Les informations selon lesquelles des membres de la communauté mohawk de Kahnawake détiennent des armes d’assaut AK-47 que le premier ministre François Legault a dévoilées, il ne les a pas inventées. Ces informations ne peuvent provenir que de sources policières. Il se disqualifierait en inventant une telle chose dans une affaire aussi grave.

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CHRONIQUE / François Legault n’a pas inventé les informations selon lesquelles des membres de la communauté mohawk de Kahnawake détiennent des armes d’assaut AK-47. Ces informations ne peuvent provenir que de sources policières.

Un premier ministre se disqualifierait en inventant une telle chose dans une affaire aussi grave.

M. Legault n’a pas dit comme tel que les personnes tenant la barricade à Kahnawake en détenaient elles-mêmes. Il a plutôt indiqué, de façon plus générale, que de telles armes d’assaut se trouvaient sur ce territoire mohawk.

Un faux pas?

À en juger par la réaction véhémente de leaders autochtones, oui; absolument.

Mais en faisant état de cette information, François Legault avait un but précis. Il voulait expliquer aux Québécois en général la raison pour laquelle les forces policières — entendre les policiers de la Sûreté du Québec — n’intervenaient pas.

Lui qui lançait presque des sommations à Justin Trudeau au début de la crise, il y a trois semaines — lui qui ne cessait à ce moment-là de l’interpeller, répétant que la situation ne pouvait durer —, a voulu se justifier. Il a voulu dire pourquoi la situation ne bougeait pas à Kahnawake, malgré l’injonction du tribunal obtenue par le Canadien Pacifique.

Il a voulu mettre en évidence les dangers inhérents à une opération policière sur ce territoire.

Il a voulu répondre à l’impatience de nombreux citoyens.

Au détour d’une phrase, il a d’ailleurs révélé que tel était son but : «Je veux que les gens comprennent pourquoi la Sûreté du Québec n’est pas encore intervenue», a-t-il dit.

Tant qu’il n’y a pas «urgence» d’agir — et celle-ci n’est pas encore techniquement avérée —, la solution doit continuer de passer par la Première nation Wet’suwet’en, bien qu’elle soit profondément divisée sur le passage d’un gazoduc sur son territoire.

Pour l’heure, le gouvernement Legault en est réduit à miser lui-même encore sur les «progrès» qu’évoque Ottawa avec les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en. Nous tous aussi.

Colère

À la sortie du Conseil des ministres, mercredi, avant de répondre aux questions des journalistes sur les blocages ferroviaires, François Legault a étonnamment d’abord exprimé tout de go sa colère contre un article du Journal de Montréal. «Étonnamment», non pas parce qu’un premier ministre ne peut pas réagir à un article de presse, mais parce que la crise ferroviaire est… une crise.

Passons outre l’ordre des priorités qu’il a momentanément établi. Il était furieux contre une manchette suggérant trop fortement selon lui que c’est parce qu’il est son ami et parce qu’il est cofondateur de la Coalition avenir Québec que l’homme d’affaires Charles Sirois a obtenu qu’Investissement Québec prenne une participation dans une entreprise dont il est copropriétaire.

Dans le passé, lorsqu’il était dans l’opposition, M. Legault ne s’est jamais gêné pour relayer des manchettes qui pouvaient suggérer que des personnes avaient bénéficié du soutien de l’État parce qu’elles connaissaient l’un de ses prédécesseurs. Il convient de le rappeler.

Sur le fond, cela étant, et contrairement à ce que leur recommandent généralement leurs conseillers, les premiers ministres ont parfaitement le droit de répliquer à un article qu’ils trouvent injuste. La liberté d’expression fonctionne dans les deux sens, y compris le leur.

Il n’y a pas de sens unique en démocratie.

Mais que l’on se rappelle toujours que le travail de fond des médias est indispensable.