait dû avoir lieu dans la capitale.

On est ici dans le symbole, certes, mais ils ne sont pas sans importance en politique.

Vigilance

Il était sans doute plus commode pour les participants de tenir cette cérémonie de signature à Montréal. Elle s’est d’ailleurs déroulée en présence de nombreux représentants de la communauté crie.

Mais la commodité a toujours été l’argument avancé par certains pour expliquer de tels accrocs.

C’est par exemple ce qu’avait plaidé le gouvernement de Philippe Couillard lorsqu’il avait dévoilé à Montréal, en 2016, la politique énergétique québécoise 2016-2030.

La Coalition avenir Québec était dans l’opposition à ce moment-là. Elle n’était pas restée silencieuse... Elle avait estimé que ce dévoilement montréalais allait à l’encontre de la pratique voulant que les grandes orientations et les grandes décisions politiques doivent être annoncées dans la capitale québécoise.

«Profondément choquée», elle avait même vu dans cette affaire un «mépris» pour la région de la capitale. Rien de moins.

Que plus personne aujourd’hui — y compris chez les péquistes — ne dénonce ou même ne souligne ce genre d’accrocs peut s’expliquer de deux façons. La première est l’installation d’une indolence par rapport à cette question — même si elle a alimenté bien des manchettes jadis. La seconde est que le glissement vers Montréal des attributs de l’État québécois, qui a réellement existé pendant de nombreuses années (jusqu’à il y a une vingtaine d’années), ne constitue plus une réalité — et que les cas que l’on peut relever de nos jours sont des exceptions. Cette deuxième hypothèse paraît la plus solide.

On peut toutefois en profiter pour lancer un petit appel à la vigilance. Le propre des glissements est d’apparaître petit à petit, sans que l’on s’en aperçoive vraiment. Parce que l’on n’y prend pas garde. Parce que c’est plus commode.