La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault enlèvera quelques «irritants» au registre québécois des armes à feu, sans toutefois l’abolir.

Geneviève Guilbault a clarifié la situation du registre

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault ne pouvait indéfiniment ménager la chèvre et le chou avec le registre des armes à feu. Il aurait déplu à tous.

Tout en annonçant des assouplissements, la ministre Geneviève Guilbault a livré son premier message de fermeté dans ce dossier en appelant tous les Québécois possédant des armes de chasse à les enregistrer au plus tard le 29 janvier.

Jusqu’ici, seul son attaché de presse — et, qui plus est, la semaine dernière seulement — avait affirmé que des sanctions s’appliqueraient après le 29.

Le flou qui subsistait dans l’esprit de plusieurs est désormais clairement levé. Le principe est simple : les lois de l’Assemblée nationale doivent être respectées.

Aux côtés de la ministre, mercredi, Alain Cossette, de la Fédération québécoise des chasseurs et des pêcheurs, a fait preuve de cette nécessaire responsabilité civique en déclarant qu’il fallait respecter les lois, y compris celle ayant donné vie au registre, même si son association continuera de militer pour son abolition.

Une image vaut mille mots… Pour faire passer le mieux possible les messages du gouvernement, on a eu la bonne idée de réunir sur une même tribune, aux côtés de la ministre, M. Cossette, Martin Prud’homme, de la Sûreté du Québec (SQ), et Heidi Rathjen, de PolySeSouvient. Pour montrer que les plaintes des chasseurs à propos d’irritants ont été entendues sans que les partisans du registre puissent penser que l’on compromettait le Fichier d’immatriculation des armes à feu, c’était une communication politique réussie.

La clarification gouvernementale incitera davantage de chasseurs à enregistrer leurs armes. De là à croire que toutes les armes concernées seront immatriculées et, qui plus est, d’ici quelques jours… Le croire serait faire fi de la profondeur du mouvement d’opposition.

Main tendue

La ministre Geneviève Guilbault a tendu une main en direction des opposants en annonçant la disparition prochaine d’irritants bureaucratiques.

Il ne faudrait cependant pas que certains se disent qu’ils attendront que les amendements proposés à la loi aient été adoptés avant d’enregistrer leurs armes de chasse, auquel cas il s’agirait d’un effet pervers puisque rien ne pourra être fait du côté législatif avant peut-être la fin février.

Techniquement, toutefois, rien n’empêchera qui que ce soit de s’enregistrer après le 29 janvier. D’autant que les policiers ne débarqueront pas comme ça au hasard chez les citoyens pour voir s’ils se sont conformés à la loi.

Mais cette attitude conciliante ne durera pas indéfiniment. Résumons donc la chose ainsi : mieux vaut s’enregistrer avant le 30 janvier qu’après, et mieux vaut s’enregistrer après cette date que pas du tout…

Et la santé mentale?

Un fichier ne règle pas tout. Il faudra surveiller de quelle façon les autorités parviendront à restreindre l’accès aux armes à feu à des gens présentant des problèmes de santé mentale et pouvant devenir un danger pour eux-mêmes ou pour les autres.

Pour l’heure, on peut voir comme un premier pas le fait que le ministère de la Sécurité publique travaille avec la SQ sur une campagne de sensibilisation visant à faire en sorte que les citoyens signalent aux policiers les inquiétudes qu’ils pourraient ressentir à l’égard d’une personne détenant une arme à feu et pouvant paraître instable ou présenter un problème de santé mentale. Est-ce que ce sera suffisant? Cette question mériterait au moins un débat parlementaire.