Le projet de loi sur la laïcité s’appuie sur les «valeurs québécoises», a réitéré François Legault cette semaine à l’Assemblée nationale. Il a toutefois été plus loin que d’habitude en ajoutant que «la position du Parti libéral, c’est d’imposer les valeurs canadiennes au Québec».

M. Legault et les «valeurs canadiennes»

CHRONIQUE / Pour mieux défendre son projet de loi sur la laïcité, François Legault oppose les valeurs québécoises aux valeurs canadiennes.

Ce projet de loi s’appuie sur les «valeurs québécoises», a réitéré M. Legault cette semaine à l’Assemblée nationale. Il a toutefois été plus loin que d’habitude en ajoutant que «la position du Parti libéral, c’est d’imposer les valeurs canadiennes au Québec».

Les valeurs québécoises contre les valeurs canadiennes? L’ancien souverainiste François Legault devra-t-il un jour tirer des conclusions politiques de son constat de l’existence de valeurs opposées aussi fondamentales au Canada?

Le ferait-il dans quelques années s’il voyait les aiguilles des sondages bouger?

Nos valeurs contre leurs valeurs… De telles phrases mériteraient bien des nuances, car il n’y a pas d’unanimité ni au Québec ni de l’autre côté de l’Outaouais. Dans le reste du Canada, de nombreux citoyens souhaiteraient une législation semblable à celle que le gouvernement Legault entend faire adopter. Ce n’est pas la même chose dans la classe politique fédérale, bien que là encore des nuances s’imposent.

François Legault marche sur le fil de la gouvernance autonomiste. Il a mis de nombreux éléments sur la table. Je pense entre autres au projet de déclaration de revenus unique. Les souverainistes ont raison de constater que dans bien des dossiers, hormis celui de la laïcité, il en est finalement déjà réduit à espérer un changement d’équipe gouvernementale à Ottawa.

Pour l’heure, il faut constater que lorsque la loi sur les signes religieux aura été adoptée à l’Assemblée nationale, le Québec aura élargi la portée du concept de «société distincte»; il aura accentué sa distinction au sein du Canada — pour le mieux, selon plusieurs, pour le pire, selon d’autres.

QS : un «micro F», un «micro H» et un «non genré»

Restons sur la laïcité, mais sur une note plus légère — quoique... Au dernier Conseil national de Québec solidaire — celui où le «compromis Bouchard-Taylor» a été largué —, je me suis encore étonné de constater que les organisateurs n’avaient pas installé de micro «pour» et de micro «contre» afin de permettre aux délégués de débattre. Ils avaient plutôt installé trois micros; un pour les femmes, un pour les hommes et un «non genré».

Je comprends que cette façon de faire découle d’une bonne intention. Mais il me semble que des micros réservés aux hommes ou aux femmes, pour s’en tenir à ces deux exemples, accentuent des différences entre les citoyens qui ne devraient pas exister — que l’effet est à l’opposé de celui recherché.

Imagine-t-on des files distinctes d’hommes et de femmes pour recevoir un service ou aller voter?

Samedi, une déléguée solidaire qui s’était présentée au micro «non genré» a même été priée de se rendre à celui des femmes… Un moment gênant.

Une dernière remarque : cette semaine, au Salon bleu, les députés solidaires n’ont pas posé une seule question au gouvernement sur le projet de loi sur la laïcité. Ils ont certes eu à répondre à des questions des journalistes, mais eux-mêmes n’ont pas interrogé le gouvernement à ce sujet. Ils ont ainsi évité de devoir encaisser des réponses qui auraient été fort critiques à l’égard de la position adoptée par leur parti. Comme promis, ils ont mis l’accent sur la lutte contre les changements climatiques.