Puisqu’il a jusqu’au 10 octobre pour décider s’il interjette appel ou pas au sujet de la loi sur l’aide médicale à mourir, le gouvernement sortant de Justin Trudeau n’aura pas le choix de se commettre d’une façon ou d’une autre en pleine campagne électorale.

L’imprévu, roi des campagnes

CHRONIQUE / Malgré tous les beaux plans de départ, une campagne électorale, c’est toujours le règne de l’imprévu. Voilà que les chefs fédéraux devront se commettre d’ici le jour des élections sur une question on ne peut plus délicate, celle d’un véritable élargissement de l’aide médicale à mourir. Ou balayer par devant. Ce dossier ne figurait pas sur leur table de travail.

Mercredi, la Cour supérieure du Québec a déclaré trop restrictifs et discriminatoires les critères d’admissibilité des lois fédérale et provinciale sur l’aide médicale à mourir. Les critères visés sont fondés sur une mort «raisonnablement prévisible» dans le Code criminel canadien et sur le fait d’être en «fin de vie» dans la loi québécoise.

Si l’éventuel élargissement des conditions d’admissibilité est une question délicate, c’est d’abord parce qu’elle a des implications majeures. Elle touche au rapport intime que nous entretenons, chacun de notre côté, avec la vie et la mort. «Chacun de notre côté» comprend bien évidemment nos responsables politiques.

Délicate, ensuite, parce que sur un sujet comme celui-là, les états-majors des partis peuvent difficilement — et c’est tant mieux — s’en remettre à un simple calcul d’«opportunité politique». Autrement dit, leur évaluation ne peut pas et ne pourra pas se baser avant tout, comme c’est malheureusement trop souvent le cas, sur les points qu’ils espéreraient récolter ou ceux qu’ils craindraient de perdre dans l’opinion publique.

Ça ne sera pas possible, puisque chaque parti, sur une question comme celle-là, n’a pas le choix de prendre le pouls de ses députés, de faire entendre une sorte de consensus interne — même si les votes sur ces sujets sont généralement «libres» au bout du compte.

En pleine campagne électorale, il faudrait pouvoir idéalement y ajouter les candidats qui parcourent les circonscriptions. Mais les directions des formations politiques ne pourront pas aller jusque-là.

Cela pour dire que les états-majors des partis sont et seront bien loin ici du simple calcul d’opportunité politique.

Évolution à venir

Pour le gouvernement du Canada, comme pour celui du Québec, la tentation d’interjeter appel est très forte, il faut le savoir. Pas nécessairement pour refuser toute évolution future, mais pour gagner du temps; pour lancer une réflexion de fond — quitte à laisser tomber la procédure d’appel en cours de route.

Au Québec, une réflexion a déjà été lancée, mais à partir du seul angle d’un élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladies dégénératives du cerveau, parmi lesquelles l’alzheimer.

Sur le plan canadien, et puisqu’il a jusqu’au 10 octobre pour décider s’il interjette appel ou pas, le gouvernement sortant de Justin Trudeau n’aura pas le choix de se commettre d’une façon ou d’une autre en pleine campagne électorale. Même si les décisions de fond ne seront pas prises à partir d’un simple calcul d’opportunité politique, les intérêts politiques ne sont jamais totalement absents. En interjetant appel, le gouvernement libéral sortant repousserait à court terme des choix difficiles à arrêter. Il soulagerait très certainement son groupe parlementaire et son parti. Ainsi, d’ailleurs, que plusieurs de ses adversaires politiques, parmi lesquels les conservateurs d’Andrew Scheer.