Sébastien Proulx est demeuré mystérieux sur son avenir — outre d’annoncer sa décision de ne pas prendre part à la compétition à venir au Parti libéral.

Place à la relève au PLQ

CHRONIQUE / La décision de Sébastien Proulx de ne pas briguer la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) constitue une chance à la fois pour ce dernier et pour lui-même.

Même s’il n’a que 43 ans, Sébastien Proulx ne fait déjà plus partie de la relève au PLQ. Ce n’est pas une question d’âge, on le comprend bien. Et ce n’est pas non plus parce qu’il est expérimenté qu’il ne pouvait pas être associé au renouveau.

LIRE AUSSI Sébastien Proulx écarte la chefferie et ne s'engage pas à compléter son mandat

C’est qu’il a été une figure marquante du gouvernement précédent. Il n’a pas été seulement un ministre de l’Éducation au verbe haut. Il a été un joueur au coeur du dispositif gouvernemental sous Philippe Couillard.

Or, sans répudier tout leur héritage, bien des libéraux veulent tourner la page. Et le député de Jean-Talon ne pouvait incarner le renouveau, pas plus que l’ex-ministre Pierre Moreau, qui a aussi renoncé à se lancer dans la course à venir.

Ajoutons à cela que son poste de leader parlementaire à l’Assemblée nationale s’est rapidement avéré être davantage un carcan qu’un tremplin pour préparer une compétition du genre. Contrairement à lui, les André Fortin et Dominique Anglade ont déjà pu jeter les bases d’une organisation. Marwah Rizqy demeurerait pour sa part tentée de se lancer.

Tout cela, c’est sans compter le fait que pour pouvoir se projeter dans cette aventure, il faut accepter l’idée de devoir tenir la barre longtemps comme chef sans garantie de succès, puisqu’il est difficile aujourd’hui d’imaginer que les libéraux reprendront le pouvoir en 2022. Ce serait difficile à imaginer même pour ceux qui se colleraient le nez sur des dossiers comme l’«affaire Lamontagne», du nom du ministre impliqué dans le congédiement d’un agronome, ou la nomination totalement partisane de Catherine Loubier à la tête de la Délégation générale du Québec à New York. Ici, le gouvernement Legault joue clairement dans une séquence d’un film qu’il a reproché aux libéraux d’avoir tourné.

Devoir tenir la barre sans garantie de succès… C’était tout simplement impossible pour Sébastien Proulx, qui est en politique depuis suffisamment longtemps pour ne pas se bercer d’illusions. Il ne sait même pas combien de temps il voudra demeurer député. En entrevue à La Presse et par la suite en point de presse, il est demeuré mystérieux sur son avenir — outre d’annoncer sa décision de ne pas prendre part à la compétition à venir.

Pas que la popularité

J’ai écrit la semaine dernière que ce n’est pas parce qu’il est beaucoup moins populaire qu’il l’a été qu’il n’existe pas une bonne place sur l’échiquier politique pour le Parti québécois. La popularité ne fait pas foi de tout.

Il faut dire la même chose pour le PLQ, qui, en réaffirmant sa position sur les symboles de foi, a démontré qu’il place les libertés individuelles au-dessus de tout. Certes, le grand décrochage qui s’est produit entre lui et une bonne partie de la majorité francophone tient beaucoup aux questions dites identitaires. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est sain qu’un parti soit sincère avec lui-même sur ce qui constitue son ADN.

Ce qui vaut pour le Parti québécois vaut pour le Parti libéral du Québec : ce n’est pas parce qu’on n’est pas en haut de l’affiche qu’on n’enrichit pas les débats et qu’on ne peut pas continuer à les enrichir.

Dans 18 mois ou dans deux ans, avec un chef moins directement associé à l’ère Couillard que d’autres, le PLQ aura les coudées plus franches pour aller plus loin, pour revisiter certaines questions ne relevant pas de son ADN.