«Simon Jolin-Barrette est le ministre de confiance de M. Legault. Il est son ministre des missions délicates», écrit notre chroniqueur.

La CAQ, le français et le pain du PQ

CHRONIQUE / Au fond, la ministre Nathalie Roy a perdu la responsabilité de la langue française au profit de son collègue Simon Jolin-Barrette au nom de la raison d’État ou, pour le dire autrement, de la raison politique.

On savait que la langue française serait l’un des gros dossiers du gouvernement Legault au cours des prochains mois. Et que l’équipe gouvernementale jouerait gros là-dessus. Le gouvernement se savait attendu au tournant.

La profondeur de son «nationalisme», une notion populaire au sein de la majorité francophone et dont François Legault ne cesse de se réclamer, sera beaucoup jugée sur ce dossier au fil du temps.

Celui-ci lui permettra-t-il d’attirer d’autres sympathisants péquistes? Chose certaine, le gouvernement entend investir un terrain que le Parti québécois estimait lui appartenir. Il lui enlève un pain de la bouche.

Jachère

La pérennité du français passe par l’adoption de mesures qui dépassent les seuls néo-Québécois. Mais il est vrai qu’il existe une certaine logique à lier immigration et francisation. Elle existe d’autant plus pour les caquistes que le rapport sur la francisation des néo-Québécois de la députée Claire Samson présenté en novembre 2016 le prévoyait.

Le fait que le ministre Simon Jolin-Barrette s’inspirera des fruits de son travail est en quelque sorte pour elle, soit dit en passant, un retour en grâce politique. Le ministre de l’Immigration a d’ailleurs déjà commencé à s’en inspirer cet été en annonçant notamment plus de 70 millions $ supplémentaires pour «mieux franciser les personnes immigrantes».

Même s’il évoluera sur son terrain, rien n’indique que le gouvernement Legault ira jusqu’à étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 49 employés, comme le réclame le Parti québécois. À cet égard, le rapport de Claire Samson propose plutôt d’offrir un «programme particulier» pour des entreprises de la région de Montréal œuvrant dans certains secteurs donnés.

Cela étant, le gouvernement avancera sur de nombreux fronts en matière linguistique, un champ laissé en jachère par les libéraux.

Bête politique

Le premier ministre François Legault et son entourage ne voulaient pas prendre de risque politique. Ils ont estimé que Nathalie Roy était vulnérable dans le dossier linguistique.

M. Jolin-Barrette est le ministre de confiance de M. Legault. Il est son ministre des missions délicates.

C’est une bête politique qui sait faire flèche de tout bois. Qui plus est, il bénéficie d’une lune de miel politique pour lui tout seul au sein de la majorité francophone — outre celle dont jouit encore le gouvernement dans son ensemble.

Le capital de sympathie du ministre n’a même pas été entamé par le fait que les deux projets de loi qu’il a parrainés ces derniers mois, celui sur la refonte du système d’immigration et celui sur la laïcité, ont été adoptés à l’aide de bâillons législatifs.

Le premier ministre apprécie depuis longtemps Simon Jolin-Barrette, depuis bien avant que les Québécois portent son parti au pouvoir. C’est «un jeune homme brillant qui gagne à être connu», avait-il dit en 2015.

Avec un grand angle

Lorsqu’on regarde le portrait avec un angle élargi — non seulement les décisions à venir sur la langue française, mais celles intervenues sur la laïcité et celles sur le système d’immigration —, on peut constater que le gouvernement instaure et instaurera des mesures normalement susceptibles de mieux faire accepter l’immigration.

Ce n’est pas ce qu’il fait lui-même valoir en avançant sur ces fronts, mais on peut constater qu’il se donne les moyens de mieux faire accepter, à terme, l’arrivée au Québec de quelque 50 000 nouveaux immigrants par année, soit le niveau d’immigration qui a prévalu ces dernières années. Ce niveau était de plus en plus l’objet d’un ressac aux yeux de plus en plus de gens.

En élargissant la francisation, le gouvernement retirera un argument à ceux qui voudraient voir l’immigration être réduite longtemps et considérablement.