Il ne faudrait pas que le mauvais exemple donné par la commission parlementaire sur le cannabis se répète trop souvent. Des citoyens et des corps intermédiaires pourraient alors finir par ne plus prendre la peine d’y participer en se disant que les jeux sont faits, qu’aucune proposition même périphérique ne sera étudiée, écrit notre chroniqueur.

Le mauvais exemple du «pot»

CHRONIQUE / Citoyens et représentants de corps intermédiaires, ne vous laissez pas décourager par la commission parlementaire resserrant les règles sur le cannabis, qui a conclu ses travaux mercredi. La posture rigide adoptée par le ministre Lionel Carmant et son gouvernement relève davantage de l’exception que de la norme dans ce genre d’exercice.

C’est important de le dire parce que ces commissions parlementaires constituent un rouage essentiel de nos débats démocratiques au Québec. Et que les ministres s’appuient régulièrement sur ces instances pour améliorer leur projet de loi; pour trouver des «voies de passage».

Ces dernières années, c’est ainsi que les choses se sont la plupart du temps passées, en tout cas.

Il ne faudrait pas que le mauvais exemple donné par la commission parlementaire sur le cannabis se répète trop souvent. Des citoyens et des corps intermédiaires pourraient alors finir par ne plus prendre la peine d’y participer en se disant que les jeux sont faits, qu’aucune proposition même périphérique ne sera étudiée.

Ceux qui estiment que l’on passe déjà trop de temps à discuter et qu’un gouvernement est là pour décider devraient se demander à quoi tout cela ressemblerait au bout de quelques années s’il n’y avait plus de consultations du genre — ou si elles devaient systématiquement être inutiles. Ce serait une perte démocratique.

D’entrée de jeu, le ministre Carmant a clamé que son projet ne serait pas amendé. Pour qualifier cette attitude par rapport aux personnes venues en commission parlementaire, on hésite entre le fameux Parle parle, jase jase de feu Réal Giguère et une expression ressemblant à «causez si vous le voulez...»

Insistons là-dessus : cette attitude ne reflète pas ce qu’est cet exercice de consultations publiques en général. Il ne faudrait pas que quiconque commence à croire que les commissions parlementaires ne servent à rien. Elles permettent généralement — et elles permettront encore, osons-le penser — aux responsables gouvernementaux d’être mieux éclairés sur un ou des aspects d’un dossier et d’en tenir compte à des degrés divers.

Miser sur les villes

Un gouvernement plie rarement complètement devant ses opposants. Personne ne pouvait sérieusement penser que le gouvernement Legault reculerait sur sa volonté de faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis. Et personne ne doit le croire encore aujourd’hui.

Il est par contre étonnant qu’il soit demeuré à ce jour à ce point réfractaire à toutes les autres propositions qui lui ont été faites, y compris en provenance des «gouvernements de proximité» que sont les municipalités.

En toute logique, leurs voix devraient être écoutées. Les villes demandent à pouvoir elles-mêmes déterminer les lieux publics où il serait permis ou interdit de consommer du cannabis. Faire fi de leur requête, c’est faire un pied de nez à l’autonomie municipale et s’immiscer dans des compétences qu’elles assument.

Les travaux de cette commission parlementaire sont terminés. Mais il n’est pas trop tard pour apporter des amendements au projet de loi. En adoptant cette proposition des municipalités, le gouvernement ne dénaturerait pas son projet, lequel s’appuie d’abord sur la barre des 21 ans.

Il doit faire confiance aux élus municipaux pour déterminer les lieux où le cannabis serait interdit ou autorisé. Il rappellerait ainsi de surcroît que ces consultations démocratiques ne sont pas vaines.