Le maire de Hampstead, William Steinberg, a affirmé que le projet de loi sur la laïcité représente une forme de «nettoyage ethnique».

Le maire irresponsable

CHRONIQUE / Avec son propos outrancier, le maire de Hampstead aura probablement davantage conforté qu’ébranlé l’appui d’une majorité de citoyens au projet de loi sur la laïcité et les signes religieux.

Avant la présentation de ce projet de loi, j’avais humblement lancé un appel à la responsabilité des élus. Je m’adressais essentiellement aux parlementaires de l’Assemblée nationale, estimant qu’ils avaient un devoir d’exemplarité, mais ce genre d’appel vaut toujours pour tout le monde.

Je n’avais pas la naïveté de croire qu’on n’entendrait pas de propos excessifs et des généralisations de toutes sortes un peu partout dans la société. C’est malheureusement le cas depuis une dizaine d’années sur cette question.

Mais je n’imaginais pas à ce moment-là qu’un maire — celui de Hampstead — franchirait le mur de l’irresponsabilité en associant le projet de loi de Simon Jolin-Barrette à un nettoyage ethnique.

Dans tout débat, deux attitudes principales peuvent être adoptées. On peut choisir de ne s’adresser qu’aux seuls convaincus, qu’à ceux qui pensent comme nous. Et, à l’inverse, on peut s’adresser à ceux qui voient les choses différemment de nous, en tentant de les convaincre de la pertinence de notre point de vue.

Dans le premier cas, les mots deviennent parfois des pièces d’artillerie qu’on fait pleuvoir sur l’adversaire. Dans le second, on tient compte des objections — ce qui modère le propos. Dans cette deuxième catégorie, on tente de susciter l’adhésion, en fait.

Le maire William Steinberg a joué sa partie dans la première catégorie. Ah, si son mauvais exemple pouvait améliorer la suite des choses! S’il pouvait faire office de prise de conscience!

À l’Assemblée nationale, les accusations ou les sous-entendus d’intolérance, souvent lancés d’un côté, et de traîtres à la nation, souvent proférés de l’autre, n’ont heureusement pas resurgi depuis la présentation du projet de loi. Tant mieux, car l’obligation morale, politique et sociale de tous est de faire valoir son point de vue, ses désaccords et ses critiques sans chercher à diaboliser ceux qui voient les choses autrement.

Le plus grave

En même temps qu’il aura certainement davantage conforté qu’ébranlé l’appui d’une majorité de citoyens à l’interdiction du port de signes religieux chez certains représentants de l’État, le maire de Hampstead aura probablement raffermi l’opposition de certains opposants, y compris chez ceux qui ne partagent pas son accusation de nettoyage ethnique.

Le plus grave est précisément là : tous les propos excessifs ou ignobles élargissent le fossé entre ceux qui pensent A et ceux qui pensent B. Ils éloignent. Ils creusent les incompréhensions.

À ce stade-ci, c’est sur les incompréhensions et sur les appréhensions qu’il faut œuvrer.

Personnellement, il y a des aspects du projet de loi qui me préoccupent. Je pense à ceux concernant les enseignants. S’il s’agit d’une préoccupation pour moi, je peux comprendre à quel point cet élément ou d’autres de la proposition législative peuvent tourmenter des gens s’estimant plus directement concernés.

C’est sur les appréhensions de ces citoyens que les membres du gouvernement doivent le plus travailler. Ils doivent le faire en s’adressant à eux. Ils doivent le faire en ayant leurs craintes à l’esprit; le faire même s’ils pensent qu’ils ne les convaincront pas tous, voire aucun d’entre eux. Ils doivent le faire, car ils ont et auront toujours la responsabilité de tenter d’apaiser les choses.