Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Les parlementaires du Québec reviennent en chair et en os au parlement québécois.
Les parlementaires du Québec reviennent en chair et en os au parlement québécois.

Le demi-exemple de l’Assemblée nationale

CHRONIQUE / Dès lors que le déconfinement s’amorce au Québec, les députés de l’Assemblée nationale ne pouvaient pas rester dans leur coin de pays et se contenter de séances virtuelles de temps en temps, surtout que celles-ci sont lacunaires. Les parlementaires du Québec devaient donner l’exemple et revenir en chair et en os au parlement québécois.

Le leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, l’explique très bien. «Si on demande au personnel des écoles primaires, des services de garde et de secteurs importants de notre économie de retourner sur leur lieu de travail, nous devons le faire aussi», dit-il. La logique se tient.

Le télétravail — les séances virtuelles — en matière de redditions de comptes parlementaires souffre de limites importantes. On a déjà eu le temps de constater qu’il ne peut être qu’un pis-aller en ce domaine.

Mais les députés donnent-ils, donneront-ils, le plein exemple avec la reprise en chair et en os à venir? La question se pose.

Exposons d’abord les détails de l’entente intervenue entre les partis représentés à l’Assemblée nationale. Ils ont convenu de tenir deux premières «périodes des questions en personne» le mercredi 13 mai. Ce sera du deux pour un ce jour-là.

L’Assemblée nationale reprendra par la suite ses travaux durant la semaine du 25 mai avec trois séances.

Afin de respecter les directives de la Direction de la santé publique sur la distanciation physique, les députés siégeront en nombre réduit. Parfait.

Résumons-nous pour mieux revenir aux interrogations : échanges au Salon bleu le 13 mai et, par la suite, à partir du... 25 mai.

Mais pourquoi aucune période des questions durant la semaine commençant le 18 mai, surtout après tant de semaines d’absence? Pourquoi seulement à partir du 25 mai (une fois les deux séances de la journée du 13 mai derrière nous)?

Pourquoi ce trou dans le calendrier, alors que les écoles primaires, les services de garde, les industries et bien des commerces auront déjà repris leurs activités — et ce, même en considérant le report au 18 mai de l’ouverture des commerces ayant pignon sur rue dans la région de Montréal? 

Une partie de la réponse se trouve dans le calendrier de travail de l’Assemblée nationale préparé l’an dernier. Il était prévu que la semaine du 18 mai soit réservée au travail en circonscription. Voilà entre autres pourquoi la vraie reprise parlementaire débutera au fond seulement la semaine du 25 mai.

Pourtant, les députés sont dans leur circonscription depuis maintenant des semaines. 

Bénéfice : les ministres au front de la pandémie auront plus de temps à consacrer à cette lutte. Bénéfice subsidiaire pour le gouvernement : les membres du conseil des ministres ne seront pas soumis tout de suite aux questions des partis d’opposition — même si on se doute bien que celles-ci seront policées.

Ah, j’oubliais : l’entente entre les partis précise que des audiences virtuelles en commission parlementaire se tiendront malgré tout jusqu’au 22 mai.

Majoritaire, le gouvernement avait le gros bout du bâton dans les négociations ayant conduit à cet accord.

Comme il s’agit d’une entente, les partis d’opposition ne se plaignent pas ouvertement. Mais ils auraient aimé bénéficier d’une tribune comme celle de l’Assemblée nationale plus tôt que ce qui est prévu.

En coulisses, cette affaire a été une vraie bataille politique.

Puisque cette rentrée parlementaire à Québec aura donc véritablement lieu la semaine du 25 mai, on peut dire qu’elle sera très graduelle et très progressive...; bien plus que dans d’autres milieux de vie.

«La priorité du gouvernement demeure la santé et la sécurité des Québécois. Il est primordial de maintenir nos efforts et de continuer à faire front commun dans la bataille contre la COVID-19», explique le ministre Simon Jolin-Barrette dans un communiqué de presse.

Il est vrai que la situation sanitaire n’est pas «sous contrôle» partout. À l’heure actuelle, on peut même penser que l’ouverture des écoles primaires dans la région de Montréal sera repoussée d’au moins quelques jours.

Malgré tout, et même avec des effectifs réduits, le parlement québécois sera loin d’être le premier à reprendre ses activités.