Le premier ministre du Québec, François Legault

Nouveau mode de scrutin: un référendum pour sauver la face

CHRONIQUE / Il est compréhensible que le gouvernement Legault songe à soumettre à un référendum son projet de scrutin proportionnel. Et qu’il envisage que cette consultation se déroule en même temps que les prochaines élections, en 2022. Mais tout n’est pas compréhensible dans cette histoire.

Compréhensible, d’abord, parce qu’il s’agit de notre mode de scrutin après tout. Ce n’est pas rien. Il est à la base de tout le reste. Passer par une consultation référendaire peut donc parfaitement se justifier.

Compréhensible aussi, parce que là où l’on a débattu de cette question dans le reste du Canada, c’est par référendum qu’elle a été tranchée. En sa défaveur, certes, mais il n’empêche qu’elle a été soumise à l’appréciation des électeurs.

Compréhensible, enfin, car, c’est toujours au nom d’un idéal démocratique que l’on promeut un mode de scrutin proportionnel. Il est donc normal de pousser la logique jusqu’au bout en demandant aux citoyens s’ils sont pour ou contre.

Mais ce qui est totalement incompréhensible est que le gouvernement Legault joue avec ses engagements — sur un élément fondamental, qui plus est.

Jouer

Pas plus tard que le 16 mai, dans un communiqué de presse signé par la ministre Sonia LeBel, on pouvait lire ceci : «Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin, le DGE [le Directeur général des élections] a envisagé divers scénarios pour accélérer le processus...»

«Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin...» C’était encore très clair il y a quelques mois à peine, non?

Voilà pourquoi il est totalement incompréhensible que le gouvernement Legault joue ainsi avec ses engagements.

Non, en fait, cela se comprend. C’est malheureusement bien trop compréhensible.

Une découverte?

Je l’ai écrit au printemps et je le redis cette fois encore en passant par un questionnement. Il faudrait passer par un référendum parce que de nombreux membres du gouvernement n’y voient plus leur propre intérêt? Parce que la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait plus de difficulté à retrouver une majorité parlementaire?

Je le rappelle aussi : les avantages d’un mode de «scrutin proportionnel mixte», comme celui envisagé, sont connus depuis longtemps. Ses désavantages le sont aussi. Aucun caquiste ne peut réellement les découvrir, à moins de ne pas s’être intéressé à la vie politique québécoise depuis une quarantaine d’années.

En soi, il est parfaitement légitime d’estimer qu’un tel changement devrait être tranché par référendum. Le problème n’est pas là. Le problème est que ce n’est pas ce qu’a proposé la CAQ.

Estimant que le Québec souffrait d’un «déficit démocratique», elle a au contraire soutenu que l’appui à ce projet par trois partis sur quatre à l’Assemblée nationale était suffisant pour aller de l’avant sans référendum.

C’est en toute connaissance de cause que les élus de la Coalition avenir Québec se sont engagés dans cette voie. 

Dans ce dossier, la CAQ, qui a pourtant fait de la lutte contre le «cynisme» son pain et son beurre, nous rappelle que ce qui est vrai dans l’opposition ne l’est pas nécessairement une fois au pouvoir. Tout ça est malheureusement tellement compréhensible.