Alexandre Cusson a beaucoup été dépeint comme le candidat des «régions» à la course à la direction du Parti libéral du Québec. Nonobstant le fait que ce genre de généralité est toujours réductrice, elle signifie quand même, dans l’esprit de ceux qui la brandissent, que l’actuel maire de Drummondville pourrait permettre à de nombreux Québécois vivant à l’est de Montréal de redécouvrir la marque libérale.

Le réveil du PLQ et du PQ?

CHRONIQUE / Il est bien normal que le nouveau candidat à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ), Alexandre Cusson, n’ait pas déballé ses idées et ses projets lors de ses premières foulées dans la course à la succession de Philippe Couillard. Laissons-lui le temps d’arriver en politique québécoise.

Mais sa façon de répondre aux questions qui lui ont été posées sur la loi sur la laïcité révèle tout de même un malaise sur ce sujet. Ou révèle sa très nette conscience de la difficile synthèse à opérer là-dessus pour rallier une majorité claire de libéraux et, éventuellement, de Québécois.

Alexandre Cusson a beaucoup été dépeint comme le candidat des «régions». Nonobstant le fait que ce genre de généralité est toujours réductrice, elle signifie quand même, dans l’esprit de ceux qui la brandissent, que l’actuel maire de Drummondville pourrait permettre à de nombreux Québécois vivant à l’est de Montréal de redécouvrir la marque libérale.

Or, de façon générale, la loi sur la laïcité du gouvernement Legault est extrêmement populaire à l’extérieur de Montréal. Selon cette logique, M. Cusson devrait donc au moins voir d’un bon œil le compromis Bouchard-Taylor — à défaut d’accepter la loi 21.

D’après ce que l’on peut décoder, il n’est toutefois pas sûr qu’il y soit favorable.

Et s’il l’est, toute interdiction à la Bouchard-Taylor qu’il véhiculerait ne passerait pas comme lettre à la poste au PLQ... Dur, dur.

Sur cette question précise, il n’existe pas de sésame. Engagée depuis plusieurs semaines dans cette course, Dominique Anglade a trouvé une formule certes toute politique, mais qui indique néanmoins sa propre vision «nationaliste» des choses. En même temps que les limites qu’il y a à trop bouger sur cette question au PLQ.

Ainsi, un gouvernement libéral dirigé par elle n’abrogerait pas la loi 21 du gouvernement Legault, mais ne renouvellerait pas les clauses dérogatoires mises en place pour la protéger...

Ce que tout cela nous révèle? Que ce sujet n’a pas fini de constituer une épine au pied de l’équipe libérale. 

Gaudreault à gauche

En se lançant dans la course à la direction du Parti québécois (PQ), Sylvain Gaudreault a affiché sa foi en l’indépendance, son engagement en faveur d’un Québec vert, et aussi, plus étonnamment, son désir de réduire les inégalités sociales.

M. Gaudreault a entre autres fustigé les différences d’espérances de vie entre citoyens de quartiers riches et de quartiers pauvres.

«Plus étonnamment», disais-je? C’est que, dans le contexte actuel, il s’agit d’une prise de risque de sa part, car bien des péquistes estiment que leur parti ne doit pas s’afficher comme social-démocrate ou à gauche s’il veut élargir ses rangs.

Comment Sylvain Gaudreault se distinguera-t-il de Québec solidaire ce faisant? Sans doute en soutenant qu’il fonde ses ambitions sur le pragmatisme et non sur des rêves.

Ces deux courses à la direction, celle du PQ et celle du PLQ, sont l’occasion d’un rappel : elles ne seront porteuses que si les candidats y prenant part affichent réellement leurs convictions. Et s’ils s’y tiennent sans trop louvoyer.

Bien malin, cela étant, qui pourrait dire si on assistera, avec ces deux courses, au réveil des libéraux et des péquistes.

Chose certaine, le PQ et le PLQ possèdent des militants et des sympathisants — et maintenant des candidats à la direction — qui veulent les voir vivre et exister.

Tant mieux pour notre démocratie!

Sauvons le président!

Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a commis bien des erreurs.

Il y a deux semaines, il a par exemple demandé à la libérale Marwah Rizqy de se rétracter sous prétexte qu’elle avait employé les mots... en catimini — une expression qui ne se retrouve pourtant même pas dans le lexique des termes antiparlementaires. La députée de Saint-Laurent s’est gentiment exécutée.

Le lendemain, M. Paradis n’a pas réclamé du ministre Simon Jolin-Barrette qu’il fasse de même alors qu’il avait utilisé le verbe bloquer pour critiquer l’attitude des libéraux — un mot qui pourtant, lui, se retrouve bel et bien dans ce drôle de Larousse! Le ministre s’est finalement rétracté, mais il l’a fait de son propre chef — sans que le président l’exige.

François Paradis commet de vraies erreurs. Mais personne ne peut sérieusement soutenir qu’il a généralement favorisé le groupe parlementaire caquiste dont il provient.

Voilà pourquoi personne n’a à lui montrer la porte.

Il serait odieux de s’en prendre à cet arbitre du jeu, car il y a des joueurs sur la patinoire du Salon bleu — au premier rang desquels les leaders parlementaires du gouvernement et de l’opposition officielle, Simon Jolin-Barrette et Marc Tanguay — qui lui rendent la tâche particulièrement difficile.

Avec parfois même un tantinet de mauvaise foi et d’«appels au Règlement» trop souvent tatillons.

À force, le président de l’Assemblée nationale s’en trouve déstabilisé. Et trébuche.

Les choses se dérouleront mieux dès lors que les leaders parlementaires ne bondiront plus à tout bout de champ, que les membres du gouvernement ne se cabreront plus chaque fois que des libéraux ou d’autres affirmeront qu’ils n’écoutent pas les experts et que les élus du PLQ ne se hérisseront plus dès qu’un ministre les accusera de ralentir la bonne marche des travaux parlementaires.

Surtout qu’il y a énormément d’indignations totalement feintes dans ces attitudes courroucées.