François Legault a demandé à la direction d’Hydro-Québec de faire en sorte que l’augmentation des tarifs d’électricité en 2020 tienne compte des trop-perçus passés.

Trop-perçus d’Hydro-Québec: sur le fond, Legault a raison

CHRONIQUE / François Legault n’en finit plus de tenter de désamorcer la grenade politique des «trop-perçus» d’Hydro-Québec. Il a décidé de corriger la situation pour les prochaines années. Très bien. Et il a parfaitement raison de ne pas revenir sur le passé.

Si la Coalition avenir Québec (CAQ) a eu tort d’avoir poussé des hauts cris dans l’opposition, le gouvernement Legault, lui, ne peut tout simplement pas rembourser les trop-perçus du passé, comme les partis d’opposition le réclament encore. Il le ferait au risque de ne pas pouvoir donner suite à de réels engagements électoraux. 

Mais commençons par les intentions — peu précises — que le gouvernement a présentées mardi pour les années à venir. M. Legault a demandé à la direction d’Hydro-Québec de faire en sorte que l’augmentation des tarifs d’électricité en 2020 tienne compte des trop-perçus passés — que la hausse soit donc moins élevée que ce qu’elle devrait être. Dit comme ça, c’est intéressant.

Mais comment aura-t-on la certitude que la prochaine augmentation sera moins élevée qu’elle l’aurait été? La société d’État n’est-elle pas d’ailleurs censée avoir déjà tenu compte des trop-perçus accumulés depuis des années dans ses dernières augmentations?

Le ministre des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a de plus été chargé de revoir le mécanisme de partage des trop-perçus pour que «tous les écarts de rendement soient retournés» aux clients à partir de 2020. Il ne devrait donc plus y avoir de trop-perçus dans l’avenir.

Il y a quelque temps, le premier ministre avait pourtant défendu le fait que les «bénéfices additionnels» d’Hydro-Québec ne soient pas entièrement retournés à ses abonnés, car ils pouvaient aussi résulter de gains d’efficacité — et pouvaient donc inciter la société d’État à travailler en ce sens. Cette ligne de défense est tombée.

Un sondage Léger publié dans les médias de Québecor a sans doute achevé de convaincre le gouvernement qu’il devait faire quelque chose, ne serait-ce que pour les prochaines années. L’enquête d’opinion indique que 92 % des Québécois exigent qu’on leur retourne ces fameux trop-perçus.

En faisant part des décisions gouvernementales, le ministre Julien a précisé que son gouvernement ne gouverne pas par sondages, mais qu’il écoute les Québécois. On remarquera la différence.

On remarquera surtout qu’il n’a pas répondu à la réclamation générale de remboursements des trop-perçus des années passées. Mais agir seulement pour le futur se défend très bien, quoi qu’en disent les partis d’opposition.

Vases communicants

J’ai déjà dit plus d’une fois depuis l’automne dernier que je ne reproche pas au gouvernement de ne pas rembourser les trop-perçus passés, puisque la Coalition avenir Québec n’a jamais indiqué dans son programme électoral avoir cette intention. Je reproche par contre à la CAQ de s’être étranglée d’indignation à ce sujet face aux libéraux lorsqu’elle était dans l’opposition.

Au gouvernement, tout est affaire de vases communicants. En remboursant 1,5 milliard $ de trop-perçus enregistrés ces dernières années, Hydro-Québec verserait un moins grand dividende à l’État québécois. Or, avec moins d’argent dans ses coffres, le gouvernement ne pourrait donner totalement suite à son programme électoral. Et nombreux seraient les électeurs qui lui reprocheraient de ne pas respecter des engagements qui eux figurent bel et bien dans son programme.