Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
<em></em>Ces conférences de presse presque quotidiennes ont permis aux journalistes de poser des questions en lien avec l’actualité immédiate au chef du gouvernement, ainsi qu’à ses fidèles accompagnateurs, Horacio Arruda et la ministre Danielle McCann.
<em></em>Ces conférences de presse presque quotidiennes ont permis aux journalistes de poser des questions en lien avec l’actualité immédiate au chef du gouvernement, ainsi qu’à ses fidèles accompagnateurs, Horacio Arruda et la ministre Danielle McCann.

La pièce manquante

CHRONIQUE / François Legault espacera ses points de presse quotidiens. Jusqu’à nouvel ordre, on ne le verra plus et ne l’entendra plus cinq ou six jours par semaine (lui ou Geneviève Guilbault, qui l’a parfois remplacé) dresser un compte rendu de la situation et exposer une initiative ou une décision gouvernementale en lien avec la pandémie. Ou présenter son message du jour.

Tenus depuis le début de la crise, ces points de presse quasi quotidiens ont permis aux citoyens de bénéficier en temps presque réel d’une large fenêtre sur la situation pandémique au Québec.

Ils ont permis à une forte majorité de Québécois d’accepter les mesures de restrictions. Ils ont contribué à nous convaincre d’adopter des gestes barrières comme le lavage régulier des mains et le respect d’une distance physique avec ceux vivant à une autre adresse.

Ces conférences de presse presque quotidiennes ont permis aux journalistes de poser des questions en lien avec l’actualité immédiate au chef du gouvernement, ainsi qu’à ses fidèles accompagnateurs, Horacio Arruda et la ministre Danielle McCann.

Elles ont parfois permis aux citoyens de constater des dissonances entre la voix des membres du gouvernement — celle de Mme McCann, par exemple — et des situations sur le terrain.

Alors que les partis d’opposition n’avaient pas encore pu retrouver une petite place sur l’échiquier, elles ont été indispensables à plus d’un titre.

Des risques

Le premier ministre et son entourage ont décidé d’espacer ces rendez-vous, d’en tenir trois par semaine (à moins qu’un élément d’actualité n’en requiert davantage à un moment). Ce changement de voilure est dicté, explique-t-on, par la volonté de marquer le fait que le Québec s’apprête à passer à une autre étape, celle de la levée des mesures de restrictions. La présence moins quotidienne de M. Legault symboliserait ce passage.

On estime de plus qu’un espacement des conférences de presse du premier ministre allégera la tension qui existe dans la société sur ces questions.

On peut ajouter un autre aspect, qui apparaîtra à tout le moins comme un bénéfice subsidiaire pour le gouvernement. À ces conférences de presse, on a en effet pris l’habitude de faire des annonces. Or, il y a des limites à pouvoir annoncer quelque chose de nouveau cinq ou six jours par semaine! Il y a des limites à faire part de nouvelles décisions à un tel rythme.

Or, quand un premier ministre n’annonce rien de nouveau en conférence de presse, il est susceptible de devoir passer toute cette période de temps à rendre des comptes sur des situations sur le terrain, ainsi que sur ses décisions et leurs effets. Ce qui n’est jamais facile. Par exemple, ici, en l’occurrence, de devoir bientôt rendre des comptes sur tout ce qui a trait aux modalités et au calendrier de la levée des restrictions, et leurs effets.

Pour être complet, il faut aussi ajouter que de tels exercices sont exigeants. Non seulement en temps, mais en énergie. Les tenir presque quotidiennement est évidemment encore plus exigeant. Et pour être de bon compte, il convient de mettre des points sur les I et de répéter que le premier ministre n’a pas décidé de ne plus tenir de conférences de presse, mais d’en réduire le nombre à trois par semaine.

On verra plus tard si cela marque réellement un nouveau chapitre.

Décisions graves

Confiner. Déconfiner. Quand, comment, à quel rythme? Aucun gouvernement actuellement au pouvoir en Occident n’a jamais eu de décisions aussi graves à prendre.

Pendant de nombreux jours, dans ses conférences de presse quasi quotidiennes, M. Legault a répété : «ça va bien aller». Par la suite, il a souvent dit que les «beaux jours» s’en viennent. Plus tard, il a invité les citoyens à ne pas se laisser abattre et le Québec à se retrousser les manches. Ces expressions ont témoigné de son état d’esprit.

Confiner. Déconfiner. Ce sont des décisions forcément périlleuses, puisqu’il en va de la vie à proprement parler de citoyens, mais aussi de l’économie et d’une multitude d’aspects sociaux — lesquels ont aussi un impact direct sur nos existences.

Depuis le dévoilement des différents plans de déconfinement (des écoles, des entreprises et des régions) en début de semaine, M. Legault et la vice-première ministre n’ont d’ailleurs cessé d’insister chaque jour davantage sur le fait qu’«on n’ouvrira pas» si la situation devait se détériorer. Des zones dans la région métropolitaine de Montréal demeurent très rouges. 

Confiner. Déconfiner. Ce sont des décisions difficiles que personne n’aimerait avoir à prendre. Des sondages que le gouvernement a en main semblent avoir indiqué une volonté de nombreux Québécois de voir la bride être relâchée. D’un strict point de vue de santé publique, les avis sont toutefois partagés. Si pour des experts, la situation est «sous contrôle», elle ne l’est pas aux yeux de tous.

Ceux-là estimaient encore jeudi que trop peu de tests de dépistage sont réalisés et que le Québec n’est donc pas prêt.

Le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, promet une montée en puissance sur ce front dès la semaine prochaine. Quelque 14 500 tests par jour pourront être réalisés à partir de là, a-t-il dit.

Ce même jeudi, M. Arruda a précisé qu’un plan exhaustif était en cours d’élaboration sur ce volet des choses, car il faudra administrer ces tests «à bon escient».

Si ce plan sur les tests de dépistage avait été présenté en même temps que les autres ou même avant, cela aurait apaisé des inquiétudes. Il demeure la pièce manquante du nouveau chapitre que l’on veut ouvrir.

Le gouvernement a annoncé un peu avant 21h jeudi que ce plan sera présenté ce vendredi par M. Arruda. M. Legault ne sera pas à ses côtés.